l'assistance fréquente a la messe
Recommandez d'abord à vos paroissiens l'assistance fréquente à la messe. Dites-leur ce que saint François de Sales disait à Philothée : " La messe est le centre de la religion, le cœur de la dévotion, l'âme de la piété ; mystère ineffable, abîme de charité divine par lequel Dieu nous applique réellement et nous communique magnifiquement ses grâces. " Et le saint ajoutait : " Faites donc tous vos efforts pour assister tous les jours à la sainte messe ; car il n'y a rien de plus grand, de plus sublime, de plus divin sur la terre. "
L'Eglise a toujours signalé au peuple chrétien, comme la dévotion la plus excellente, l'assistance au saint sacrifice de la messe. Sans doute on peut dire le chapelet, faire de pieuses lectures, assister au Salut du Saint-Sacrement, aller en pèlerinage à quelque pieux sanctuaire, etc, mais il y a une pratique de dévotion toujours infiniment supérieure à toutes celles-là : c'est l'assistance à la messe.
La messe diffère autant des autres exercices de piété que la lumière du soleil diffère de celle d'une bougie ou la masse de l'univers d'un grain de sable. Nous ne disons pas que la messe vaut un million de fois telle ou telle pratique de piété ; nous serions encore à une distance infinie de la vérité ; car supposez la pratique que vous voudrez, elle a une valeur bornée, finie. Le saint sacrifice de la messe a un prix infini.
" Seigneur, s'écriait un jour une sainte âme, je voudrais avoir autant de cœurs et de langues qu'il y a de feuilles sur les arbres, d'étoiles au ciel et de gouttes d'eau dans l'Océan, pour vous louer et vous honorer comme vous le méritez. " Et aussitôt une voix mystérieuse de lui répondre : " Consoletoi, ma fille ; par une seule messe que tu entends avec ferveur, tu me rends la gloire que tu souhaites et infiniment plus encore. "
Tous le savent et doivent se le rappeler, la messe n'est rien autre chose que le sacrifice du calvaire répété. Tel Jésus fut
une fois sur la croix, tel il est chaque fois qu'il descend sur l'autel à la voix du prêtre, tel il est devant son Père pour le fléchir, l'adorer, le remercier, le prier ; tel il est au service des hommes pour les racheter, les instruire, leur pardonner.
Par conséquent la messe est le sacrifice par excellence de la nouvelle Loi, la merveille des merveilles, l'abrégé de tous les dons de Dieu à l'égard des hommes. " Si on savait ce que c'est que la messe, disait le saint curé d'Ars, on mourrait. . . On ne comprendra ce que c'est que la messe qu'au ciel. "
" Quel malheur, s'écrie le Père de la Colombière, que nous ayons au milieu de nous un trésor immense, inépuisable et que, faute de le connaître nous vivions dans l'indigence ; que nous ayons en notre pouvoir un remède à toutes sortes de maux, un arbre de vie qui peut nous communiquer non seulement la santé mais l'immutabilité même et que cependant nous soyons accablés d'infirmités ! La messe est le remède universel, un riche trésor. Il appartient à chacun de nous * il ne tient qu'à nous d'en jouir. "
" Il est certain, dit saint Laurent Justinien, qu'aucune langue humaine ne saurait dire de quelles faveurs la messe est la source. Par l'offrande d'une seule messe, le pécheur se réconcilie avec Dieu, le juste devient plus juste, les fautes sont effacées, les vices anéantis, les vertus augmentées, les mérites grossis, les ruses du démon confondues. "
" Rien, dit un saint religieux espagnol, n'est aussi nécessaire à l'homme voyageur ni aussi utile aux âmes du purgatoire, que la sainte messe. Son excellence est telle que toutes les bonnes œuvres unies aux plus grandes vertus n'auraient pas en comparaison la moindre valeur. "
Un autre saint écrit : " Celui qui n'ayant pas de péché mortel sur la conscience assiste dévotement à la messe acquiert plus de mérites que s'il accomplissait pour l'amour de Dieu les œuvres les plus pénibles ; car les actes de religion tiennent leur valeur de leur objet. Or qu'y a-t-il de plus noble, de plus
glorieux, de plus précieux, de plus divin que le saint sacrifice ? Tous ceux qui cherchent leur profit spirituel n'ont donc rien de mieux à faire que d'assister à la messe et d'offrir au Seigneur cette œuvre incomparable. "
C'est là du reste l'enseignement de l'Eglise donné par le Concile de Trente. " Nous sommes obligés de reconnaître, disent les Pères de ce Concile, que les chrétiens ne peuvent rien accomplir d'aussi saint et d'aussi divin que d'assister à ces redoutables mystères dans lesquels la victime vivifiante qui nous reconcilie avec Dieu le Père est immolée par le prêtre à l'autel. "
" Celui qui entend dévotement la messe, disait saint Grégoire le Grand, sera préservé de beaucoup de maux et de périls. " " Il ne tombera pas dans le péché mortel, dit saint Augustin, et il ne mourra pas de mort subite." Et saint Léonard de Port- Maurice de dire : "Il n'y a pas de moyen plus efficace que l'assistance fréquente à la messe pour obtenir la grâce de la persévérance finale, la grâce d'une sainte mort. "
C'est donc à bon droit qu'un pieux auteur appelle la messe " la clef d'or " qui nous ouvre les trésors du ciel.
