‹ áA mes prãetres (volume 4)Chapitre 2 sur 14 · DÉVOTION SACERDOTALE PAR EXCELLENCE · texte numérisé non relu

DÉVOTION SACERDOTALE PAR EXCELLENCE

Un jour, Nôtre-Seigneur Jésus-Christ fatigué d'une longue course qu'il avait faite pour chercher les pécheurs et annoncer la doctrine qui devait régénérer le monde, fatigué surtout de l'indifférence et de l'ingratitude des hommes à son égard, s'assit sur le bord d'un puits. A ce moment une femme de la ville voisine vint là pour y puiser de l'eau. Jésus lui en demanda à boire, moins pour se désaltérer que pour avoir l'occasion de s'entretenir avec elle et de la convertir. Puis avec cette douceur ineffable qui touchait même ses ennemis, avec l'irrésistible accent de sa divine bonté, avec ce regard, ce geste, cette voix qui pénétraient les cœurs les plus rebelles, le Sauveur, faisant allusion à ce qu'il était lui-même, lui dit : " Si vous connaissiez le don de Dieu ! "

Ce don de Dieu par excellence, nous prêtres surtout, nous savons que c'est la sainte Eucharistie.

Sans doute, remarque saint Augustin, Dieu est savant ; les Saintes Ecritures l'appellent " le Dieu des sciences ". (1) Sans doute il est sage ; " sa sagesse dispose de toutes choses avec douceur ." (2) Sans doute il est puissant ; c'est lui qui a jeté les mondes dans l'espace avec autant de facilité qu'un homme jette au vent une poignée de poussière. Sans doute il

(1) Lib. Reg., il, 3.

(2) Sag., vin, 1.

est riche ; à lui appartiennent le ciel et la terre et tout ce qu'ils renferment.

Et cependant tout saint, tout savant, tout puissant, tout riche qu'il est, il ne pouvait rien nous donner de plus excellent, de plus précieux que la sainte Eucharistie.

Et pourquoi a-t-il institué ce sacrement ? Il l'a institué pour demeurer avec nous : Deliciœ meœ, esse cum filiis hominum. (1)

Après avoir accompli par sa mort la grande œuvre de la Rédemption, notre très aimant Sauveur devait quitter ce monde pour retourner à son Père. Mais il ne voulait pas nous laisser seuls dans cette vallée de larmes. Que fait-il quand il voit arriver sa dernière heure ? Il avait trouvé le moyen de descendre sur la terre sans quitter le ciel ; il trouve, dans les trésors de sa sagesse et de sa bonté, celui de remonter au ciel sans quitter la terre.

Il institue le sacrement de l'Eucharistie dans lequel il se laisse à nous tout entier. " Aucune langue, dit saint Pierre d'Alcantara, ne saurait exprimer la grandeur de l'amour que Jésus-Christ porte à chacune des âmes qui sont en état de grâces. C'est pourquoi ce tendre époux de nos âmes, devant quitter la terre pour retourner au ciel, ne veut pas que son absence nous expose à l'oublier ; il nous laisse dans le divin sacrement de l'autel un gage qui nous rendra sa mémoire toujours vivante ; car ce gage n'est autre chose que lui-même. "

C'est donc pour demeurer avec nous même après sa mort, même après sa glorieuse ascension, et jusqu'à la fin du monde, que Jésus-Christ institua la sainte Eucharistie. " Me voici avec vous, dit-il, jusqu'à la fin des siècles, ecce ego vobiscmn sum omnibus diebus usque ad consummationem sœculi. " Par cet adorable sacrement, nous dit la foi, notre divin Rédempteur réside sur les autels, dans les tabernacles comme dans autant de prisons d'amour où il se rend accessible à quiconque le cherche. Il réside au milieu de nous dans nos églises aussi réellement

(1) Prov., vin, 31.

qu'autrefois au Cénacle quand il fit la dernière pâques avec ses disciples. Il est au Saint-Sacrement aussi vivant qu'aux jours de sa vie mortelle sur la terre. Il s'y est établi d'une manière durable et permanente ; il s'y donne à son Père et à nous, ses rachetés, avec ses adorations, ses prières, ses larmes, son sang, ses mérites, avec sa toute-puissance d'action d'autant plus efficace qu'elle est plus intime et plus cachée.

