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EMPLACEMENT ANCIEN DE LÀ FOIRE SAINT-LAURENT

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3 (Croquis de M. Ch, Sellier.)

quinistes, marchands de soldes en tous genres, toilettes défraickies de théâtre et huiles d’olive « extra-vierge »,

320 ù . À TRAVERS PARIS

marchands de parapluies, négociants en guitares et mans

dolines, acheteurs de reconnaissances du Mont-de-Piété, tenancières de brasseries aimables et de « five o’clock tea » frivoles, éditeurs de chansonnettes et couturières pour « gommeuses de café-concert », cent négoces y fleurissent. Les passants extasiés se massent à la devanture de l'Étoile parisienne (robes courtes de scène) », pour y contempler de fulgurants costumes pailletés, bro-

dés et surbrodés, à la cambrure hardie, à l’audacieux

décolleté. Des bas à jour, un stick enrubanné, un monumental chapeau complètent l'accoutrement, et cette « grande gommeuse » ira faire les beaux soirs de Trépagny-sur-Orge et de Barcelonnette.. L’effigie peinturlurée du maréchal Canrobert, la poitrine barrée du ruban rouge de la Légion d'honneur, met à l'entrée du passage une note d'héroïsme imprévue. A l'angle du boulevard, dans une apothéose d'électricité, s’ouvre le restaurant Maire, — un ancien marchandde vin dont le « zinc »fut célèbre et que ses entrecôtes et ses matelotes Bercy rendirent bientôt notoire et élégant. Plus loin, la Scala, où Yvette Guilbert fit courir tout Paris. Ensuite, un beuglant en sous-sol abrite aujourd’hui le « Pilori» (apéritif-

concert), dirigé par le chansonnier Montéhus, « candidat

des mécontents »… En face, dévisageant les passants d'un œil inquisitorial, le facies du policier Sherlock

Holmes évoque le dernier succès de M. Pierre Decourcelle et le nom du théâtre Antoine. Ce petit théâtre, dont

chacun se rappelle la brillante épopée, connut autrefois

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les heures mauvaises. De loin en loin on voyait bien apparaitre sur l'affiche des « Menus-Plaisirs » (c'était le litre ancien du théâtre Antoine) les noms glorieux des Frédérick Lemaître, des R. Rousseil, des Saint-Germain, des Thérésa, et aussi du fier poète Richepin.. mais ils ne faisaient que passer... Les directions les plus bizarres se succédaient rapidement et des exhibitions d'ombres scientifiques alternaient avec des féeries, interprétées naturellement par « les plus jolies filles de Paris ». Céleste Mogador elle-même, qui futla comtesse Lionel de -Chabrillan, y tenta fortune, et l’on put admirer, trônant au contrôle, la célèbre danseuse de la Closerie des Lilas (1).

(4) L'excellent écrivain Péricand qui, comme chacun sait, est non seulement un dramaturge de grand talent et un remarquable acteur, mais encore un guide sûr et précicux pour tout ce qui touche l'histoire du théâtre à Paris, a bien voulu nous adresser la lettre suivante qui résume les avatars du Théâtre Antoine :

| «... Le Théâtre Antoine s'est appelé tout d’abord Théâtre des Menus-Plaisirs. Il a été ouvert sur l'emplacement d'un petit concert où débuta nôtre grand baryton Lassalle. Celui qui le premier donna du renom à ce théâtre fut Dormouil fiis, qui venait de sc séparer de Plunkett, à la direction du Palais-Royal, Il s’est également appelé Théâtre des Arts. J'y ai vu jouer en 1872 {a Cocotte aux Œufs d'Or, feerie en 46 tableaux de Clairville et Grangé; en 1873, la Mariée de la rue Saint-Denis, de Clairville ct Koning, avec Thérésa ct Eudoxie Laurent.

« En 4874, j'y ai vu M!!° Rousseil, admirable dans l’Idole, 4 actes de Crisafulli et Stapleaux; en 1876, il passa à l’opérette et joua la Perle de l'Arche-Marion, 4 actes de Georges Rose; puis Esfelle et Némorin, une des plus jolies partitions d'Hervé; en 1877, les Menus

* Plaisirs de l'Année, une grande revue de Clairville et Blum. « En 1878, devenu Théâtre des Afts, on y joua le Petit Ludovic,

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Vers 1862, le boulevard de Strasbourg vit éclore l'Eldorado. Ce grand café- ROpEEN parisien devint vite à à de RÉ ae artistes : Mme‘ Chrétienno, Suzanne Lagier, Amiati, «chanteuse patriotique », dont les

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refrains devenaient rapidement populaires, ie lir-

résistible comique; Anna Judic, dont le rare talent et les grands yeux ensorcelèrent Paris; la Jolie M®° Théo, F. Duparc..., et aussi les chanteurs Plessis (l'homme aux 500 têtes) qui successivement incarnait un porteur d’eau

auvergnat et Napoléon I; Pacra; Libert, qui fut.

« l'Amant d'Amanda »; Paulus, l’épique « Père la Victoire » ; Bourgès, qui éleva le « genre pochard » à la hauteur d’une institution. combien d'autres encore! Aujourd’hui on y-applaudit l’admirable Polin! | \

Tout en parcourant ces amusants passages et en

un gros succès de Crisafulli et Victor Bernard. En 1882, redevenu .Menus-Plaisirs, on y jouale Crime du Pecq, drame en 5 actes de Valabrègue et Graiville. En 1883, ils ’appcla Comédie-Parisienne et joua Les Pommes d'Or, opérette d'Audran. En 1884. il redevint Menus-Plaisirs avec Au Clair de la Lune, revue de Blondeau et Monréal; en 1886

Volapük, revue de Busnach et Vanloo; en 1887, la Fiancée des .

Verts-Poteaux, opérette d’Audran. En 1888, la première grande opérette de Bernicat : les Premières Armes de Louis XV; en 1889, l'Étudiant pauvre, musique de Millæcker, Le Chi ien de Garde, de Richepin. j'y ai vu Frédérick Lemaître dans le Crime de Faverne; Thérésa dans Madame Gringoire ; Saint-Germain et Céline Chaumont, Aline Duval et Mne Thiéret, Dailly et Paulus. 3

« Antoine en fit le Théâtre Antoine, dont le succès dues encore...

w L. PÉRICAUD. f

évoquant les « beuglants » de jadis, nous ne pouvions nous empêcher de nous remémorer les pittoresques débuts que firent vers 1865 — en ce même boulevard de Strasbourg — deux excellents artistes ; l’histoire est si amusante qu’elle vaut, croyons-nous, d’être contée. Ils étaient quatre Toulousains qu’un « train de plai-

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