‹ áA mes prãetres (volume 4)Chapitre 12 sur 14 · LA COMMUNION FREQUENTE · texte numérisé non relu

LA COMMUNION FREQUENTE

Mais pour les fidèles, assister à la messe ne suffit pas ; il faut faire tous les efforts possibles pour les amener à la sainte

Table. Il faut que le prêtre mette partout en honneur la sainte communion, la communion fréquente. C'est une des plus essentielles parties de la dévotion au Saint-Sacrement, de ce sacrement dans lequel Dieu a répandu avec profusion les richesses de son amour, Divitias amoris sut velut effudit. Sans cela, il n'y a ni foi vive, ni christianisme vraiment solide dans une paroisse.

Vous chercherez donc à faire comprendre à vos fidèles que le moyen par excellence d'honorer la sainte Eucharistie, c'est de la recevoir.

La sainte communion est certainement la forme la plus parfaite du culte eucharistique ; c'est celle qui répond le mieux aux intentions et aux désirs du divin Maître. Quand il descend sur l'autel et se cache sous les apparences du pain et du vin, c'est pour nous faire entendre que le but de cette chute miséricordieuse, c'est de venir à nous, de s'unir à nous, d'être notre nourriture. A ses yeux, le sanctuaire le plus magnifique, c'est une âme pure qui, sous les chaudes et saintes influences de la foi et de l'amour, s'ouvre pour l'accueillir ; le plus beau triomphe de Jésus, le Roi des rois, c'est son entrée dans cette âme ; l'harmonie la plus chère à son cœur, ce sont les élans de cette âme qui s'écrie : " Mon Bien-Aimé est à moi et je suis à lui. "

Par conséquent travaillez surtout à procurer à Jésus ce culte qu'il préfère à tous les autres.

Le prêtre, successeur des Apôtres, a reçu les clefs du royaume des deux. Ces clefs ne sont autres que les sacrements. Celle du baptême ouvre la porte de ce royaume ; celle de la pénitence donne le droit d'y entrer quand, par le péché, on en est sorti; celle de l'Eucharistie en assure la possession éternelle. L'Eglise, dans sa liturgie sainte, n'hésite pas à appeler l'Eucharistie " la clef du ciel, " quœ cœli pandis hostia.

Or les prêtres ont cette clef du tabernacle afin d'en ouvrit' les portes à deux battants et d'extraire de " ce divin grenier d'abondance ", de ce " garde-manger des âmes ", comme l'ap-

pelait le saint curé d'Ars, l'aliment qu'il y tient en réserve pour les fidèles.

Chaque matin, vous rendez un culte bien agréable à Dieu au saint autel, en disant la sainte messe et en communiant. Que votre ferveur toujours croissante en centuple le prix et le mérite. Mais faites en sorte de n'être pas seuls. Que d'autres communient avec vous et reçoivent " le pain qui nourrit l'âme et la transforme en Dieu"; qu'autour de vous le chiffre de ces pieux communiants s'accroisse ; qu'un grand nombre d'âmes encouragées, guidées par vous, forment autour de la table du Père de famille cette couronne tant aimée : Filii lui sicid novellœ olivarum in circuitu mensœ tuœ. (Ps. 127, 3.)

Du reste c'est le vœu de la sainte Eglise. Les premiers chrétiens auxquels les Apôtres avaient fidèlement transmis les volontés et les désirs du divin Sauveur, communiaient tous les jours. Non seulement ils participaient à la sainte Eucharistie chaque fois qu'ils étaient assez heureux pour assister à l'oblation de l'auguste sacrifice, mais quand ils étaient privés de ce bonheur, ils emportaient avec eux le pain des Anges et, dans leurs maisons, dans la solitude, dans les prisons, ils se communiaient eux-mêmes avec les saintes hosties qu'ils avaient reçues des mains du prêtre. Ils auraient cru témoigner du mépris pour l'Eucharistie et manquer à la profession de leur foi s'ils avaient manqué un seul jour à s'incorporer la chair de la divine Victime.

