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PLAN DE LA CHAMBIRE A COUCILER DE LA DUCHESSE DE PRASLIN

velu » sur le canon et la crosse d'un pistoiet d’arçon chargé et amercé; du sang sur le chambranle des

pour appeler ses gens. Sur une table, devant la croisée, se trouve un pistolet d’arçon, amorcé et chargé auquel nous remarquons plusieurs traces de sang sur le canon et la baguctte et la crosse duquel quelques cheveux sont fixés par du sang, ainsi qu’un léger morceau de chair ou de peau. - es

Nous avons prié M. le duc de changer de vêtement et, sur notre

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portes, sur « un reste de pain » grignoté la veille au

soir ; du sang sur les deux livres que Mme de Praslin avait dû feuilleter avant de s'endormir : Mrs Armytage, roman anglais, et les Gens comme il faut, une sorte de Code du savoir-vivre !

On sait la fin de la tragédie : la perquisition en la chambre du duc — «un homme de taille médiocre et

de mine médiocre », — au cours de laquelle les magis-

trats saisirent une lame de poignard corse brisée el ensanglantée, un couteau de chasse au manche taché de

demande, il nous a immédiatement remis une redingote en drap gris, présentant quelques traces de sang dans diverses parties et dont le revers gauche à l'intérieur a été fraîchement lavé. Ce revers cst encore humide entre la première et la quatrième boutonnière sur une largeur d’énviron 40 centimètres. M. le duc nous déclare que, pour faire disparaître cette tache, il s'est servi du savon avec lequel il se lavait les mains ordinairement...

Comme nous remarquons sur un pantalon brun à côtes noires et bleues des taches et gouttes de sang, nous prions également M. le duc de changer de pantalon. (Informations générales, Cour des Pairs, Archives Nationales.)

Dans la cheminée de la chambre, nous trouvons divers débris encore chauds indiquant que des papiers et des étoffes y ont été récemment brûlés...

Nous l'avons interpellé de s'expliquer sur ces circonstances qui nous paraissent élever contre lui les charges les plus graves. M. le

duc de Praslin baisse la tête et se la tient dans les mains pendant que

M. le Procureur du Roi lui adresse de vives paroles pour l'engager à s'en expliquer avec la sincérité qui convient à sa position et à son nom.

-…ÆEtledit jour, par continuation de notre procès-verbal, nous avons cru encore devoir saisir un sabre yatagan garni en argent que nous avons trouvé dans la commode placée dans la chambre à coucher de M. le duc; nous en avons formé le scellé n° 47... Un couteau de chasse

sang, un yatagan, des vêlements maculés et tout fraichement lavés; puis la mise en arrestation de M. de

Praslin, qui s'empoisonne avec de « l’acide arsénieux »,.

et son transfert — au petit jour — à la geôle de la Chambre des pairs. Il avait déjà l'aspect d’un cadavre (1). Son domestique l’habilla ; deux hommes le portèrent

dans la voiture du duc Decazes que les agents de police

entourèrent et qui « au pas, vu l'état de santé du prévenu », le déposa rue de Vaugirard, près du Luxembourg. Alors ce moribond comparut devant ia commis-

en cuivre derrière le coussin d'un canapé se trouvant entre la cheminée et un chifonnier dont nous avons formé le scellé n° 148 .. Nous

avons également saisi un livre placé sur cette table (table ronde gué- | ridon), couvert en papier vert intitulé Mrs Armytage dont le dos et Ja

couverture sont tachés de sang. Il nous a paru que ce devait être le livre que Mme la duchesse de Praslin lisait dans la soirée du 47 août lorsque sa femme de chambre l'a quittée à 11 heures du soir (scellé no 25).

(4) «.…..L'oncle de la victime, le général Sébastiani, alors commandant de la première division militaire, était arrivé à l'hôtel. A la vue de cette effroyable boucherie, il perdit connaissance, et Auguste Charnentier courut chercher un verre d’eau dans la chambre du duc. Cette chambre, dans laquelle on n'avait pas encore pénétré, était dans un singulier désordre. La cheminée était encombrée de cendres et de fragments récemment brûlés ; un broc était placé au milieu de la pièce; le valet de chambre, croyant y trouver de l'eau, voulut en

prendre et le duc lui dit de ne pas y toucher, que cette eau était sale : et il s’empressa de la vider par la fenêtre du jardin... » (A. FOUQUIER:

