‹ A travers trois siècles [microform]; l'œuvre des Bollandistes, 1615-1915;Chapitre 19 sur 51 · I. Rcsponsio, t. II. p · texte numérisé non relu

I. Rcsponsio, t. II. p

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L^ŒUVRB DES BOLLANDISTES

les extatiques. Parmi les prières attribuées à sainte Catherine de Sienne par des autorités respectables, il en est une qui nie l'Immaculée Conception de la sainte Vierge*. « Si cette prière est vraiment de la sainte, disait le P. Lancicius, une autorité en ces matières, il faut dire qu'elle a parlé cette fois, non sous l'influence d'une révélation divine, mais d'après son sentiment personnel, comme fille spirituelle des Pères dominicains, qui lui avaient enseigné cette opinion. » La citatfon empruntée à Lancicius par Papebroch, mérite d'être continuée :«Car il faut savoir,poursuit-il, que, quand certaines personnes parlent dans l'extase, elles expriment souvent leurs propres idées, et parfois même de simples hallucinations. Ceci est tout à fait certain, les hommes d'expérience le savent et les histoires authentiques le confirment. Moi-même, je pourrais nommer des saintes canonisées par le Saint-Siège, et dont j'ai lu les paroles prononcées dans l'état de ravissement, ou les écrits qui s'en inspirent. Or, dans ces écrits se rencontrent des hallucinations si caractérisées, qu'il a fallu pour cette raison en interdire l'impression.»

I. Dialogi D. Caiharine Senensis virginis sanctissime in scx tractatus distribua (Ingolstadiif 1583}, f. 330.

L'EPREUVE

On voit combien l'attitude de Papebroch était franche et résolue aussi longtemps qu'on restait sur le terrain de l'érudition, prudente et réservée dès qu'il en franchissait les limites pour s'adresser aux simples. Le reproche de jeter par sa critiqué le trouble dans les âmes, retombait sur ceux qui initiaient le public à des discussions auxquelles les savants seuls pouvaient entendre quelque chose. C'est ainsi qu'on a vu en d'autres temps des censeurs trop zélés dénoncer le scandale qu'euxmêmes avaient provoqué, en attaquant dans la presse quotidienne des travaux qui, sans eux, ne seraient jamais tombés sous les yeux

du vulgaire.

Les principes qui guidaient Papebroch dans sa recherche scientifique sont la sagesse même. On n'a jamais trouvé à y redire, et de nos jours encore on peut les suivre en toute sécurité. L'application pourra devenir plus rigoureuse à mesure que les méthodes se perfectionnent et que l'horizon hagiographique s'élargit. Présentés au public dans une synthèse claire au lieu d'être dispersés dans un livre de polémique, ils auraient; constitué un ^ manuel de critique hagiographique que l'on consulterait toujours avec fruit.

l'œuvre des bollandistbs

l'épreuve

Nul ne saurait se flatter d'apporter à tous les problèmes d'érudition des solutions définitives ni d'être universellement écouté comme un oracle. Une œuvre vraiment scientifique appelle nécessairement la discussion, et les bollandistes eurent' plus d'une fois l'occasion de profiter de la contradiction en se rangeant à l'avis d'un adversaire compétent et courtois, comme le fit Papebroch vis-à-vis de Mabillon. En dehors de cette escrime académique, à laquelle tout érudit doit être exercé, il y eut encore quelques escarmouches, où l'esprit de corps eut plus de part que le zèle de la science. Laderchi s'offusqua d'une parole attribuée à saint Philippe de Néri et qui fut sans doute jugée trop honorable pour saint Ignace. Les titres de noblesse de saint Dominique, que l'on prétendait rattacher à la famille des Guzman, furent bruyamment revendiqués par quelques Dominicains. Ce fut de nouveau une guerre de pamphlets avec quelques dissertations, qui semblèrent mériter une réponse. La controverse commença en 1734 et finit en 1736*. Elle n'eut aucune des consé-

I. Un recueil de pièces relatives à cette controverse est conservé dans le manuscrit 8430-8434 de la bibliothèque Royale de Bruxelles. Voir aussi Acta boUandiana apologeticis libris vindicata, p. 896-1008.

