‹ A travers trois siècles [microform]; l'œuvre des Bollandistes, 1615-1915;Chapitre 28 sur 51 · I. L' Union du II décembre · texte numérisé non relu

I. L' Union du II décembre

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mer, dans un pays qui venait à peine de conquérir sa liberté. Elle fondait ses premiers collèges, et rensei2:nement réclamant toutes ses forces vives, elle ne songeait nullement à se charger, à pareil moment,d'un fardeau qu'elle n'était guère en état de porter. A toutes les sollicitations, le P. Van Lil, provincial, opposait la pénurie de sujets et le danger de désorganiser son personnel enseignant.

Ce fut le zèle de Mgr De Ram, recteur de l'Université de Louvain et membre de la Commission royale d'histoire, qui vint à bout de toutes les résistances. A la première annonce du projet français, il écrivit à M. de Theux, ministre de l'Intérieur, pour obtenir que le gouvernement s'intéressât à la reprise, parles jésuites belges, de l'œuvre bollandienne, et s'offrit à entrer avec eux en pourparlers. Voici comment il s'exprimait : « Convaincu que les bollandistes ne sauraient être remplacés que pareux-mêmes, c'est-à-dire par les membres d'une société religieuse qui les a nourris dans son sein et qui a si bien mérité des lettres, je n'ai pu m'empêcher d'exprimer depuis longtemps le désir de voir revivre l'ancienne association des bollandistes, et de croire même qu'il serait facile de réaliser leur rétablissement. Al'étranger comme parmi nous, les savants s'empresseraient de

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rendre hommage à la sollicitude d'un gouvernement qui se ferait un devoir d'encourager des hommes se consacrant à l'achèvement du plus vaste monument de notre histoire littéraire *. > Le savant recteur réitéra ses démarches, en même temps qu'il agissait énergiquement sur le provincial des jésuites pour lui faire accepter des propositions qui mettraient fin à la concurrence étrangère. Sa persévérance triompha de tous les obstacles. En janvier 1837, la nouvelle Société des bollandistes, composée des PP. J. B. Boone, Joseph Van der Moere et Prosper Coppens, auxquels fut adjoint un peu plus tard le P. Joseph Van Hecke, fut constituée à Bruxelles, au collège Saint-Michel -. Elle obtenait du gouvernement les autorisations nécessaires pour re- • cevoir en prêt les manuscrits et les livres de la bibliothèque Royale, et une subvention annuelle qui fut fixée à 6000 francs. On s'occupa aussitôt de la rédaction d'un prospectus, qui fut publié en 1838, sous le titre De prosecutwjie operis Bollandiani. Il est l'œuvre du P. Van Hecke.

1. Lettre du 17 novembre 1836, publiée dans la Revue catholique ÛQ Louvain, t. XVIII (1860), p. 153-155.

2. Lettre du P. Van Lil, 29 janvier 1837, au ministre de l'Intérieur.

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Si les bollandistes gardent à l'homme distingué, dont l'intervention énergique fit revivre leur oeuvre, un souvenir respectueux et reconnaissant*, ils ne peuvent oublier que l'organisation éphémère que fut la Société hagiographique de France pesa d'un poids très lourd sur leurs destinées. Il était inévitable que la question de la reprise des Acta sanctorum se posât un jour. Mais il fallait prendre le temps de se recueillir et de mûrir le projet. L'entrée en scène de la Société hagiographique brusqua les choses. On voulut ôteraux représentants de l'éradition étrangère, quels qu'ils fussent, tout prétexte à intervention et empêcher la mainmise sur un bien national. La' difficulté était de trouver des hommes mieux préparés pour réahser l'idée.

La tâche était de nature â iaire reculer les plus intrépides Tout ce qui restait du travail des devanciers, c'était un plan auquel il fallait bien s'assujettir, mais les mille secrets de l'exécution étaient perdus. De la tradition formée par un siècle et demi de tra-

I. Le P. Victor De BucKa publié une intéressante biographie de M^r De Ram dans les Études religieuses^ 1865, juinjuillet et août.