Plus tard la foi ayant diminué, l'Eglise dut intervenir. Elle fit une loi obligeant les fidèles, sous les peines les plus graves, de communier au moins une fois chaque année, au temps de Pâques. Mais ce n'est pas dans cette loi extrême, promulguée à cause de la dureté des coeurs, qu'il faut aller chercher le véritable esprit de l'Eglise. Son désir est que les fidèles puissent faire la sainte communion chaque fois qu'ils assistent à la messe non seulement en esprit mais en réalité, par la réception de l'Eucharistie. C'est le moyen de retirer des fruits bien plus abondants de Foblation du saint sacrifice.

"Les fidèles, dit le Concile, doivent croire et révérer le Sacrement de nos autels avec une foi si ferme, avec tant de ferveur et de piété qu'ils puissent recevoir fréquemment ce pain qui est au-dessus de toute substance, afin que la force qu'ils en retireront fasse passer des tentations de ce pèlerinage au repos de la céleste patrie."

Et ce même concile exhorte, conjure, prie les fidèles, par les entrailles de la miséricorde de Dieu, afin que tous en général et chacun en particulier, ils se mettent en mesure de recevoir tous les jours ce pain substantiel qui doit être leur vie et la vigueur de leur esprit.

Le catéchisme romain publié par Pie V portait cette recommandation décisive : "Les curés devront souvent le rappeler aux fidèles dans leurs exhortations. De même qu'ils estiment nécessaire de donner à leur corps un aliment quotidien, ainsi ils ne doivent pas négliger de sustenter leur âme chaque jour par le Sacrement de l'autel. L'âme en effet a besoin de nourriture spirituelle comme le corps de nourriture matérielle. C'est l'évidence même."

La communion quotidienne de tous les chrétiens, des hommes aussi bien que des femmes, des enfants comme des vieillards, des pauvres comme des riches : voilà l'idéal ; voilà le rêve de notre sainte Mère l'Eglise, idéal qui n'a été réalisé que dans les premiers temps du christianisme, mais qui fit de nos pères un peuple de frères, de héros, de saints, de martyrs.

Si vos fidèles veulent augmenter dans leur âme le trésor précieux de la grâce sanctifiante ; s'ils veulent voir toutes les belles vertus surnaturelles qui sont l'ornement d'une âme comme les fleurs sont l'ornement d'un jardin, se développer, se perfectionner sans cesse en eux ; s'ils veulent être comblés de toutes sortes de biens, dites-leur et dites-leur souvent de faire des communions fréquentes et ferventes.

Rappelez-leur que Jésus est la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde. Dans son âme divine, il renferme

tous les trésors d'une expérience éternelle, il connaît tous les replis des cœurs ; il embrasse de son regard immense toutes les circonstances et tous les détails qu'ils ne peuvent même pas soupçonner. Quelle que soit leur situation, l'avis qu'il leur donnera sera le plus opportun, le plus utile, le plus conforme à leurs vrais intérêts. Souvent dans la conversation qui suivra la sainte communion, ils apprendront plus sur les choses du temps et de l'éternité, sur leurs vraies destinées, sur la direction à donner à leurs affaires que par les plus longues réflexions et les plus habiles combinaisons de la sagesse humaine ; car, dans la communion, l'âme grandit, s'épanouit, se divinise.

Leur âme est comme une lampe, comme un foyer, comme une citerne. Mais la lampe pour éclairer a besoin d'huile ; le foyer, pour donner de la chaleur, a besoin de combustible ; une citerne, pour arroser un jardin, a besoin d'être remplie d'eau du ciel ou de ruisseaux. Eh bien ! ce qui peut éclairer leur esprit, réchauffer leur cœur et vivifier leur âme, c'est le pain délicieux que leur donne Jésus-Christ, et de même qu'une lampe sans huile s'éteindrait, qu'un foyer sans combustible serait froid, qu'une citerne sans eau serait desséchée, ainsi sans le pain eucharistique, leur âme serait condamnée à l'obscurité, au froid, à la mort. Voilà pourquoi saint Antoine s'écriait : " O banquet délicieux, source admirable de salut, rempli de toutes sortes de suavités, engraissez mon âme par l'abondance de vos dons. "