quences de la grande querelle avec les Carmes. Quelques autres incidents qui troublèrent un instant les paisibles labeurs du Musée bollandien, ne valent guère la peine d'être rappelés, sauf peut-être les démêlés du P. Du SoUier avec Dom Bouillart. Saint-Germain-des-Prés avait refusé au bollandiste, pour son édition d'Usuard, le plus ancien manuscrit, l'autographe à ce qu'on prétendait, de ce martyrologe *, et il avait dû se contenter d'une collation insuffisante, sauf à recourir, pour éclaircir ses doutes, à la complaisance de quelques amis parisiens. Il avait du reste fort bien apprécié cet exemplaire et suppliait les Bénédictins de le publier. L'édition parut en 1728. Elle était anonyme. L'auteur, D***, était Jacques Bouillart, qui en

I. V^ATTENBACH, Dcutschlafids Geschichlsquelletij 7c éd. t. I, p. 67, affirme que Longnon s'est prononcé sur ce point. Cela n'est pas tout à fait exact. Voici ce qu'écrit cet érudit à propos du manuscrit latin 13745 ^^ ^^ bibliotèque Nationale de Paris : « Dans une petite notice latine, inscrite sur un des feuillets de garde du manuscrit^ Mabillon n'hésite pas à reconnaître cet exemplaire du martyrologe pour le manuscrit autographe d'Usuard, Les sceptiques pourraient tout au plus prétendre que le copiste auquel on doit cet exemplaire du martyrologe était seulement un contemporain d^Usuard. » Notices el documents publiés par la Société de V Histoire de France (Paris, 1884,), p. 10.

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l'épreuve

fit une œuvre de polémique aigre et déplaisante. Il aggrava ses incorrections en envoyant au P. Du Sollier un exemplaire de son Usuard avec une lettre anonyme pour lui dire que, s'il y avait quelque chose dans son livre qui pût lui déplaire, il était prêt à lui donner « toute la satisfaction convenable >. Le P. Du Sollier se plaint dans sa réponse de ces mauvais procédés :

« Mon Révérend Père, je vous pardonne de m'avoir écrit sans date, mais je trouve assez peu de bienséance à m'envoyer des étoiles au lieu de votre nom... Soyez persuadé que je prends toutes vos réponses et toutes les douceurs que vous me dites dans le sens que votre lettre m'explique, sans prétendre aucune satisfaction, ni de vous ni de ceux qui liront votie livre, que celle de vouloir bien confronter ensemble les endroits que vous tâchez de réfuter par lambeaux détachés, de confronter, dis-je, passages avec passages, ce qui me déchargera de vous suivre, pour servir de réplique, à laquelle vous ne devez pas vous attendre, mon Révérend Père, puisque vous ne pouvez ignorer que j'ai bien autre chose à faire que de relever une poignée de minuties, qui ne feront jamais aucun préjudice au dessein de tout mon ouvrage. Je me sais bon gré de vous avoir contraint à pu-

blier votre codex, et j'ai toujours été dans la vraie disposition de vous épargner cette peine, si vos Pères eussent voulu user envers moi de la même complaisance qu'avait eue autrefois pour eux le P. Papenbroucq en leur envoyant l'autographe vrai ou prétendu de Thomas a Kempis, dans un temps aussi dangereux que celui auquel je les ai fait prier tant de fois de m'accorder cette grâce plus pour leur intérêt que pour le mien.' On est assez convaincu par ce que j'ai dit dans ma préface et ailleurs que je n'ai pu agir plus honnêtement et que tout autre que moi, avec les secours dont j'ai dû me servir, ne pouvait se former un jugement plus sensé de votre Usuard que celui que j'ai porté, avec un peu plus de modération que vous n'avez la bonté de faire par rapport à mon édition, qui est cependant à l'abri de votre critique et qui saura bien se maintenir sans aucune apologie*. >

Du Sollier s'en tint à cet accusé de réception. N'eut-il pas raison d'étouffer une querelle littéraire dont il n'y avait nul fruit à attendre?

I. Les lettres de Dom Bouillart et du P. Du Sollier ont été publiées par Mgr De Ram à la suite d'une traduction de la Dissertation sur les martyrologes de Binterim (Louvain, 1835), p. 30-32-

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LA RUINE

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