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vaux ininterrompus, il ne restait plus, après une suspension de quarante ans, aucun témoin vivant. L'étude de l'immense collée tion et des notes échappées au naufrage permettait seule de la reconstituer.

Les outils forg-és par les prédécesseurs étaient dispersés ou détruits. II s'agissait de les retrouver ou d'en créer de nouveaux et c'est ainsi, par exemple, que les listes des' saints, si laborieusement dressées après dépouillement de tous les martyrologes, durent être refaites ; de même le catalogue des manuscrits nécessaires aux recherches futures.

La bibliothèque n'existait plus. Ni les grandes collections qui sont la base des recherches érudites, ni les répertoires indispensables n'étaient à la disposition des hagiographes, et les innombrables monographies, réunies jadis dans le musée bollandien, avaient disparu sans laisser de trace. Les locaux eux-mêmes faisaient défaut et les premiers livres que les nouveaux hagiographes parvinrent à se procurer, durent être rangés le long des sombres couloirs du vieux collège Saint-Michel.

C'est au milieu des soucis de la vie matérielle et de la constitution d'un nouvel outillage scientifique que parut, en 1845, le tome VII d'octobre, et, en 1853, le tome VIIL

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Les autres volumes du même mois se succédèrent à des intervalles plus rapprochés : le tome IX en 1858, le tome X en 1861, le tome XI en 1864., le tome XII en 1867. Le tome XIII ne fut imprimé qu'en 1883.

Que certaines parties de ces énormes infolio, des premiers surtout, se ressentent des conditions défavorables au milieu desquelles ils furent préparés, qu'ils se rattachent plus étroitement qu'on ne voudrait à la tradition des mauvais jours du dix-huitième siècle, personne ne s'en étonnera. Cette production que nous sommes tentés de juger prématurée, fut imposée par les circonstances. On avait refusé les services d'une Société qui promettait le prompt achèvement de l'œuvre. Le public admettrait-il que la nouvelle Société mît plus de temps à préparer un volume que l'autre n'en eût mis à terminer la série complète ? Ne fallait-il pas affirmer sa vitalité en amorçant la continuation si longtemps attendue ? Il était indispensable de calmer certaines impatiences. Et puis, les nouveaux bollandistes recevaient une subvention de l'État, sans laquelle ils n'auraient pas réussi à se reconstituer. Mais l'allocation du gouvernement était liée à des conditions, dont la première était de publier, à échéance fixe.

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les volumes de la continuation. Il aurait servi de peu d'étaler aux veux de la Chambre et du public les difficultés de l'entreprise et de chercher à excuser des retards que les surprises de la recherche et les circonstances rendaient aisément explicables. Il fallait avancer, dans la situation désavantageuse d^une armée obligée de combattre avant d'être complètement organisée. Le manque de concision que l'on a pu reprocher aux premiers volumes est la conséquence inévitable du travail forcé.

Peu avant la suppression de l'abbaye de Tongerloo, les bollandistes avaient commencé l'impression d'un nouveau volume, dont quelques feuilles étaient tirées. On réimprima cette partie, sauf le commentaire sur sainte Thérèse, dont les premières pages seules avaient été imprimées'. La suite du manuscrit ne fut pas retrouvée. Il fallut se résigner à refaire le travail. Ce fut le P. Van der Moere qui l'entreprit, sur un plan mal-

I. 11 existe un très petit nombre d'exemplaires de ces feuilles. Celui de la bibliothèque Royale de Bruxelles et celui de la bibliothèque d'Anvers s'arrêtent à la page 112, avant le commentaire sur sainte Thérèse. L'exemplaire de la bibliothèque des Bollandistes comprend 12S pages.

heureusement beaucoup trop vaste. Le reste du volume est en grande partie l'œuvre du P. Van Hecke. Sur le titre du tome VIII figurent, avec le P. Van Hecke, les PP. Benjamin Bossue, Victor De Buck et Antoine Tinnebroek. Ce dernier mourut en 1855, à l'âge de trente-neuf ans, et fut remplacé par le P. Edouard Carpentier. A ces noms s'ajoutèrent, à partir du tome X, celui du P. Rémi De Buck, et au tome XII celui du P. Henri Matagne.

