‹ áA mes prãetres (volume 2)Chapitre 1 sur 5 · áA mes prãetres · texte numérisé non relu

áA mes prãetres

Pourquoi ce nouveau livre ? Comment justifier sa raison oVëtre ? // ne se recommande ni par la nouveauté du sujet ni par les mérites de sa composition.

Si nous V osions, nous ferions nôtres les paroles qu'écrit saini François de Sales dans sa préface à son " Introduction à la vie dévote " ; il avoue présenter à ses lecteurs les mêmes fleurs que ses prédécesseurs, mais, ajoute-t-il : " le bouquet que j'en ai fait sera différent des leurs, à raison de la diversité de l'arrangement dont il est façonné. "

Nous n'offrons cependant ici ni fleurs ni bouquet mais simplement une gerbe de pensées que vous voudrez bien lire avec l'amour profondément sincère qui les a dictées. Nous voulons encore une fois vous prouver que nous pouvons être ahuri de travail, mais qu'il y a toujours une case dans notre cerveau pour penser à vous et en nous le cœur tout entier pour vous aimer, pour vous aider à faire bien et à faire du bien.

L'exercice du Chemin de la Croix est une des pratiques de dévotion les plus anciennes et certainement une des meilleures, des plus sanctifiantes, qui puissent être recommandées à la piété des fidèles. De nombreuses indulgences, applicables aux âmes du purgatoire, y sont attachées ; et ceux qui l'accomplissent en y apportant tout le soin et toute l'application possibles, font un acte très agréable à Dieu qui se plait à favoriser de grâces toutes particulières les âmes désireuses d'honorer sa passion. Cette dévotion qui consiste à méditer sur les souffrances que Jésus a voulu endurer pour notre amour, à

suivre notre Divin Sauveur pas à pas sur le chemin du Calvaire, donne à l'homme de grandes forces pour faire ce long " chemin de croix " qui est le chemin de la vie et qui devient plus rude à mesure que la montée s5 accentue et que le poids de la croix semble augmenter avec la fatigue de l'âme et du corps. En regardant cet Homme de douleurs, nous puisons des consolations dans nos peines, de la force dans nos faiblesses, du courage dans nos tentations, de la confiance dans nos délaissements.

Cet exercice doit être cher à tout bon prêtre. Nous avons peut-être quelque reproche à nous faire sur ce sujet. ATous exhortons les fidèles à parcourir souvent les stations douloureuses du Chemin de la Croix: nous leur en exposons les avantages ; nous leur signalons les nombreuses indulgences qu'ils peuvent y gagner. Et nous, eu notre particulier, combien de fois parcourons-nous cette voie douloureuse ?

N'oublions donc pas ce chemin royal dans lequel marche à notn tête le Dieu de gloire, accompagné de la Heine des anges ; dans lequel ont marché jusqu'à nous tous les saints, da?is lequel marcheront tous les élus jusqu'à la consommation des siècles et où il faut que nous marchions aussi nous-mêmes si nous voulons arriver avec eux à la céleste Jérusalem.

Faisons souvent le Chemin de la Croix, puisque, dit saint Bonaventure, c'est par le souvenir assidu de la Passion que s'enfante ei se conserve la ferveur de la vraie piété : si vous voulez que V esprit d'amour soit en vous inépuisable, faites-vous une sainte habitude de contempler des yeux du cœur Jésus mourant sur la croix. Vous qui soupirez après les eaux vives de la grâce, vous qui sentez le besoin des eaux amères des larmes, vous les puiserez <lar<s h s plaies de Jésus. Approchez-vous donc souvent, âme pieuse : venez, parti' sur les ailes de vos saints désirs, à Jésus déchiré, à Jésus couronné d'épines, à Jésus cloué sur la croix ; et non contente de contempler ses plaies, d'enfoncer les mains avec Thomas dans leurs ouvertures, entrez vous-même, pénétrez par la blessure du côté jusqu'au cœur du bon Maître ; et là, blessée vous aussi, transpercée de douleur et comme tranformêe en lui par l'ardeur de votre amour, ne cherchez plus qu'une chose ; qu'une seule chose vous console ; partager la croix de votre Maître, afin de pouvoir dire avec saint Paul : je suis

cloué à la croix avec Jésus ; ce n'est pas moi qui vis, c'est Jésus qui vit en moi. "

