‹ A travers ParisChapitre 59 sur 90 · NE · texte numérisé non relu

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Musée Carnaval,

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portes, ses glaces encadrées de boiseries, ses murs peints, son plafond, ses lustres. Tout y est charme et harmonie, comme aussi la salle à manger voisine et les boudoirs — pratiqués dans les ailes de l'hôtel — décorés de frises légères, de portiques, de colonnes.

* M. de Bourrienne eut vraiment une excellente idée lorsque, le 2? germinal an IX, il acheta par-devant « M° Doulcet, moyennant la somme de 100,000 francs (numéraire argent)... », celte maison comprenant entre autres agréments « un appartement complet orné de’ bas-reliefs, peintures et arabesques sur les murs (4) ».

(4) Acte de vente de L'hôtel Bourrienne, 46, rue d'Ilnuleville, le 9 germinal an IX (28 mars 1801), par le ministère de Me Doulce!, notaire. — « Par-devant les notaires publics du département de la Seine à la résidence de Paris, soussignés: Fut présent, Louis Prévost, demeurant à Paris, rue Neuve-Eustache, n° 25, division de Brutus, lequel a, par les présentes, vendu, cédé et délaissé, promis et s’est obligé de garantir toutes dettes et hypothèques généralement quelconques à Louis-Antoine Fauvelcet de Bourrienne, demeurant à Paris,

rue Martel, n° 12, division Poissonnière..... Une maison située à

Paris, rue d'Hauteville, n° 46, consistant en un corps de logis sur la rue contenant logement ordinaire et du portier. Entre le jardin et les bâtiments est un pavillon carré ayant un rez-de-chaussée et premier étage, caves et cuisine. Au-dessus du rez-de-chaussée est un appar-

tement complet orné de bas-relicfs, peintures et arabcsques sur les

: murs, cabinet de toilette, baignoire..... Au premier étage, apparte-

ment complet, le tout couvert..... Un jardin de deux demi-hectares ou environ, à l'anglaise. Il y a deux portes d'entrée, l'une sur la rue et l’autre sur le jardin. Cour en avant, écuries, remises et grenier à fourrages..... Cette vente esi faite moyennant la somme de cent mille francs, numéraire argent...»

Acte de vente de l'hôtel Bourrienne, . 44, rue d'Hauteville, le 17 avril 1824, — L'hôtel fut revendu par Bourrienne à M. Pierrce-

L'hôtel datait de 1790; il avait élé édifié sur les terrains

des Filles-Dieu, par Anne Segond de Rozier de Dampierre, et, après maintes péripéties, élait tombé aux mains du « secrétaire du premier consul conseiller d’État en service extraordinaire ». FRE

Étrange histoire que celle de ce Bourrienne. Si la maxime : « L'ingratitude est l'indépendance du cœur » reste exacle, Bourrienne fut un beau type d’indépendant! (4) — Jusqu'en 1802, il demeure intimement atta- Ché à la personne de Bonaparte, qui le tutoyait. En 1804, nommé ministre plénipotentiaire, il passe à Hambourg ; en 1813, nous le retrouvons ministre des Postes, et préfet de police: des Bourbons en 1814, puis ministre d'État,

Frédéric-Ferdinand Tattct, ancien agent de change, suivant contrat de M° Maine Glatigny, notaire, pour la somme de cinq cent mille francs

et payée en dix versements, le {7 avril 1824 (la maison portait alors |

le n° 44 rue d'Hautcville).