Les Causes Célèbres. Affaire de Praslin, p. 3) x

« L'attitude du duc pendant ces pénibles constatations présentait,

à ce que l'on rapporte, un singulicr contraste avec ce qu’elle était d'ordinaire. Petit de taille, nerveux, énergique, fier et d'une extrême irascibilité, il n'avait pu jusqu'alors supporter une contradiction et

sion de jugement de la Chambre des pairs : après avoir avoué au chancelier Pasquier qu’il avait absorbé de l’arsenic, le duc se réfugia dans un mutisme farouche. « Il serrait les dents comme pour empêcher un aveu de sortir ». — Comment M. de Praslin s’était-il empoisonné? — On interrogea le docteur Louis qui fit cette noble réponse : « On m’accuse de n’avoir pas dit tout de suite : « Il s’est empoisonné ». C'était le dénoncer,

c'était le perdre. Un empoisonnement est un aveu tacite.

aurait regardé une question comme une offense ; maintenant il se montrait abattu, atterré et ne trouvant pas une parole pour protester contre l'horrible soupçon qui semblait planer sur lui... |

« Quant au duc de Praslin il est, depuis le moment où le crime a été découvert, gardé à vue dans sa chambre à coucher même et d’après les recommandations du Préfet de Police, le Chef du Service de Sûreté ne l’a pas quitté d'un instant...

« Hier, dans la soirée, M. le Chancelicr Pasquier s’est rendu sur le théâtre du érime où il avait séjourné une heure environ ; l'honorable chancelier est revenu aujourd'hui à midi à l'hôtel Sébastiani..…

« La Chambre des Pairs n'est pas, de plein droit, érigée en Cour de justice, sa transformation en corps judiciaire doit, même pendant la durée et à plus forte raison dans l'intervalle des sessions législatives, être prononcée par une ordonnance du Roi. » (Gazelle des Tribunaux, n° du 48 août 1847.)

« Comme, malgré toutes les recherches, il avait été impossible de

- trouver l’arme avec laquelle avait été perpétré l'assassinat, un réqui-

sitoire signé du Procureur du Roi fut signifié dans l'après-midi à M. Richer, entrepreneur de vidanges, et hier au soir, entre 9 et 40 heures, six voitures de cette maison, portant Îles numéros 118, 119, 120, 121, 122, 123, sont arrivées à l'hôtel Sébastiani pour vider les fosses d’aisances, travail qui à eu lieu la nuit et seau par seau afin

‘que l'arme ne pût échapper aux recherches.

« L'arme a été retrouvée, c’est un couteau de chasse, dit-on, appartenant au duc.» (Gazette de France, ne du 18 août 1817.)

« Vous deviez le déclarer », m’a dit le chancelier; j'ai répondu : « Monsieur le chancelier, quand déclarer est « dénoncer, un médecin ne déclare pas » (1).

Cependant la mort faisait son œuvre : le duc s’évadait par le poison des poursuites criminelles; sans une plainte, torturé de soif, au milieu d’indicibles souffrances, « se roidissant pour empêcher un « Oui » de sortir de ses lèvres »... cachant sa tête dans ses bras appuyés sur la table autour de laquelle se tenaient les membres de la commission. restant par moments quelques minutes à pousser une sorte de râlement ». Il était vêtu d’une longue robe de chambre brune, sans collet, « laissant voir sur son cou toutes les contractions de sa gorge ». — Les journaux tenaient au jour le jour le public haletant au courant des phases de cette effroyable fin. on racontait que, dans l’excès de ses souffrances, M. de Praslin « s'était mangé le pouce »…

Enfin, le 24 août, une lettre de M. Duchâtel, ministre de l'Intérieur, annonçait au Roi le décès de l’inculpé :

« Sire, M. de Praslin est mort, ce soir, à quatre heures : trente-deux minutes (2)... » Il avait expiré serrant les’

dents sur les hoquets de son agonie!

(1) Vicror Huco, Choses vues, p. 231. | (2) Ce 24 août 1847 (7 heures du soir).— Sire, M. de Praslin est mort

ce soir à 4h. 32 m.; quelques instants avant sa mort, le chancelier

est venu dans sa chambre avec le curé de Saint-Jacques-du-Haut-Pas. Nous prenons toutes les précautions pour qu’il n’y ait pas d’agitation dans la population. Je supplie le roi de daigner agréer l'hommage de mon profond respect. — E. DucHATEL.