C'est à la sainte Table qu'ils trouveront l'ami le plus désirable. Jésus qui se donnera à eux est leur ami le plus honorable puisqu'il est Dieu et que, parmi tous les êtres il est impossible de trouver un ami qui soit au-dessus de celui-là ; leur ami le plus riche et le plus puissant, puisqu'il a toutes choses entre ses mains divines et qu'il peut tout mettre à notre entière disposition ; l'ami le plus sûr, c'est-à-dire, le plus intelligent, le plus discret, ne trahissant jamais et sachant au besoin nous dire intérieurement une vérité qui blesse, ou nous refuser une demande qui nous serait nuisible ; l'ami le plus fidèle qui ne ehange pas d'après le vent de la fortune, qui ne se retire pas avec la puissance ou le bonheur.

Cet ami versera dans leurs âmes son âme et son cœur, son esprit et sa volonté, tout ce qu'il a de plus intime et de plus doux, pour ne faire avec eux qu'une même pensée, qu'un même amour, qu'un même cœur, disons le mot, qu'un même Christ.

C'est ce que les saints ont compris et proclamé ; c'est ce qui faisait dire à saint Augustin : " O Sacrement de la piété î O signe d'unité ! O signum unitatis ! " A saint Bernard : " O douce ardeur de Jésus ! douce lumière ! doux amour ! ardeur qui fortifie, lumière qui éclaire, amour qui enivre !" A saint Bonaventure : " Qu'y a-t-il de plus doux, de plus suave, de plus aimable que Jésus dans l'Eucharistie ! "

C'est dire que la communion est le grand moyen de sanctification. " Ma chère fille, écrivait saint François de Sales, je pense que la communion est le grand moyen d'atteindre à la perfection. " Ailleurs il dit : " l'expérience m'a fait toucher, en vingt-cinq ans qu'il y a que je sers les âmes, la toute-puissante vertu de ce Saint-Sacrement pour fortifier les cœurs au bien, les exempter du mal, les diviniser en ce monde. " Et il ajoute : " Tenez bon à la fréquente communion et croyez-moi, vous ne sauriez faire chose qui vous affermisse tant en la vertu . . . Communiez souvent, Philothée, et le plus souvent que vous pourrez. Croyez-moi, les lièvres deviennent blancs parmi nos montagnes en hiver parce qu'ils ne voient et ne mangent que de la neige ; et à force d'adorer et manger la beauté, la bonté, la pureté, en ce divin Sacrement, vous deviendrez toute belle toute bonne, toute pure. "

Et comme tout cela se comprend ! S'unir à Dieu c'est donner à son âme la vérité dont elle a faim et soif, à son cœur la beauté parfaite qui le charme, c'est jouir du ciel et arriver au but de tout être intelligent.

Or l'Eglise prépare et consomme cette union mystérieuse.. Elle présente aux fidèles sous les espèces eucharistiques ce à quoi l'esprit n'oserait jamais atteindre : la lumière incréée ; ce que le cœur ne rencontrera jamais autre part : l'amour le plus entier et le plus désintéressé ; et comme purification et

nourriture, une chaire virginale, purifiée, divinisée, Jésus pour qui ont été construites ces magnifiques cathédrales, devant lequel les rois abaissent leurs couronnes et les savants leur génie, Celui qui a créé tous les mondes et les gouverne. Celui-là se donne aux fidèles, descend dans leur cœur et les comble de ses bénédictions.