L'hôtel comprenait : « Trente-six vases en marbre blanc sur leurs

piédestaux, un vase de prix, une statuette en marbre, table de même

nature placée dans le jardin ; escalier én bois d'acajou; toutes les glaces, placards, boiscries et autres objets ayant nature d'immeubles à par destination, à l’exccption d'un corps de bibliothèque faisant pour-

tour de la pièce formant cabinet de M. de Bourricenne. » (1) Letire.de Bonaparte à Bourrienne : « Cherche un petit bien

dans ta belle vallée de l'Yonne, je l’achèterai dès que j'aurai de l'ar- :

gent, je veux m'y retirer, mais n'oublie Pas que.je ne veux pas de bien national. » (Mémoires de Bourrienne, livre I, chap. 1x, pages 102 ct 103.) | | F3

Joséphine avait eu l'attentive cbligcance de faire arranger à la Malmaison un très joli appartement pour moi ct pour ma famille : elle me pressa vivement, et avec toute la grâce qu'on lui a connue, de l'accepter; mais presque aussi captii à Paris qu'un prisonnier d'État,

député ultra, etc., etc. La Révolution de 1830 et la perte de sa fortune déterminèrent chez Bourrienne un accès de folie, et, le 7 février 1834, il mourait à Caen, dans une maison de santé, « d'une attaque d’apoplexie », assurent les gazettes d’alors (1). Le 7 avril 1824, Bourrienne avait cédé — pour la somme rondelette de 500,000 francs — son hôtel « avec boiseries, glaces, vases de marbre, statues ornant le jardin ».

Qui songerait à Bourrienne aujourd’hui, à ses multiples avalars, à ses mémoires truqués, si la demeure charmante qu'il habita jadis ne le rappelait aux amoureux du passé? L’honneur d’avoir été un moment le collaborateur de l'Empereur sauvera, d'autre part, son nom de l'oubli. Bonaparte fut devin, le jour où il lui dit : :

— Bourrienne, vous serez aussi immortel,

— Comment cela, général ?

je voulais me conserver à la campagne les seuls instants de liberté dont il m'était permis de jouir, encore quelle était cette liberté ! J'avais acheté à Rucl une petite maison que j'ai gardée deux ans et dem. Quand j'y donnais des rendez-vous, c'était à minuit ou à cinq heures du matin; ce qui était, comme on pout en juger, un agrément de plus de ma place, et souvent oncorc le premier Consul m'envoyait réveiller pendant la nuit quand il arrivait des courriers. Voilà la liberté pour laquelle je n’acceptai point l'offre aimable de Joséphine. Bonaparte vint une seule fois me voir dans ma retraite de Rucl, mais Joséphine et Hortense y venaient souvent; c'était pour ces dames un but de promenade. (Mémoires de Bourrienne, livre IV, chap. 1, p. 35.)

(4) M. Fauvelet de Bourrienne, ex-secrétaire du général Bona-

parte, etc....., est mort à Caen, le 7 de ce mois, d'une attaque d'apoplexie, (Gazette de France, n° du 11 février 1834.)

— N'ètes-vous pas mon secrétaire ![... Ce à quoi Bourrienne aurait répondu : « Dites-moi celui d’Alexandre? — Pas mal, répliqua Napoléon (1) ».

Nous songions à tout cela en parcourant cet hôtel historique dans la pénombre d’un jour finissant. Les lustres enveloppés de gaze, les flambeaux, la pendule recouverts d’étoffes; ces pièces vides et sonores, aux. décors anciens, paraissaient attendre le retour du maitre... Il nous semblait alors que la large porte, peinte de griffons'et d’attributs mythologiques, allait s’ouvrir devant Bourrienne revenant de la Malmaison, roulé dans son manteau bleu d'ordonnance, les bolles crottées, le bicorne en tête, engoncé dans un grand col noir... Sur la table de travail, décorée de têtes de sphinx, souvenir de la campagne d'Égypte, il jetait brusquement le lourd portefeuille consulaire, bourré de papiers d'Etat tout zébrés des annotations ragcuses,illisibles presque toutes, coups de griffes léonins du grand Bonaparte... Et, dans ce décor évocaleur, la chose nous semblait toute simple.

(1) Mémoires de Bourrienne, livre IV, ch. xx1, p. 328,

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