Après avoir compulsé aux Archives le dossier contan. ce drame, nous avons voulu revoir les « épaves du

procès ». Quel spectacle : au premier étage de l’admirable

palais Soubise, une pélite salle close, aux allures de laboratoire de chimiste, garnie de vitrines de chêne, renferme les objets les plus hétéroelites: c’est la chambre des « pièces à conviction ». Au fond, flottant entre les deux fenêtres, ce grand drapeau tricolore est celui que Napoléon III déploya lors de la tentative de Boulogne ; il porte au centre cinq noms brodés en or : Arcole, Marengo, léna, Austerlitz, Moskowa, qu’entourent, aux angles, quatre N couronnés. Cà et là, des éprouveltes, des mesures en étain, des bocaùx, des cornues en verre, des alambics ayant servi à quelque mystérieusé cuisine,

des cassettes vides, des coffrets à secrets; contre une

fenêtre remontée sur son chässis de bois, la batterie de canons de fusils qui servit à Fieschi pour perpétrer le crime atroce du boulevard du Temple, qui fit tant de victimes, et où le maréchal Mortier trouva la mort. Plus loin, un globe céleste; le buste de Napoléon [°", par

Chaudey ; les deux couteaux et la lame de ciseaux avec

lesquels se poignardèrent successivement les héroïques conventionnels montagnards Romme, Goujon, Bourbotte, Soubrany, Duquesnoy, Duroy.. Voici encore le tierspoint que Louvet enfonça dans la poitrine du duc de Berry, et la veste rouge que portait Damiens lors de son fol attentat sur Louis XV... Dans l’angle de gauche, s'ouvre une vitrine renfermant les restes de « l'affaire

Praslin » : un bonnet de femme, des mouchoirs, des taies d'oreiller, une chemise encore noirs et roides de sang... une pantoufle turque maculée, le cordon de sonnetle, les serviettes salies de taches évocatrices.… voici le yatagan, le couteau de chasse, les fioles de poison, les boîtes de poudre arsénieuse, les « substances blanches saisies dans la chambre à coucher »… Tout cela repose

en une vingtaine de cartons verts Dani bureaucra-

tique ; seules les étiquettes « Affaire Praslin » évoquent

ce crime retentissant, dont les mobiles restent encore

par certains points inexpliqués… Et c'est tout ce qui survit de ce mystérieux procès. Aujourd'hui, les autos passent rue de l'Élysée, où s’élevait l'hôtel tragique ; les jours de bal à la Présidence, les voitures des ambassadeurs stationnent sur l’emplace-. ment de la chambre sanglante ; les passants circulent le

long du trottoir, remplaçant l’herbage où paissaient les

chèvres de la mère Poiriot. Le faubourg Saint-Honoré,déjà fastueux au xvin siècle, est resté aristocratique. En 1847, il était des mieux fréquentés ; l'ambassadeur d’ he marquis de Normanby, habitait au n° 39; l'ambassade de

Mecklembourg-Schwerin occupait le n° 35. Au n° 54, le. ;

comte d’Astorg, au n° 47 le comte de Chateaubriand, au 4° 57 la comtesse de Castellane, au n° 70 le comte d’Andlau avaient leurs demeures. L’hôtel Pontalba,

l’hôtel Bagration, l’hôtel Guébriant, l’hôtel La Trémoiïlle

s’y rencontraient encore; ce coin de. Paris, alors, comme autrefois, était demeuré fastueusement élégant.

nu | UN VIEUX QUARTIER 401

En nous y promenant, l’autre jour, nous nous efforcions de reconstituer l’effervescence qu'avait dù pro- duire, faubourg Saint-Honoré, cette « Affaire Praslin ».… la rue pleine de monde, la foule haletante, les discus-

a RUE DU FAUBOURG-SAINT-HONONÉ, N° 112, HÔTEL CASTELLANS. S Eau-forte de Martial.

sions, les huées, les loustics cnnjuguant le verbe « prasliner sa femme », la police s’efforçant de mettre un peu d’ordre dans ce grand désordre. Nous songions encore que vers sept heures du soir les badauds, après avoir bien crié, bien potiné, bien contemplé cette porte der-

rière laquelle il se passait tant de choses, durent s’en aller diner. les uns joyeux, en songeant que la Bourse

du jour avait été « plutôt ferme », que le 5 0/0 cotait :

118 et le 3 0/0 76,55 ; les autres pressés de passer leur redingote pour applaudir, à la Porte-Saint-Martin, Ja première représentation de La Belle aux cheveux d'or ou, au Théâtre -Ilistorique, le Chevalier de Maison- Rouge (1), alors dans sa triomphante nouveauté, ...et puis, au fond, tout cela « embôêtait le gouvernement », et c’est une joie que les Parisiens n’ont jamais dédaignée.

(1) Spectacles du 18 août 4847: — Opére Conti ee : Les Moses laires de la Reine, Le Trompetle. — Théâtre-Historique : Le Chevalier de Maison Rouge. — Vaudeville : Dernir Amour, Le Chapeau gris, Un Vœu, L'Amour s'en va. — Gymnase : Une Femme, Les Malheurs, première représentation de Un Ménage. — Variétés : Turlurette, Les Foyers d'Acteurs. — Palais-Royal : Les Chiffonniers de Paris, Le Roman de la Pension. — Cirque Olympique (Char peTERel Soirée HR (Journal des Débats, 18 août 1547.)

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