Vous avez probablement connu des chrétiens placés au milieu des enchantements du monde et aux oreilles de qui on jette vainement les amorces de la volupté et des plaisirs. Vous en avez connus dont les lèvres avaient à demeure la chasteté du sourire et de la parole, les yeux la limpidité de l'innocence, le cœur des battements qu'on peut avouer tout haut, l'âme et le corps, cette indomptable énergie qui leur fait repousser tout ce qui n'est pas le devoir. Quel dictame virginal circulait dans leurs veines ? Ils mangeaient souvent le froment des élus et d'un mot, d'un regard, terrassant les passions qui s'ameutaient au fond de leurs âmes, ils les tenaient rugissantes mais muettes sous leurs pieds vainqueurs et célébraient leurs victoires, le doigt tendu vers le tabernacle, en disant avec l'Apocalypse : " Qui est fort comme Dieu, quis ut Deus f "

C'est pour cela que Pie X, le pape de la piété, le grand promoteur de la dévotion à la sainte Eucharistie, écrivait dans un décret qui a été comme l'aurore d'une renaissance eucharistique dans le monde chrétien : " Les curés, les confesseurs et les prédicateurs doivent, selon la louable doctrine du catéchisme romain, par de fréquentes exhortations et une grande sollicitude, porter le peuple chrétien à une pratique si pieuse et si salutaire."

Puis il dit quelles sont les principales conditions pour l'usage fructueux de la communion fréquente.

" La communion fréquente et quotidienne en tant que vivement désirée par Notre-Seigneur et par l'Eglise catholique, doit être accessible à tous les fidèles de quelque classe ou condition qu'ils soient ; de sorte que personne, si il est en état de

grâce et s'en approche avec une intention droite et pure, ne puisse être écarté de la sainte Table. "

Or l'intention droite consiste en ce que le communiant ne soit pas conduit par l'habitude, la vanité, ou par des raisons humaines, mais qu'il communie pour plaire à Dieu, pour s'unir plus étroitement à lui par la charité et pour opposer ce remède divin à ses infirmités et à ses défauts.

Pour cette communion fréquente, vous n'avez plus à exiger, comme jadis le demandaient d'excellents auteurs, l'exemption habituelle de fautes mortelles depuis un certain temps, ni même l'exemption d'attaches volontaires à des péchés véniels; vous devez vous contenter de l'intention droite, etc.

Peuvent donc être admises à communier souvent des âmes faibles, passionnées, inconstantes qui, tout en retombant dans le péché, vous apportent ces garanties. Pie X remarque avec raison que si ces âmes sont sincères, elles se dégageront peu à peu des péchés mortels et même des péchés véniels délibérés, avec le secours de la communion du matin.

La Sainte Vierge dit un jour à sainte Françoise Romaine, troublée du peu de progrès qu'elle remarquait en elle, malgré ses fréquentes communions : " Ma fille, les fautes que tu commets ne doivent pas t'éloigner de la sainte Table. Elles doivent au contraire t'y porter davantage, puisque dans le Saint -Sacrement de l'autel tu trouves le remède à toutes tes misères. "

Et Fénelon disait : " Les infirmités quotidiennes, loin de nous empêcher de communier tous les jours, sont, au contraire, précisément ce qui doit nous exciter à recourir à ce remède quotidien. Ce serait mal honorer le remède que de n'oser s'en servir et de le laisser inutile dans notre pressant besoin. "

Quand il s'agit de la communion, il vous faut donc prendre garde d'enseigner comme nécessaire ce qui n'est que convenable, de mettre des conditions que le Sauveur n'a pas imposées, d'exiger la richesse et la variété des broderies spirituelles là où le Maître demande seulement la robe nuptiale telle que

la peuvent avoir les plus pauvres. Le prêtre est pour donner l'Eucharistie, pour la donner abondamment ; c'est son nom, c'est sa raison d'être ; c'est aussi sa gloire comme la condition de la fécondité pour son ministère de is'en montrer le donateur généreux et fidèle : Sacerdos quasi sacrum dans.

