‹ A travers ParisChapitre 57 sur 90 · À ARE · texte numérisé non relu

À ARE

Ve

RAT ut e TASUUIA here déc ne ms. 2 + 4 gr ra ” ES UE PTT 27 A #4. rE Pom Sr ; : $

La double ligne de maisons ventrues, noires, zigzagantes, commence à la hauteur de la pointe Saint- Eustache — où un marchand d’oranges et de citrons déshonore par sa boutique neuve, dorée et clinquante, la majesté de l'église. Dès l'entrée de la rue Montorgueil (je n’ai pu découvrir l'étymologie du nom de cette rue, mais je vois qu’elle le portait dès le xun° siècle, Vicus Montis Superbi, rue du Mont-Orgueilleux) (1), nous rencontrons deux curieuses maisons du xvin° siècle, Îles numéros 45 et 17, fleuries d’adorables sculptures. Ces demeures sont, bien entendu, envahies par le négoce; les guirlandes de pierre sculptée s'y croisent avec les guirlandes de gigot de mouton et les chapelets de saucisses ; un boucher et un marchand de salaisons occupent les Ans flanquant la porte cochère, au fronton masqué par une affreuse enseigne.

En face, sur l'emplacement de l’ancien « Parc aux

Huitres », à l'entrée de la rue Mauconseil, un marchand d’escargots fait ramper sur sa façade les effigies dorées de ces gluants mollusques; plus loin, voisinant avec la réclame peinte d’un cuisinier en costume de travail, une poupée costumée en caennaise sert d'enseigne aux « Tripes de la Maison Jouanne ».

Trainée. On ne le retrouve plus sur les plans postérieurs à 1763. C'était un cloaque où se perdaient los eaux et les ‘mmondices des halles. (Piganior De LA Force. Descriplion de la ville de Paris (1765), t. II, pp. 210-212.

(1) Jaizor. Recherches sur la ville de Paris (quartier Saint-Denis), t. IE, p. 79,

À droite, à gauche, dans celte rue vouée à la gourmandise, éclatent l'or des potirons et des citrouilles, les rouges vernissés des tomates, les blancs mats des paniers d'œufs, les verts tendres des céleris, des choux, des salades ; partout des enseignes raccrocheuses prônent l'excellence des terrines truffées, des pâtés de Remiremont, des truites des Vosges, des madeleines de Commercy, des fromages de Camembert, des saumons du Rhin! | |

Un peu plus bas — à la hauteur du numéro 60 — s’ouvrait la rue « Tire-Boudin » qui, en 1809, a troqué ce nom peu reluisant contre celui plus glorieux de Marie- Stuart ». En face, au numéro 47, se tenait jadis le « bureau central des chaises à porteurs »; le prix dela course ou de la première heure était de trente sols; les heures suivantes se payaient vingt-quatre sols « tant de jour que de nuit ». Paris comptait vingt places de chaises à porteurs (1).

Le passage du Saumon — démoli en 1899 — s'élevait au numéro 65, sur l'emplacement actuel de. la rue Bachaumont. Ce passage cut longtemps une haute répu-

(1) Béranger, le chänsonnier populaire, naquit rue Montorgueil,

en 1780, dans une maison jetée bas par l'établissement du Parc aux

Huîtres. Il allait à l'école 31, cul-de-sac Bouteille, ruelle de la Cuillère. C'est là qu’en 1533 passait le mur d'enceinte de Paris, dit mur de Philippe-Auguste.

tation de galanterie, Alfred Delvau écrivait, vera 1860, « que c'était l'endroit de Paris ayant entendu le plus de

propos fripons ».

Vers 1875, quar:d nous Île traversions, le passage du Saumon n'avait rien de par- Uüculièrement folâtre ; sa longue galerie, peu fréquentée, abritait de vagues couturières et quelques modistes sans oùvrage… pour le moment

Aunuméro 78, une enseigne :

« Au Rocher de Cancale ». Que d'évocations en ces trois mots!

les romans de Frédéric Soulié, d'Eugène Sue, de Charles de Bernard; les admirables lithographies de Gavarni.. les « lions », les « dandys », les « partageuses », les « débardeurs »… C’est ici qu’à la petite pointe de 1828, les héros du grand Balzac faisaient la fête... Lucien de

Pa € Me ms RATE,

292 Fe A TRAVERS PARIS

Rubempré perdait le pari d’un « souper au Rocher de Cancale » contre Eugène de Rastignac, Bixiou, le colonel Bridau et le beau de Marsay qui venaient « vider la cave à Philippe » en compagnie de Florine, de Tullie, de M®° du Val-Noble et d’Esther la Torpille, vêtue pour la circonstance « d’une redingote de reps noir garnie en

passementerie de soie rose, ouverte sur une robe de satin

gris. un fichu de point d'Angleterre retombait sur ses épaules en badinant... les manches de sa jupe étaient pincées par des lisérés, pour diviser les bouffants que, depuis quelque temps, les femmes comme il faut substituaient

aux manches à gigot, devenues monstrueuses.. » (1)

Telle était la toilette d’une jolie fille à la mode sous la Restauration.

Vers 1850, d'autres seigneurs, bien vivants ceux-là, se substituant à leurs héros, se réunissaient « en joyeuses agapes » au « Rocher de Cancale » : Balzac, Théophile Gautier, Eugène Sue, Alexandre Dumas. Le « Caveau » y tint ses assises avec Béranger et le bon G. Nadaud ; on y chanta Lisetle et Frétillon, le Dieu des bonnes gens, l’Epopée impériale, les reines de. Mabille et les Vins de France. et l’actuel propriétaire affirme que les peintures décorant encore aujourd’hui les murs bas de ses salons du premier étage sont dues au pinceau de

(1) .….Surses magnifiques cheveux un bonnet de Malines, dit « à la

Folle », près de tomber et qui ne tombait pas, mais qui lui donnait

l'air d'être en désordre et mal peignée. » {H: pe Barzac, Splendeurs el Misères des Courtisanes, Esther heureuse, tome II, p. 286.)

Page 1