LA DÉVOTION AU SAINT-SACREMENT CHEZ LES ENFANTS
C'est surtout dans l'esprit et dans le cœur des enfants qu'il faut vous efforcer de déposer et de planter profondément, par le moyen de l'instruction et par toutes les ressources si variées que vous offrent les catéchismes, les germes de cette grande dévotion au Saint-Sacrement. Les enfants portent l'avenir. Si vous savez de bonne heure leur inspirer le respect et l'amour de la sainte Eucharistie, ces religieux sentiments prendront racine, se développeront en eux et ils pénétreront un jour toute la paroisse.
Le décret quam singulari dit : " Ceux qui ont charge des enfants doivent mettre tous leurs soins à les faire approcher de la sainte Table très fréquemment et tous les jours si c'est possible, comme le désirent le Christ Jésus et notre Mère la sainte Eglise. Qu'on veille à ce qu'ils le fassent avec la dévotion que comporte leur âge. "
C'est aux parents sans doute, mais c'est aussi au prêtre qu'incombe le soin, ou pour mieux dire, le devoir de former peu à peu le petit cœur de l'enfant à la piété, en même temps que d'ouvrir son intelligence naissante aux lumières de la foi.
Insistez donc beaucoup, dans les catéchismes aux enfants, sur tout ce qui regarde la divine Eucharistie. Soignez avec un zèle tout particulier cette partie de l'instruction chrétienne. Rien n'est plus capital ; car l'Eucharistie est l'abrégé, l'âme et la vie de toute la religion : fecit memoriam mirabilium suo~ rum. . qui manducat hune panem vivet.
Mettez dans l'âme de ces enfants l'amour et le culte de la sainte Eucharistie ; apprenez-leur à aimer et à saluer Dieu dès leur âge le plus tendre, non seulement là-haut dans le ciel de sa gloire, mais encore ici-bas dans nos tabernacles, le ciel de son amour.
On ne saurait dire quelles conséquences pourrait avoir, sur toute la vie d'un enfant, la fidélité du prêtre qui lui rappellerait souvent que l'Enfant Jésus est là, présent dans le tabernacle, et que les bons petits enfants doivent tâcher de venir l'y adorer et lui offrir leurs cœurs, soit en allant à l'école le matin, soit en s'en retournant à la maison le soir.
Puis il faudrait les élever au respect et à l'amour pratique de ce divin mystère, par exemple, leur apprendre et les accoutumer à se bien tenir dans l'église ; à se recueillir en y entrant par la pensée de la sainteté du lieu et de la majesté de celui qui l'habite ; à prendre de l'eau bénite et à faire le signe de la croix avec religion ; à ne pas marcher trop précipitamment en allant à leur place ; à se mettre, avant de s'asseoir, quelques instants à genoux pour adorer Notre-Seigneur présent sur l'autel ; à ne jamais parler, ni regarder de côté et d'autre, mais à prier et à être attentifs aux cérémonies, à la parole de Dieu, etc. ; à se tenir assis, debout ou à genoux quand il le faut, selon les diverses parties de l'Office ; à se mettre encore à genoux quelques instants avant de sortir et à observer, à la sortie de l'église, les mêmes règles de modestie et de gravité qu'en entrant ; à faire lorsqu'ils passent devant l'autel où repose le Saint-Sacrement la génuflexion, et la faire à deux genoux si le Saint-Sacrement est exposé, etc.
Il faudrait leur inspirer quelques pratiques de dévotion envers le Saint-Sacrement à la portée de leur âge et leur en faire prendre l'habitude, comme de se découvrir par respect quand ils passent devant l'église ; leur donner de sages avis sur le respect et la dévotion avec lesquels ils doivent assister à la messe, sur la grandeur, l'excellence, les fruits du saint Sacrifice, sur les grâces qu'ils doivent y demander à Dieu.
Accoutumez les enfants de bonne heure à communier souvent, suivant leur âge sans doute et leurs dispositions, mais en ne perdant pas de vue que si une personne ne communie pas souvent pendant sa jeunesse, elle communiera encore moins dans l'âge mûr et peut-être ne communiera-t-elle pas du tout, tandis que si elle communie souvent étant jeune, vint-elle à diminuer de ferveur plus tard, elle n'abandonnera jamais entièrement la sainte Communion.
Grâce à votre zèle, ces enfants plus tard seront des chrétiens irréprochables ; ils auront pour eux la vérité, la grâce et la piété ; ils auront Dieu et, en les regardant on sera forcé d'emprunter à l'apôtre saint Jean ce cri d'étonnement qui lui échappait dans sa vision de Pathmos : " Ah ! disait-il, à son céleste guide, ceux-là qui sont vêtus de robes sans taches, qui sont-ils et d'où sont-ils venus ?" Et l'Ange répondait : " Ce sont ceux qui ont lavé leurs robes dans le sang de l'Agneau. "
Le saint ministère des âmes vous paraît parfois bien difficile. Vous y travaillez ardemment ; vous y employez toutes les puissantes industries qu'un zèle ingénieux et ardent peut inventer.
Mais pour que le succès couronne vos efforts, quelque chose d'invisible et divin, quelque chose qui seul peut imprimer à votre action l'efficacité, est absolument nécessaire : c'est la grâce, c'est l'élément surnaturel qui pénètre la substance des âmes, qui s'insinue et agit dans les dernières et les plus intimes profondeurs de l'esprit et du cœur, pour éclairer et toucher, qui, sans violenter la liberté, déploie, lorsqu'il lui plait, des attraits tellement puissants que la victoire lui est assurée et que les volontés humaines se laissent doucement tirer et sont heureuses d'être vaincues.