Le bollandisme renaissant fondait sur le P. Carpentier et le P. Matagne les plus grandes espérances et comptait sur eux pour faire profiter les Acia sanctorum des sources orientales désormais accessibles. Tous deux, hélas î moururent avant d'avoir pu donner leur mesure. Le P. Carpentier, après avoir publié, sur les saints d'Ethiopie et sur les martyrs arabes, des travaux qui comptent parmi les meilleurs de toute la collection, mourut en 1868, à l'âge de quarantesix ans ; le P. Matagne, en 1872, à l'âge de de trente-huit ans, laissant parmi ses confrères le souvenir durable de ses hautes capacités' intellectuelles, et d'une solide connaissance de plusieurs langues orientales. La perte de ces excellents ouvriers fut pour

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l'œuvre un rude coup. Cette épreuve, jointe à d'autres qui s'abattirent sur elle presque en même temps, rendit fort pénible l'achèvement du mois d'octobre. Lorsqu'on put songer à imprimer le tome XIII, tous les collaborateurs, de cette génération avaient disparu.

De tous ceux-ci, le plus remarquable fut sans contredit le P. Victor De Buck. Né à Audenaerde, en 1817, entré au noviciat de Nivelles en 1835, il se fit bientôt distinguer par ses talents hors ligne et une puissance de travail extraordinaire. A peine avait-il terminé ses études de philosophie, en 1840, qu'on l'adjoignit comme auxiliaire aux nouveaux bollandistes. jlll ne se confina point dans l'étude des textes hagiographiques et comprit qu'un critique doit posséder une connaissance étendue de l'histoire générale et des branches subsidiaires. Il n'en négligea aucune, mais ce fut l'archéologie et le droit canon qu'il cultiva avec prédilection. Sa science du droit ecclésiastique lui permit à diverses reprises d'intervenir utilement dans les controverses qui passionnaient alors l'opinion, et de rendre, notamment à la cause des religieux, de signalés services.

Une faculté d'assimilation indéfinie lui permettait d'aborder les sujets les plus variés, et les nombreux écrits sortis de sa plume ne tardèrent pas à lui assurer une brillante réputation. Il ne se confinait point dans des sujets de pure érudition, et, dans les luttes politiques et religieuses, il ne se résignait pas au rôle de simple spectateur. En tout ce qui touchait aux affaires ecclésiastiques, il était sans cesse consulté par les hommes les plus éminents. On l'estimait pour sa vaste intelligence et sa largeur d'esprit; on l'aimait pour sa simplicité, qui touchait à la candeur. Ami de Montalembert et de Mgr Dupanloup, il se rendit suspect à ceux qui reconnaissaient comme chef Louis Veuillot. De généreuses illusions sur les résultats immédiats du mouvement d'Oxford \ un optimisme exagéré sur les dispositions de la Russie à l'égard de l'Église romaine l'avaient engagé fort avant dans des négociations pour l'union des Eglises.

Il mettait d'ailleurs fort justement comme condition première à toute tentative d'union une charitable condescendance, attentive à é-

I. Cf. Life of Pusey, t. IV, p. 173-186 ; Thurbau-D angin, La renaissance catholique en Angleterre, t. III, p. 133-

viter tout froissement inutile, et avait horreur du zèle qui a toujoars Tinjure à la bouche et approfondit le fossé qu'il prétend combler. En accueillant dans les Acta sanctorum le commentaire du P. Martinov sur le bienheureux Arethas de Kiev (XIII« siècle) et son étude sur le PaUricon de Moscou, il faisait précéder ces travaux d'une préface remarquable où il s'expliquait sur les qualificatifs à donner aux écrivains séparés de l'Église romaine. Il proscrivait le nom odieux de schismatiques et voulait qu'on les appelât simplement non-catholiques, non-unis;' orthodoxes. Et pour que personne ne prît ombrage de ce nom d'orthodoxes, il ajoutait : < Des hommes graves qui ont étudié sérieusement les symboles et les livres liturgiques des Russes, sont persuadés que leur doctrine ecclésiastique (on ne s'occupe pas ici des opinions de quelques théologiens) diffère de la doctrine catholique par les mots plutôt que par les choses, et qu'on peut avec raison la qualifier d'orthodoxe. L'indulgence en ces matières ne tire pas à conséquence puisque nous savons que la doctrine seule n'est pas la marque de la véritable Église, que les conciles œcuméniques appellent une, sainte, catholique et apostolique, ttquQ,d' autre part.le nom de catholique, auquel les orthodoxes ne songent