Il est dit dans le saint Evangile qu'un jour Notre-Seigneur allait à Béthanie dans la demeure de son ami Lazare, qui venait de mourir. Il n'y était pas encore arrivé quand Marthe, sœur du défunt, vint au-devant de lui en disant : " Seigneur, si vous eussiez été ici, mon frère ne serait pas mort. " Puis elle courut auprès de sa sœur Marie et lui dit : " Le Maître est là et il vous appelle. " Ce que celle-ci ayant entendu, elle se leva prompt ement et vint à lui.

Cette parole : " Le Maître est là et il vous appelle, " ditesla donc souvent à vos fidèles. Oui, dites-leur souvent, le Maître, leur Dieu, leur Sauveur, est là, dans l'église de leur paroisse. Et il les appelle pour les écouter et parler à leur cœur, pour leur appliquer les mérites de sa mort et de sa passion au moment de la sainte messe, pour se donner à eux en nourriture au moment de la communion.

Dites-leur :

Vous qui pleurez, venez à Dieu, car il pleure. Vous qui souffrez, venez à lui, car il guérit. Vous qui tremblez, venez à lui, car il sourit. Vous qui passez, venez à lui, car il demeure.

Que le père de famille dans vos paroisses communie souvent, il ne reculera pas devant les sacrifices à faire pour remplir ses devoirs. Ce souverain d'un petit empire puisera à la source l'autorité, la force d'user uniquement pour le bonheur des siens celle dont il est investi.

Que la mère de famille communie souvent et elle sera heureuse de voir au foyer domestique une belle couronne de nombreux enfants ; elle mettra tous ses soins pour les former à la vertu.

Que les enfants et les jeunes gens communient souvent, ils

puiseront à la sainte Table la grâce qui gardera leur innocence, ils y boiront la rosée sainte qui éteindra dans leur cœur le feu des passions ; alors ils seront dociles et respectueux envers leurs parents, ils ne les contristeront pas par leur mauvaise conduite.

Que les riches communient souvent et ils apprendront à exercer la charité envers les pauvres, à mépriser leur richesse auprès de celui qui, maître de tout, n'a pas trouvé une pierre pour reposer sa tête.

Après la communion, Jésus-Hostie leur prêchera la miséricorde et la générosité : Quoi ! mon enfant, il y a des malheureux qui grelottent de froid, que tu pourrais vêtir, et tu ne fais rien pour eux ! Quoi ! il y a des pauvres qui meurent de faim, que tu pourrais nourrir, et tu les méprises ! Quoi ! il y a des bras qui demandent du travail, que tu pourrais occuper, et tu passes ! Quoi ! tu prétends être mon disciple, et dans les humbles et les tristes où je m'incarne par charité, tu me dédaignes ! En vérité, tu ne m'aimes pas si tu n'aimes pas les malheureux ; sache donc que tout ce que tu feras à l'un de ces petits, je le considérerai comme fait à moi-même.

Comment le riche qui a la foi pourrait-il entendre cette voix excitatrice du Christ et continuer à être sans entrailles envers ses frères ? Il les aimera, il les aidera, se montrant ainsi vraiment chrétien.

Que les pauvres communient souvent et ils se contenteront de l'état où la divine Providence les a placés et, dans les moments où ils auront à souffrir de certaines privations, ils mettront leur confiance en celui qui nourrit les petits oiseaux, ils apprendront de Notre-Seigneur Jésus-Christ que la vraie richesse est de l'aimer et de le posséder. Chacun d'eux pourra dire alors :

Par des transports de joie et de reconnaissance,

Bénis ton Dieu, mon âme, en ce val de malheur

Où tu reçois ainsi de sa toute puissance

Un don si favorable à consoler tes pleurs. (Corneille.)

Que les domestiques communient souvent et Notre-Seigneur leur rappellera qu'il a appliqué ses mains au travail matériel, qu'il s'est fait esclave de tous, jusque et surtout dans l'Eucharistie où il est le prisonnier de son amour, afin de relever toutes les conditions et d'établir entre tous la véritable égalité.