Et cependant aux heures des messes, les églises sont quasi désertes. Combien de fidèles pourraient assister à la messe et négligent d'y venir ! Quelle coupable et désolante indifférence sur laquelle le prêtre doit souvent attirer l'attention de ses paroissiens !
Ces fidèles, ils ont tous des péchés à expier, des pardons à implorer, des malheurs peut-être à détourner d'eux, de leurs parents, de leurs amis. Pourquoi n'iraient-ils pas se réfugier aussi souvent que possible au pied de l'autel, offrir à Dieu le sang de son Fils qui coule pour eux, lui demander qu'une goutte de ce sang divin retombe sur leurs âmes pour les purifier et les sauver.
Tous les jours, ils reçoivent de Dieu des bienfaits sans nombre. Il n'est pas un instant de leur vie qui ne soit marqué par un
bienfait. Or l'action de grâces est le premier devoir qu'impose la reconnaissance. Mais quel moyen emplo}rer pour remercier Dieu dignement ? Ce moyen, les fidèles l'ont à leur disposition. Qu'ils offrent à Dieu ce que David lui offrait à travers les ombres de la foi : le calice du salut ; qu'ils se servent de Jésus- Christ qui daigne au sacrifice de la messe remercier son Père à leur place.
Ce sera d'ailleurs pour eux un moyen infaillible de mériter de nouvelles grâces : grâces de lumière pour mieux comprendre leur devoir ; grâces de force pour se vaincre eux-mêmes, pour vaincre les dangers et les difficultés qui les environnent de toutes parts. Ces grâces si nécessaires, la sainte messe les leur procurera en abondance, puisqu'alors ce n'est pas l'homme qui prie et demande, mais Jésus-Christ qui avec lui et pour lui prie et sollicite.
Dieu merci, il y a encore de bonnes paroisses à la campagne où il est encore de ces hommes remplis de foi qui ne craignent pas de mettre un terme à leur sommeil, lorsque les ombres de la nuit enveloppent encore la terre, pour se rendre à l'église assister au sacrifice de celui qui donne à la terre son manteau de verdure, sa parure de fleurs et de fruits.
Dans certaines villes bien chrétiennes, il n'est pas rare de rencontrer de bons artisans qui ne commencent jamais leur journée donnée à un rude travail sans avoir pris part au sacrifice de la messe. Ils savent qu'une journée commencée avec Dieu est une journée utile, une journée prospère pour le temps et pour l'éternité. Ils savent que leurs devoirs n'en seront alors que mieux remplis et que leur âme sera plus forte pour porter les croix du chrétien.
"Ah ! s'écriait Mgr de Ségur, qu'une journée commencée pieusement au pied des autels, accompagnée des bénédictions du divin Jésus, est facilement chrétienne, pure, chaste, féconde pour le temps et pour l'éternité ! Que de provisions de patience, de force, de résignation viennent puiser là pour la journée les âmes fidèles à une si sainte pratique ! "
Si le sacrifice de l'autel n'était offert que dans un seul lieu du monde, par un seul prêtre, une seule fois dans l'année, vos paroissiens regarderaient comme un grand honneur et un bonheur incomparable la faculté de pouvoir y assister.
Est-ce parce que des milliers de temples et d'autels s'élèvent, où des milliers de prêtres célèbrent chaque jour la sainte messe, que ce divin sacrifice a perdu quelque chose de sa dignité ou de son prix ? Est-ce cela qui doit le leur faire moins estimer ? Parce qu'ils peuvent avec une extrême facilité, sans aucune gêne, sans aucune fatigue, assister à l'immolation de leur Sauveur, Jésus-Christ a-t-il cessé pour cela d'être leur Dieu, et le sang offert à l'autel est-il moins divin ?
Si Dieu avait fait à vos paroissiens la grâce de se trouver près de la croix du calvaire, à côté de la Sainte Vierge, au moment où le divin Sauveur venait d'y être attaché, n'auraient-ils pas été saisis d'une vive compassion à la vue des horribles souffrances qu'endurait pour eux l'innocente Victime ? Et si Jésus, du haut de la croix, leur avait dit que leurs péchés étaient la cause de ses souffrances ; s'il leur avait dit qu'il faisait volontiers le sacrifice de sa vie pour les arracher à l'enfer et leur ouvrir le ciel, ils se seraient sans doute prosternés à ses pieds ; ils auraient pleuré sur leurs péchés ; ils auraient supplié le bon Sauveur de leur pardonner ; ils l'auraient remercié de sa bonté, de son amour pour eux ; ils lui auraient demandé de leur appliquer les mérites de sa mort en leur accordant toutes les grâces dont ils avaient besoin.
