‹ A travers ParisChapitre 56 sur 90 · RESSERRE · texte numérisé non relu

RESSERRE

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LA RUE MONTORGUEIL. Bourdon; phoing:

(État actuel.)

Philippe-Auguste), si le cul-de-sac Bouteille — où

Béranger venait à l’école, — si le « Rocher d’Etretat » ont disparu, si {e passage du Saumon a été démoli, la rue Montorgueil n’en continue pas moins à émoustiller la gourmandise de Paris et ses enseignes se déroulent comme un gigantesque menu. Les mastroquets — ils sont légion — y encadrent comme autrefois de cloyères d’huîtres coiffées d'un pavé, les portes de leurs boutiques; poulets, dindons, chevreuils, faisans, lièvres pendent aux devantures multiples des marchands de volaille et de gibier, flanqués de bataillons de bouteilles de toutes provenances et de toutes dimensions ; Jouanne y débite ses « tripes à la mode de Caen », Stohrer y vend ses onctueux babas « bien rhumés », Lesage y confectionne ses célèbres pâtés « veau et jambon ».... Gargantua logerait par ici | Aujourd’hui comme autrefois, la rue Montorgueil e:t une sorte de prolongement des Halles centrales. Cha-

cune de ses portes cochères abrite deux ou trois indus-

tries de plein vent : un marchand de marrons roule en

sa poêle des « gros de Lyon » à côté d’une mareyeuse

en sabots, vidant, d'un coup de pouce, un merlan qu’elle place sous le nez d’une grosse femme en camisole rose : « Sentez-moi ça, la petite mère, frais comme vous, il embaume! » Plus loin, deux ménagères, leurs filets aux bras, discutent âprement le poids d’un « paquet de pieds de mouton »et débattent le prix d’un cent

d’escargots beurrés et persillés. Les voitures à bras rem-

plies de fleurs, de fruits, de légumes, de tortues, emplis- |

sent la moitié de la chaussée; les trottoirs sont envahis . par les camelots vendeurs de lacets, de plans de Paris, de cartes postales ; des fillettes ébouriffées s insinuent à

travers la foule, offrant des asters violets ou de jaunes

soucis. Les cochers, en panne dans cette rue encombrée,

hurlent, font claquer leurs fouets, et les friturières ï

mêlent aux relents des rôlisseries voisines l'odeur des saucisses et des pommes de terre dorées qu’elles relournent dans la graisse bouillante.

C'est un bien amusant tableau parisien, et nous ne saurions trop engager nos lecteurs curieux de pittoresque à se donner la joie de flâner, l'appareil photo-

foi

graphique à la main, par une claire matinée, vers dix ge

heures du matin, r“e Montorgueil (1).

(4) « A l'entrée de la rue Montmartre et vis-à-vis la rue Traînée

(à la jonction de la rue Montorgueil et de la rue Montmartre) on a vu pendant fort longtemps une picrre élevée d'environ deux picds et qui .

traversait le ruisseau, scrvir de pont aux gens de picd. On nommait. cette pierre le Pont-Alais; ct la tradition populaire débite à ce sujet

que Jean ou Jeanin du Pont: Alais fut si repentant d’avoir donné lieu à

l'imposition d’un denier sur chaque panier de poisson qui entrait dans Paris, qu’il en voulut faire une espèce de pénitence publique, en ordonnant qu'à sa mort on entcrrât son corps sous cette pierre et en cet endroit qui est l'égout des halles... »

Tous les historiens de Paris, CT Bonfons, Dubreul, Sauval,

Jaillot, Saint-Foix, etc., ônt rapporté la légende du Pont-Alais; mais

aucun n’en a précisé la date et tous ces auteurs en ont parlé comme

d'un conte.

Le Pont-Alais figure sur le plan de Du Quesnel (1609) à la pointe (ormée par les rues Montmartre et Montorgueil, vis-à-vis la rue

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LA RUE MAÉUCONSEIL VERS Â869. Cliché Marville.

(Vue &e ia rue Montorgueil.}

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