DE STRASBOURG
HE boulevard de Strasbourg est d'aspect joycux, chacun
Fe en témoigner; aussi bien les mondains venus pour y souper chez Maire ou applaudir le bon Dranem à l'Eldorado que les infortunés passants condamnés à longuement slationner aux intersections des boulevards Saint-Denis et Saint-Martin, grâce à l’inévitable embarras de voitures qui ne manque jamais de s’y produire. ;
Avec ses. affiches multicolores, les badigeons audacieux de ses immeubles, le bariolage de ses boutiques et de ses enseignes, les grouillantes terrasses de ses cafés qu’encadrent des cordons de lumière électrique, le boulevard de Strasbourg semble une avenue de fête dont Chéret, Sem, Albert Guillaume et Cappiello seraient les spirituels et fastueux décorateurs. Ombragés par de beaux arbres, les trottoirs regorgent d’une foule affairée -
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gucttant l'instant propice pour tenter la traversée péril lcuse des chaussées sillonnées de tramways, d'omnibus de fiacres, d'autos et de cyclistes. Tout cela produit un vacarme effroyable fait d’appels de trompes, de sonncri s
de timbres, de coups de sifflets, de gémissements de RS
cornes ; en même temps les camelots clament « les résultats re des courses»... « l'Intransigeant.… la
Presse. demandez la Presse! » les contrôleurs récla-
ment les correspondances des « voyageurs de l’impériale » et les cochers s’invectivent. Bien entendu des
barricades de planches enclosant d'interminables travaux
d’édilité restreignent et gènent la circulation déjà presque impossible, et le bâton blanc du gardien de la paix s'efforçant de metlre un peu d'ordre dans cet effarant désordre évoque l’archet d’un chef d'orchestre infernal déchaïinant les tempêtes. \
De touttemps — sa rercée date de 1832 (1) — 15 boulevard de Strasbourg fut ainsi mouvementé, pittoresque, joyeux ; et cela pour deux raisons : l’agglomération de
nombreux cafés-concerts, tavernes, brasseries massées
(1) « Je passai par Paris et je descendis à l'hôtel des Bains,
boulevard de Strasbourg ; c'est là que le lendemain même de mon arrivée, à table d'hôte, je fis connaissance d'Ernest Reyer. Cette pen-
sion était tenue par le père Ceuriot, ancien ténor de l’Odéon, qui avait chanté le rôle du chevalier danois dans Armide, de Gluck. La cuisine était faite par Mme Lestage, coryphée-soprano à l'Opéra-
Comique, et quand cet aimable cordon-bleu d'âge mûr chantait la
Dame blanche, où elle tenait un petit rôle. le diner était avance d’une demi-heure. Heureux temps! » (André Sarrou, « Notes sur Gevaert, » Le UE 2 janvier 1909.)
A A 0, Dessinée et gravée par {A 4 DRE di À A. Lepère,