DE LA PORTE MAILLOT
ans l’une des sal'ces consacrées au souvenir du siège de Paris, les visiteurs du musée Carnavalet s'arrêtent longuement devant un tableau d'Édouard Detaille, particulièrement tragique : sous un ciel bas et plombé, l'avenue de la Grande-Armée silencieuse et vide; à droite et à gauche, des arbres brisés par des éclats d’obus, des maisonnettes éventrées ; dans le fond, l'Arc de Triomphe, au premier plan, l'étroit pont-levis de la porte Maillot; des palissades, des madriers, des épaulemenis de terre, une batterie de canons ; par terre, des plaques de neige sur de la boue noire. C’est l'étude « d’après nature » faite, en novembre 1870, par notre grand peintre mili- | (aire, et tous ceux qui ont vécu les jours inoubliables du “ siège y retrouvent la sinistre vision de ce qu'étaient __ alors les remparts de Paris!
3 Nous évoquions cette page, l’autre jour, au même F. endroit, — mais combien modifié! — Nous y étions
noyé en une foule bruyante, affairée, joyeuse, au milieu
des autos, des cyclistes, des tramways, des flots de voya-
geurs sortant du Métro voisin. Les terrasses des cafés étaient noires de monde; dans l'air flottait une odeur
combinée d’amer Picon-et de moto-naphta, et des conversations d'ordre spécial s’échangeaient entre buveurs