C'est au pied du crucifix que les Augustin, les François, les Bernard, les Bonaventure, les Thomas, etc., trouvèrent ce mépris du monde et d'eux-mêmes, cet esprit de pénitence, ce zèle de la gloire de Dieu et du salut des âmes dont ils étaient animés ; ces lumières, cette onction, ce feu divin, ces flammes sacrées qui se trouvent répandues dans tous leurs écrits : " Voilà, disait saint Bonaventure à saint Thomas d'Aquin, en lui montrant son crucifix, voilà où j'ai appris tout ce que je sais. " et moi, disait saint Thomas, je confesse que j'en ai plus appris au pied de la croix que dans tous les livres. "

A leur exemple, c'est dans le Chemin de la Croix, que nous apprendrons avec le grand apôtre à n'avoir plus d'autre félicité et à ne plus rechercher d'autre gloire que dans Jésus crucifié. Les tableaux que nous offre cette pieuse pratique sont comme des miroirs dans lesquels nous voyons la laideur du péché, la peine qu'il mérite, le prix d'une âme, la force de l'amour, l'étendue et la sévérité de la justice divine.

Alors nous comprendrons mieux qu'il faut prêcher souvent cette dévotion si riche en enseignements, en consolations, en fruits de grâces et de vertus, en toutes sortes de bénédictions spirituelles, cette dévotion qui convient à tous les âges, à tous les états de l'âme, à toutes les situations de la vie. Rappelons-nous qu'il n' y a rien de plus propre à convertir les pécheurs qui ont profané l'instrument adorable de notre Rédemption et qu'il n'y a pas de moyen plus facile pour gagner les cœurs, pour les attacher à jamais au service de Jésus- Christ que cette pieuse pratique pendant laquelle nous nous occupons tantôt des douleurs incompréhensibles que le péché a causées à Jésus, tantôt de l'amour immense qu'il a témoigné aux hommes en se livrant pour eux.

Puisse cette dévotion se développer de plus en plus dans notre cher diocèse. Le Sauveur y instruira nos fidèles non seulement par des paroles mais par des exemples. Et quoi de plus entraînant que ces exemples d'un Dieu ! Quoi de plus émouvant que ses souffrances ! Sur ce chemin douloureux, son silence nous parle, sa patience nous confond, ses plaies nous attendrissent.

Suivez ces conseils et, quelque infécond que vous paraisse parfois le sol que vous avez à cultiver, vous aurez le courage de ne pas ménager vos sueurs ; elles seront avec la grâce de Dieu, comme la rosée qui tôt ou tard fertilisera votre sillon ; elles vous obtiendront le salut des brebis perdues que vous cherchez.

Continuez à prier pour voire archevêque qui vous donne dans ce travail une nouvelle preuve de Vintérët qu'il vous porte ; continuez en union avec lui le ministère que vous remplissez avec zèle et dévouement. Puissions-nous avoir un diocèse où l'obéissance est conquise par la bonté et rendue par l'amour.

N ous avons remarqué un jour à Lourdes un pèlerin qui trempait dans Veau miraculeuse de la grotte le nom d'un malade qui lui était cher. A l'autel, chaque matin, trempez notre nom dans le bain de la miséricorde divine afin que nous recevions les grâces dont nous avons besoin pour partager vos joies, pour compatir à vos peines, pour encourager vos efforts et vous aider à accomplir vos devoirs.

f Olivier-Elzéar Mathieu, Archevêque de Regina.

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