Tout cela vous dit la nécessité de travailler sans cesse à faire comprendre les avantages de la communion fréquente. La fable a vanté ce héros qui, s 'étant nourri de la moelle des lions, s'était inoculé leur force. Légende sans doute, mais «lie peut devenir une céleste réalité. Ce n'est pas en vain qu'on reçoit fréquemment celui qui est le " lion de la tribu de Juda. "

Si vos fidèles visitaient un délicieux parterre et s'il y avait des fleurs dont la couleur et le parfum leur étaient agréables, ils en cueilleraient un bouquet.

S'ils visitaient un musée et si un beau tableau de Raphaël ou d'un autre artiste attirait leurs regards, ils s'y arrêteraient avec admiration.

S'ils se trouvaient dans un salon ami et s'ils y entendaient un beau morceau de musique, ils l'écouteraient avec plaisir.

Et s'il leur était permis de retourner dans ce parterre, dans ce musée, dans ce salon, ils s'empresseraient de renouveler le plus possible ces visites pour goûter le même plaisir, pour charmer de nouveau leurs oreilles et satisfaire de nouveau leurs regards.

Or l'Eucharistie renferme des douceurs, des jouissances, des délices supérieures aux joies d'un parterre, d'un musée, d'un instrument de musique ; car elles viennent du ciel, elles viennent du cœur même de Dieu, et tout ce qui vient du ciel et de Dieu porte le cachet d'une ineffable suavité.

L'Eglise ne dit-elle pas : " Seigneur, vous avez donné aux hommes un pain qui renferme toutes les douceurs que possèdent les créatures réunies ensemble, Panem de cœlo. . . omne delectamentum in se habentem.

L' Imitation de Jésus-Christ dit : " O Jésus, où vous êtes est le paradis, ubi tu, ibi paradisus. "

Ah ! s'il y avait un préservatif infaillible contre le choléra, qui d'entre les catholiques ne voudrait pas le prendre aussi souvent que possible, dut-il coûter bien cher ? Qui d'entre eux s'exposerait de gaieté de cœur à devenir victime de ce fléau en négligeant un tel remède ?

Et pourtant qu'est-ce que le choléra auprès de cette plaie spirituelle qui s'appelle le péché ! Et ils ont à la main un moyen souverainement efficace de l'éviter, car " l'Eucharistie fréquemment reçue, dit le Concile de Trente, est l'antidote qui nous préserve du péché mortel, " moyen facile, aimable et ne coûtant rien. Et cependant un trop grand nombre négligent de le prendre ! Puissent-ils être plus nombreux que jamais dans vos paroisses les fidèles qui s'approcheront de la sainte Table et diront à Jésus du fond de leur cœur : " O Hostie de mon salut, qui nous ouvrez les portes du ciel, nous sommes vivement pressés par des ennemis qui nous font une guerre acharnée, donnez-nous la force, accordez-nous le secours :

O Salutaris Hostia Quœ cœli pandis ostium Bella prémuni hostilia Da robur, fer auxilium.

Puissent-ils tous comprendre l'utilité de vos conseils et pouvoir dire avec vérité à Jésus comme saint Bernard : " Je vous désire mille fois, Quand viendrez-vous ? [ Quand me rendrezvous joyeux et me rassasierez-vous de votre présence ? "

Desidero Te millies, Mi Jesu, quando ventes ?

Me lœtum quando faciès ?

Et vultu tuo saties ?

" O semeur de notre salut, Jésus, volupté des cœurs, créateur du monde racheté, chaste lumière R de ceux ^qui aiment :"

Salutis humanœ sator, Jesu, voluptas cordium, Orbis redempti conditor, Et casta lux amantium !

" Guidez-nous dans notre ascension vers le ciel ; ouvrez- nous la voie ; soyez la fin bénie de nos amours ; soyez la joie qui tarira nos larmes ; soyez le doux salaire de nos labeurs : "

Tu dux ad astra, et semita, Sis meta nostris cordibus, Sis lacrymarum gaudium, Sis dulce vitœ prœmium.

Page 1