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guère, et qui s'attache aux partisans de l'Église romaine comme l'ombre suit le corps, en est par soi-même un signe distinctif *.>

De l'activité qu'il déploya pour promouvoir la grande cause de l'union des Eghses, on ne lui sut guère de gré, bien qu'il fût impossible de méconnaître la droiture de ses intentions ou la pureté de sa doctrine, que personne ne réussit jamais à prendre en défaut. Le choix qu'on fit de lui comme théologien au concile du Vatican ne peut être considéré comme une invitation à défendre les idées qui lui étaient chèvres.

Les travaux de cet ordre et les nombreuses relations qu'ils entraînaient, n'absorbaient qu'une petite part de l'activité du P. Victor De Buck, dont la contribution aux Acta sanctorum d'octobre fut considérable. Le tome VII, publié avant qu'il ne fût prêtre, a déjà bénéficié de sa collaboration ; les commentaires anonymes de ce volume sont de lui. Si l'on veut se rappeler dans quelles conditions défavorables furent publiés les premiers volumes d'octobre, surtout le cinquième et le sixième, on ne s'étonnera pas que la préparation des volumes suivants ait amené la découverte de certaines lacunes et

I, Acta SS. Oct.,t. X, p. 863,

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qu'on se soit préoccupé de les combler. De là les suppléments intitulés Aiictaria aux tomes I, V et VI qui sont en bonne partie l'œuvre du P. V. De Buck. Dans les autres volumes, à partir du huitième, les nombreux commentaires signés V. D. B. méritent d'attirer l'attention. Ce sont, avec ceux du P. Carpentier, les meilleurs de cette série. Dans presque tous, le P. V. De Buck a versé des trésors d'érudition et fait preuve d'une grande perspicacité. Un reproche qu'on peut lui faire, c'est de n'avoir pas réagi suffisamment contre les tendances de la génération précédente et l'importance exagérée donnée à la dissertation. Son savoir exubérant cherchait naturellement à se répandre, et il ne résistait guère aux suggestions d'un sujet dont les détails lui fournissaient ample m'atière à recherches curieuses. C'est ainsi qu'il a accumulé, en des endroits où le savant le plus averti n'irait point les chercher, nombre de notes et d'exposés qui épuisent la matière, mais qui ont l'inconvénient de grossir les volumes, et aussi d'y introduire un élément que les progrès de l'érudition font vieillir rapidement. ' • Une découverte qui fait honneur à sa clairvoyance, c'est celle des relations étroites du calendrier syriaque de Wright avec le martyrologe hiéronymien et delà lumière

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que le vieux document oriental jette sur les sources de là compilation latine. Le calendrier venait à peine de paraître * que le P. V. De Buck écrivait :

« Nous avions reconnu depuis longtemps que l'hiéronymien est composé d'une foule de calendriers romains, africains, ' asiatiques, illyriens ; que c'est la raison des répétitions des mêmes saints à différents jours, et parfois le même jour, mais sous des noms défigurés ; que les fastes de Constantinople n'y sont presque pas représentés. Mais le calendrier de Wright est une clef, et on pourra s'en servir avec d'autres calendriers syriaques, arméniens, égyptiens, et aussi de celui de Carthage, pour essayer d'arracher à ce martyrologe tous ses secrets*.»

Dans un article sur la Roma Soiterranea de J.-B. de Rossi, il y revient, et pose en principe qu'il faut, dans une très large mesure, identifier les homonymes, et qu'avant d'entreprendre la critique de la compilation, il importe d'avoir sous les yeux un grand nombre de calendriers anciens et modernes. Il

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