Or à la messe, Jésus-Christ renouvelle le sacrifice de la croix. Cette croix n'est pas dressée ; elle est incrustée sur la table de l'autel. Ce n'est plus un bois vulgaire, c'est un lit glorieux composé des sacrés ossements de ceux qui ont confessé par le sang et la mort le nom de Jésus-Christ ; elle n'est plus aussi grande, parce que la Victime s'est réduit, par un miracle, à de moindres proportions ; mais c'est bien la même Victime, le Christ béni, Fils unique de Dieu et d'une Vierge de la race humaine.
Que vos fidèles prient donc à la messe comme ils auraient
prié au moment où Jésus donnait sa vie pour eux il y a dix-neuf siècles, et il leur accordera des grâces aussi abondantes que celles qui descendaient de la croix du Calvaire.
En rappelant ces belles vérités à vos fidèles, vous leur direz le respect avec lequel ils doivent assister au saint sacrifice de la messe. Sainte Marguerite, reine d'Ecosse, avait tellementbien fait comprendre à ses enfants ce respect avec lequel ils devaient se tenir au pied des autels qu'on disait dans le pays : ''Voulez-vous savoir comment les anges prient dans le ciel? Regardez à l'église la Reine et ses enfants ; on ne saurait prier avec plus de dévotion et de modestie. "
Quelle bénédiction, si on était tenté dans chacune de nos paroisses de faire une semblable remarque en regardant prier le curé avec les fidèles dont il a la charge ! Quelles grâces alors tous recevraient du ciel ! " Non, dit saint Jean-Chrysostôme, il n'est pas possible que les fidèles soient frustrés dans leurs désirs et qu'ils ne reçoivent pas infailliblement l'effet de leurs demandes quand leurs prières, respectueuses et ferventes, sont unies à celles de Jésus-Christ. Non, le Père éternel ne peut pas se refuser aux tendres plaintes, aux supplications réitérées que ce Fils bien-aimé fait entendre en faveur de ses enfants qui le prient ainsi avec ferveur. "
Que les prêtres rappellent donc souvent à leurs fidèles les moyens à prendre pour pratiquer ce respect et se préserver de toute faute contraire.
Qu'ils leur disent de se recueillir chaque fois qu'ils franchissent le seuil de l'église, c'est-à-dire de rentrer en eux-mêmes, de penser à la présence de Dieu et de se conduire comme ils le feraient en pénétrant dans le palais d'un prince.
Puis que ces fidèles soient invités à accomplir posément et chrétiennement les actes religieux qui sont d'usage, c'est-à-dire, qu'ils prennent de l'eau bénite et fassent sans précipitation le signe de la croix; qu'ils s'avancent dans l'église et qu'ils fassent la génuflexion en posant le genou jusqu'à terre ; qu'ils prennent
leur place et commencent aussitôt à prier, se rappelant que Dieu est là sur l'autel, que le Roi est dans sa loge qui attend qu'on lui fasse la cour.
On doit leur rappeler que la curiosité dans l'église est un manque de respect ; par conséquent depuis leur entrée dans le temple jusqu'au moment d'en sortir, ils ne doivent jamais regarder à droite et à gauche, porter les yeux sur ceux qui arrivent où ceux qui les entourent, mais les tenir modestement baissés, fixés sur leur livre de prière ou suivant les cérémonies.
On doit bien les convaincre qu'ils doivent se faire une règle absolue de ne pas dire un seul mot dans l'église, sauf le cas de nécessité, qui est extrêmement rare. Ils sont là pour parlera Dieu et non pour causer avec les voisins. S'ils se trouvent près de quelqu'un qui se permet de parler, même de questionner, qu'ils ne répondent pas, qu'ils fassent signe que c'est le moment de se taire. " Ne savez-vous donc pas, disait saint Jean Chrysostôme à ceux qui commettaient cette faute, que vous vous trouvez dans la compagnie des Anges ? Car ils entourent l'autel pour chanter les louanges de Dieu. Vous devez vous unir à eux et ne pas causer sous les yeux du Maître du monde. "
Le Prince de Conti, se trouvant un jour à l'église de Saint- Sulpice à côté d'un élève du Séminaire, eut la curiosité de demander à son voisin ce qu'on y apprenait. Celui-ci ne répondit pas un mot. Le prince réitéra sa demande. Cette seconde question n'eut pas plus de succès que la première. Il insista et reprit la même phrase pour la troisième fois. " Monseigneur, répondit alors le jeune abbé, on nous apprend au Séminaire à garder le silence quand nous sommes à l'église." La leçon étaitforte mais elle était méritée. Le prince, loin de s'en offenser, promit d'être plus pieux à l'avenir et de mettre cet avis en pratique.