VUE DE L'ABBAYE ROYALE DES RELIGIEUSES DE LONGCHAMP
lsraël Silvestre, delin.
rouvres)? Les riverains, des bücherons, des pâtres et des pêcheurs, la dévastaient jusqu’au jour où Philippe- Auguste, traçant les limites de Paris, la racheta pour l’annexer aux biens de la couronne. La forêt commence
alors à se peupler : l’abbaye de Longchamp, qui couvre
40 arpents, y dresse ses tourelles et ses clochetons; un calvaire, — qui jusqu’en 1830 y sera lieu ue — s'élève
RL CE y re " + en, L'an ai ” à à nn D PES Ti 6 Ed LA
sur les hauteurs du mont Valérien... Mais au retour d’un pèlerinage, les fidèles construisent, vis-à-vis de Saint- Cloud, une église copiée sur celle de Boulogne-sur-Mer, dont ils arrivent, et la chapelle miraculeuse de Boulognesur-Seine donne son nom au village, puis par extension au bois, ce bois sauvage où les fuyards cherchent un refuge durant Jinvasion anglaise.
Plus tard les malandrins de tout poil, voleurs, vagabonds, faux monnayeurs, braconniers, y élisent domicile; Louis XI se fâche et son compère Olivier le Daim
PR ecbaut et L'ABBAYE DE LONGCHAMP.
DIAHBRULE" RAU £ Vignette tirée des Délices de Cérès (vers 1780). court « les malfai-
teurs de la garenne de Rouvray et du bois de Boulogne ».
sette !... ; Ravagé, pillé, abandonné, le Bois se venge de ses bourreaux, ses fourrés épais servent d'asile aux malheu-
François [°° y construit la château de Madrid — un délicieux palais, — Louis XIII ÿ chasse, Louis XV y bâtit le château de la Muette, où Marie-Antoinette Dauphine passera la nuit qui précédera le jour de son mariage ; le comte d'Artois, à la suite d’un pari, fait en six semaines surgir de terre ce bijou : Bagatelle. et son jardin anglais. | RER =
La Révolution passe comme un cyclone sur le bois de Boulogne : rasé le couvent de Longchamp(1), vendu le château de Madrid, à la bande noire qui se lamente « sur
la solidité de l'édifice, trop dur à démolir! » et broie
et convertit en ciment les terres émaillées, chefs-d’œuvre de la Renaissance, égayant les façades ! Le château de la Muette a le sort de l’abbaye de Longchamp et l’'élégant rendez-vous du Ranelagh devient une sorte de bal-mu-
reux fuyant le couperet de la guillotine.
Au fort de la Terreur, le représentant du Pape, l’abbé
de Salamon, l’internonce promis à l’échafaud, échappé
par miracle aux massacres de l'Abbaye, se réfugie « dans la partie la plus écartée du bois » et s’y cache, « la mort
(1) C'est sur les dépendances de l’abbaye de Longchamp, dans cette même prairie. où jadis paissaient les troupeaux des religieuses, que l'édilité parisienne a eu l’heureuse idée d'établir à tout jamais le Champ de Courses, qui, il y a peu d'années encore, empruntait sa piste au Champ de Mars. (A. Acnarn, Le Bois de Boulogne en 1867, Paris-Guide, p. 1235.)