áA mes prãetres
Vous êtes venus à la retraite annuelle ; vous y êtes venus avec plaisir ; car vous savez que ces jours donnés exclusivement à Dieu seront pour vous " des jours de salut ". En y entrant, dites avec ferveur à Jésus, comme l'aveugle de Jéricho : " Domine, fac ut videam, faites que je voie ". (Luc, xvm, 41.)
Dieu va vous écouter, durant ces jours bénis, vous verrez plus clair en vous-mêmes ; vous remarquerez, vous regretterez vos négligences, vos ingratitudes, vos légèretés. Vous verrez plus clair en Dieu ; vous aurez une notion plus nette de ses perfections, de sa sainteté, de ses droits et de ses bienfaits ; vous vous sentirez plus pressés d'adhérer à ses désirs et de travailler de plus en plus à vous sanctifier.
Vous comprendrez mieux la sublime dignité dont vous avez été revêtus. L'illustre archevêque de Milan, saint Charles Borromée, s'adressant à son clergé, lui disait : " Qu'y a-t-il que le Seigneur n'ait mis dans mes mains, quand il y a déposé son Fils unique, coéternel, égal à lui ? Il a mis entre mes mains tous ses trésors, ses sacrements et ses grâces ; il y a placé les âmes qui sont ce qu'il y a de plus cher, ces âmes qu'il a préférées à lui-même dans son amour, qu'il a rachetées de son sang ; il a mis entre mes mains le ciel pour que je puisse l'ouvrir et le fermer aux autres. "
Telle est, mes chers collaborateurs, votre suprême dignité et par conséquent votre suprême responsabilité. Dieu vous a tout donné : son autorité, sa puissance, ses grâces, son Fils,
son sang, ses mérites, son ciel, oui tout, tout cela vous a été donné, abandonné, comme autant de trésors à négocier et à faire fructifier pour la gloire de Dieu et le bien des âmes, et de cela vous êtes responsables.
C'est pour procurer cette gloire à Dieu en sauvant les âmes que tous, nous nous sommes couchés comme des morts sur le pavé du sanctuaire au jour de notre grand sacrifice et que nous nous sommes ensuite relevés dans la puissance de l'Esprit- Saint pour courir à toutes les fatigues et à tous les combats de l'apostolat. Depuis le Vicaire de Jésus-Christ jusqu'aux humbles ouvriers du Père de famille dans l'obscurité du ministère paroissial, tous nous n'avons qu'une fonction et nous ne devons avoir qu'une passion : la gloire de Dieu et le salut des âmes.
L'Esprit-Saint vous a choisis pour être ses instruments et ses organes, pour être le pied, la main, la voix, le cœur, l'action même de Dieu sur les âmes. C'est par vous qu'il veut sanctifier les hommes et les conduire à l'éternelle félicité. Quel sublime emploi ! Quelle digne ambition !
Mais, comme cette obligation qu'a le prêtre de travailler au salut des âmes commises à ses soins est grande ! Que pouvonsnous imaginer de plus parfait, de plus divin que de consacrer toutes ses facultés, tout son temps à l'œuvre pour laquelle Jésus-Christ a prodigué ses sueurs, ses larmes, son sang, sa vie ! Quoi de plus avantageux pour nous et pour les autres que de coopérer avec un Dieu rédempteur au salut des créatures qu'il admet à la participation de sa nature divine et de son royaume éternel ! " Celui qui sauve l'âme de son prochain, dit saint Augustin, sauve la sienne. "
Mais, que cette obligation est formidable ! C'est une charge qui serait capable de faire plier et trembler les épaules mêmes des anges : Onus enim angelicis formidandum. (Conc. de Trente.)