Nous n'avons pas besoin d'aller au ciel pour le contempler et goûter ses charmes divins ; il est vivant au milieu de nous ; il repose jour et nuit dans nos tabernacles, en ipse stat post parietem, et seules les fragiles apparences, qui ne subsistent que par miracle, nous séparent de lui.

Sous un rapport, nous sommes plus favorisés que ceux qui virent le Fils de Dieu durant sa vie mortelle. Ils le possédaient dans son état d'infirmité et non dans son état de gloire. Il n'était au milieu d'eux que par intervalles, quittant une population pour aller à une autre ; mais nous, il ne nous quitte jamais ; nous jouissons de sa présence aussi souvent, aussi longtemps que nous le voulons.

Celui qui a jeté les mondes dans les espaces, qui a créé la lumière, qui a suspendu le soleil à la voûte des cieux, qui a semé les étoiles sur le firmament comme le vent sème la poussière dans nos campagnes, qui a brodé ces mille fleurs dont nos jardins sont parés ; celui qui de son ciseau mystérieux a sculpté la belle statue humaine en l'animant de son souffle, est toujours là silencieux sous les langes eucharistiques. A toute heure il est dans nos tabernacles et là, il attend les âmes qu'il veut éclairer, fortifier, consoler, sanctifier.

" Mais, Seigneur, dit saint Bernard, cela ne convient pas à votre Majesté ! " Jésus répond : " IJ suffit que cela convienne à mon amour. "

Mais comment cela peut-il se faire ? C'est un mystère auquel notre raison ne comprend rien ; mais nous avons foi en la parole même de Jésus-Christ : " Ceci est mon corps, ceci est mon sang. " La foi ne discute pas la parole ; elle l'écoute et la

reçoit quand une fois elle est sûre de son autorité : fides ex auditu. Or, cette parole à laquelle nous croyons est la parole d'un Dieu, parole infaillible, parole féconde qui a engendré le monde, qui opère tout ce qu'elle exprime.

Nous sommes plus assurés de la présence de Dieu au tabernacle que si nos yeux mortels le contemplaient face à face :

Credo quidquid dixit Dei Filius ;

Nil hoc veritatis verbo venus. (St. Thomas.)

Nous savons que c'est par amour pour les hommes que Jésus tomba un jour du ciel dans une crèche pour s'en aller ensuite mourir sur une croix et nous comprenons qu'il n'a pas voulu être la prérogative d'un peuple, ni limiter les bienfaits de sa venue au coin de terre qui l'a vu naître et à la génération dont il a été un des fils. Nous comprenons qu'il a voulu atteindre tous les siècles, toucher tous les hommes. L'espace et la durée ont dû céder aux industries de son cœur. Il a cherché et il a trouvé le moyen de remonter au ciel tout en restant sur la terre ; il avait pu descendre sur la terre sans s'expatrier du ciel ; il pouvait bien remonter au ciel sans abandonner la terre ; son départ ne devait pas plus priver les hommes que sa venue n'avait privé les anges.

Il institua la sainte Eucharistie qui lui permit de se faire le compagnon de notre pèlerinage, de marcher à côté de nous dans le désert de la vie.

Quand c'est un Dieu qui aime, nous comprenons que son amour peut et même doit aller jusqu'à l'infini. Aussi nous ne discutons pas ; nous admirons, nous adorons et nous aimons :

Adoro Te, dévote, laiens Deitas Quœ sub his figuris vere latitas ; Tibi se cor meum totum subjicit Quia Te contemplons totum déficit.

" O Dieu caché, je vous adore du fond de mon âme. Et mon cœur abîmé dans la contemplation, s'abandonne tout entier à votre amour. "

Page 1