‹ A travers ParisChapitre 44 sur 90 · PRES · texte numérisé non relu

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que les bateaux passent, la foule des badauds massés = sur les deux berges forme les plus amusants tableaux parisiens, |

À la hauteur du faubourg du Temple nous rencontrons un petit square poussiéreux que décore le buste du populaire acteur Frédérick-Lemaïtre... Là le canal disparait dans un tunnel pour ne réapparaitre qu'après la place de la Bastille. Les digues sont construites ici avec les débris de la vicilie prison parisienne. et c’est peut-être sur les pierres du cachot de Latude qu'est assis le brave pêcheur qui, si anxieusement, surveille le flotteur rouge de sa ligne... Nous arrivons au pont Morland; devant nous s’élale à l'horizon un admirable panorama : au premier plan la Seine et la petite maison de léclusier — qui, il y a peu de mois encore, se glorifiait de posséder un petit vignoble que supprima le passage du chemin de fer métropolitain — le bouquet vert des arbres du Jardin des Plantes, à gauche Bercy, à droite Notre-Dame, au fond la noble silhouette du vieux Paris, couronnée par la masse auguste du Panthéon. Croyezmoi, Parisiennes curicuses de beaulé, tentez ce pelit voyage!

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La rue de Bondy; la maison de Gouthière.

USQU’AU 8 juin 1781, jour où brûla l'Opéra — alors J situé au Palais-Royal, — la rue de Bondy fut charmante. Tirant sa dénomination de quelque remisage de coches desservant le village de Bondy, ou du nom de : M. de Bondy, propriétaire d’une partie de ces terrains, elle commençait au boulevard du Temple, aboutissait à la haute porte de pierres vermiculées dressée par les échevins parisiens en l'honneur de Louis XIV et bordait le boulevard, promenade bucolique et verdoyante, plantée de beaux arbres, mais un peu trop déserte et vaguement dangereuse. De grands jardins fleurissaient rue de Bondy,

encadrant une caserne de gardes françaises, la fabrique

de porcelaine du duc d'Angoulême, l'hôtel d’Aligre, l'hôtel Rosambo et deux théâtres, les Variétés-Amusantes et le Vauxhall d'été, sorte d'immense salle de bal où, sous des treillages enguirlandés, on venait boire, danser, entendre dela musique et applaudir des danseurs de corde, des équilibristes et des animaux savants.

habitail au numéro 75. — ce numéro 75 est aujourd'hui y k

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Mgr de Polignac, évèque de Meaux, logeait au numéro

35 et S. Exec, M. de Capello, ambassadeur de Venise,

le théâtre de la Renaissance. Près de la porte Saint- Martin, la rue de Bondy abritait un cimetière discret, le « cimetière des protestants étrangers », ouvert en 1724 et géré de père en fils par la famille Coroy, aux appointements annuels de mille livres {1}.

L'Opéra brûle, on décide sa reconstruction immédiale

boulevard Saint-Marlin, sur l'emplacement du cimetière.

désaffecté depuis 1762, ct en soixante-quinze jours l'architecte Lenoir peut livrer le théâtre au publie, qui l’inaugure le 25 octobre 1781 par une représentation

(4) Le cimetière protestant de la Porte Saint-Martin. — Grâce à l'influence de l'ambassade hollandaise, un arrêt du 20 juillet 4720 accorde pour les inhumations des protestants étrangers un terrain d'une superficie de 250 toises, joignant la porte Saint-Martin,

Par suite des travaux d'embellissement du boulevard, le cimetière protestant de la Porte Saint-Martin fut transféré, en 1762, près de

l'hôpital Saint-Louis et son emplacement, qui appartenait à la Ville, servit de magasin pour remiser les décors de l'Opéra, À la suite de l'incendie de son théâtre au Palais-Royal, lOpéra s'établit du 5 octobre 1771 au 9 avril 1782, dans une salle provisoire, bâtie sur le terrain de la Ville et par conséquent à l'endroit où avait été le cime-

tière, À l'Académie royale de musique et sur le même sol fut édifié . le théâtre de la Porte -Saint-Martin, de telle sorte que, de nos jours

encore, l’ancienne nécropole protestante est remplacée par une salle de spectacle! Curieuse coïncidence ; ce n’est pas un fait isolé, et si l'on jette un coup d'œil sur un des plans gravés au xvne siècle, celui de

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Jaillot entre autres, on verra que le théâtre du Gymnase s'élève, lui

aussi, où était autrefois le cimetière de la paroisse Bonne-Nouvelle, (Ch. Sezuier, — Nole sur les Anciens Cimelitres de Paris.)

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gratuite d’Adèle de Ponthieu, suivie d’un grand bal popu-

laire dont les quadrilles étaient dansés par les dames de la Halle, les forts, les charbonniers, etc., tous gens de poids. Cette belle fête célébrait la naissance du Dauphin de France et éprouvait la solidité de la nouvelle salle... L'Opéra est à la mode, des restaurants, des cafés l’entourent bien vite, et une moitié de la rue de Bondy est complètement isolée du boulevard lorsqu’en 1827 on construit l’'Ambigu sur l’espèce de promontoire qui s'élève vis-à-vis de la rue de Lancry, — rue nou-

-velle ouverte en 1776 sur l'emplacement du Vauxhall (1).

Une cité ouvrière remplace la caserne des gardes francaises, la Révolution supprime la manufacture du duc d'Angoulème, l’orfèvrerie Christofle installe ses usines et ses magasins dans une partie de l’hôtel d’Aligre, et la rue Taylor — du nom du fondateur de tant de charitables associations artistiques, — passe sur l’hôtel Rosambo éventré. Béranger reçoit Lisette au sixième étage de l'immeuble portant le numéro 50, voisin du 52, qui fut Théâtre des Variélés-Amusantes en 1779, puis théâtre des Jeunes Artistes en 1795 (2) (un fronton, épave mélancolique de son joyeux passé, subsiste encore du côté de le ruc de Lancry!l)

* (14; L'Ambigu comique fut édifié de 1727 à 1828 par les architectes Hittorff ct Lecomte sur l'emplacement de l'hôtel Murinais, ci-devant de Jambonne. IL remplaçait le premier Ambigu d’Audinot (1769), incendié dans la nuit du 13 au 14 juillet 1827.

(2) Désaugiers fit représenter ses premières pièces à ce théâtre qui fut supprimé par le décret impérial du 9 août 1806.

Le numéro 54 étale sur sa façade quatre bas-relicfs

en terre cuite. Ce ne sont, hélas ! que de vulgaires repro= ductions, les originaux, chefs-d’œuvre de Clodion, ayant :

été vendus, assure notre aimable et érudit confrère - M. de Rochegude, vingt francs en vente publique !! (1)

C’est enfin de la triste maison portant le numéro 5, que partit pour sa dernière demeure le convoi de Frédériek Lemaitre. Victor Hugo salua magnifiquement son plus merveilleux interprète ; puis Jean Richepin, après avoir lu, comme il sait lire, un poétique adieu à l’acteur disparu, déchira d’un grand geste les feuilles de son manuscrit et les laissa tomber comme des pétales de fleurs sur le cercueil du sublime artiste(2),. |

(1) Guide pratique à travers le vieux Paris, page 182 (Marquis pe ROCHEGUDE).

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