Et pour bien vous acquitter de cette obligation, vous devez tout d'abord et surtout vous comporter de manière à ce que votre vie soit un modèle de vertu et un exemple de toutes
sortes de bonnes œuvres. " Soyez l'exemple des fidèles, dit saint Paul parlant à un pasteur, dans vos paroles, dans votre conversation, par la charité, la foi, la chasteté. " (I Tim., iv, 12). " Faites en sorte qu'en tout temps, en toutes choses, vous soyez un exemple." (Tit., n, 7). Vous devez être tels que vous puissiez dire avec le même apôtre : " Nous portons partout la bonne odeur de Jésus-Christ, " (27 Cor., xi, 14) c'està-dire, l'odeur de sa charité, de son humilité, de sa patience et de toutes ses autres vertus.
Le prêtre doit être saint et alors, dit sainte Thérèse : "Il fera plus de bien aux âmes qu'un grand nombre d'autres plus instruits et mieux doués. " Il ne faut jamais oublier que, dans le saint ministère, les grands talents réussissent moins que les grandes vertus.
Quel rayonnement de piété et de foi se fait autour d'un prêtre dont l'âme est vraiment unie à Dieu ! Sa vue seule est une prédication. Il sort de toute sa personne, divinisée par l'action divine, des parfums célestes qui répandent autour de lui la bonne odeur de Jésus-Christ et insinuent dans les cœurs le goût de tout ce qui est pur, le sens de ce qui est élevé.
Saint Jérôme rapporte qu'au de temps de saint Jacques de Jérusalem, on faisait le voyage de la ville sainte pour contempler l'apôtre, à cause de la frappante ressemblance qu'il avait avec le Sauveur.
Formez le Christ dans votre vie afin que, lorsque les fidèles viendront vous voir, ils n'aient qu'à vous regarder. Quelle grâce pour eux quand ils pourront dire avec respect : Christus in vobis est. Quelle force pour vous charger de former le Christ dans les autres, de le sentir agir, palpiter en vous-mêmes : Christus in me loquitur.
Et si vous voulez avoir cette perfection, cette sainteté, l'Eucharistie doit être la première de vos dévotions, comme ce mystère est la grande gloire de votre sacerdoce et la source la plus abondante de vos consolations.
Déjà, dans des pages que vous avez lues et méditées, nous vous avons priés de vivre de votre messe et du festin quotidien qu'elle vous assure, de faire en sorte qu'elle soit le point central de votre vie, le soleil de vos journées, la plus douce de toutes vos rencontres avec Jésus, dans laquelle se resserre chaque jour davantage le lien d'amour qui vous lie à lui et fait de vous d'autres Christs, AUer Christus.
Aujourd'hui nous nous permettons de vous rappeler que vous êtes les anges gardiens, les serviteurs nés du Dieu du tabernacle, que vous devez aller, qu'on doit vous voir souvent à ses pieds, que l'Eucharistie doit être le centre de vos pensées, le but de vos travaux. Vous aurez alors à votre disposition le moyen le plus efficace de conversion et de sanctification pour les âmes confiées à vos soins ; vous trouverez dans Jésus-Hostie un ami dans la solitude, une force invincible dans vos combats; votre vertu, sans cesse renouvelée à cette source intarissable de la grâce, produira des fruits plus abondants ; vous ferez agir et travailler Notre-Seigneur pour vous ; vous vous sentirez heureux d'être les instruments de ses désirs, de ses œuvres, et votre puissance sur les âmes sera doublée.
Que nous serions heureux si nous pouvions, par ces quelques pages écrites pour vous, dont nous voulons le bonheur, procurer au Dieu de l'Eucharistie, quelque tribut nouveau ou plus ardent de respect, de reconnaissance et d'amour ! Nous l'offririons à Dieu avec joie comme un dédommagement de notre propre infirmité.
Si ces lignes tracées par nous font du bien à une seule de vos âmes, il sera prouvé une fois de plus que Notre-Seigneur bénit et récompense au delà de ses mérites le pauvre ouvrier qui n'a su fournir qu'une petite pierre à l'édifice sacré, qu'il daigne écouter le murmure du moucheron qui bourdonne dans l'herbe aussi bien que le cri de l'aigle qui fend les airs pour aller fixer le soleil.
t Olivier-Elzéar,
Archevêque de Regina.