Or vous l'avez à votre disposition cette grâce puissante, convertissante, victorieuse, plus forte que tous les obstacles, sans laquelle rien ne se fait et avec laquelle tout se peut ; elle est
en sa plénitude en Jésus-Christ et Jésus-Christ par l'Eucharistie est entre vos mains. Vous avez près de vous, dans votre église, sous la porte de cet humble tabernacle, sous le couvercle de ce pauvre ciboire, dans le mystère de cette humble hostie de quoi convertir, régénérer, sanctifier toute votre paroisse.
Demandez-vous si votre ministère n'eut pas produit des fruits encore plus abondants, si vous étiez allés plus souvent encore puiser la grâce à ce trésor toujours plein.
Allez donc à Notre-Seigneur plus que jamais. Conduisez-lui les âmes afin qu'il s'en empare. Soyez vous-mêmes ses plus assidus courtisans, ses plus fervents adorateurs. Allez souvent au pied du tabernacle traiter avec lui, cœur à cœur, la grande affaire du salut de ces ouailles et demandez pour cela la grâce avec cette instance, avec cette ardeur, avec cette confiance, avec ces puissants cris du cœur qui sont toujours exaucés, parce que c'est l'Esprit-Saint qui les forme en nous.
Si vos devoirs d'état, vous appelant ailleurs, ne vous permettent pas de prolonger aux pieds de Jésus une halte bienfaisante, soyez toujours avec lui d'esprit et de cœur ; que votre pensée s'oriente fréquemment vers sa retraite eucharistique et ne le perdez jamais de vue.
Votre cœur alors sera sans cesse là où est votre trésor. Vous serez alors comme ces vastes bassins qui, remplis sans cesse par les eaux de la source, les communiquent sans jamais s'épuiser ; vous serez comme ces fleuves qui, grossis par la multitude des eaux qui s'y déchargent de toutes parts, se répandent dans les campagnes et les rendent fécondes par leurs débordements.
Dites à Jésus, ou plutôt disons-lui : " O doux et tendre ami, nous viendrons encore plus assidûment vers vous, c'est sur votre cœur adorable que notre tête viendra se reposer tous les matins, tous les soirs, et s'il nous est possible de l'y apporter, plusieurs fois dans la journée, O Dieu d'amour, de miséricorde et de paix, O Agneau qui continuez à être immolé pour les péchés du monde et qui ne vous plaignez jamais, nous viendrons pour recevoir
vos ordres et les exécuter, pour apprendre à vos pieds la patience, le sacrifice, l'amour des âmes. Heures bénies passées au coin du sanctuaire, loin de tout bruit et de tout regard, vous vous écoulerez vite, mais vous nous mettrez au cœur des joies et des félicités qui seront pour nous un dédommagement précieux. Parlez-nous ; faites entendre à notre âme cette parole intérieure à la fois si suave, si caressante et si pénétrante qui éclaire, soutient, console, relève, excite, électrise, transforme et sanctifie.
Jésus vous a placés dans son sanctuaire pour y briller et répandre sur le monde et sur les âmes les vivifiantes clartés de sa vérité et y faire rayonner les exemples d'une vie sainte. Montrez-vous tous fidèles à cette vocation sublime et remplissez, aussi parfaitement que possible, cette glorieuse obligation. Soyez une " lampe ardente et luisante " qui dissipe les ténèbres de l'esprit et fasse fondre la glace des cœurs. Brillez et brûlez ; brillez par la pratique de toutes les vertus qui font les saints prêtres ; brûlez de la charité et du zèle qui font les vrais apôtres, les convertisseurs d'âmes et les sauveurs. Que les hommes voient vos bonnes œuvres, non pour qu'ils vous en estiment davantage et vous en attribuent la moindre gloire, mais pour qu'ils conçoivent une plus haute estime du sacerdoce, qu'ils acceptent sans défiance vos enseignements et se laissent docilement conduire par vous dans la voie du salut.
Nourrissez les âmes qui vous sont confiées. Nourrissez-les du Verbe de Dieu qui est sur vos lèvres et du Verbe de Dieu qui est dans vos mains, de la manne de la doctrine et de la manne de l'Eucharistie. A celles qui ne connaissent pas et qui n'apprécient pas dans leur ignorance le pain du ciel et qui, faute de nourriture, s'abattent défaillantes sur le chemin, dites avec tout votre cœur quelle vie et quelle énergie elles trouveraient dans la communion fréquente ; forcez-les par une douce violence à entrer dans la salle du festin ; compelle intrare. A celles qui s'en approcheraient sans respect, sans prépara-
tion, dites que la communion ne porte tous ses fruits que lorsqu'elle est à la fois fréquente et fervente.
Sauvez les âmes qui vous sont confiées. On ne peut concevoir une œuvre plus grandiose et plus enthousiasmante. Prendre ces chères âmes dans leurs misères, les arracher à la vallée des larmes, en conduire des centaines au bonheur éternel ! Quelle gloire et quelle joie !
Prêtres, vous faites vœu de virginité ; vous ne laissez pas de famille après vous ici-bas ; des mains filiales ne fermeront pas vos paupières. Mais vous aurez une famille d'âmes à qui vous donnerez une vie plus haute que la vie naturelle. Vous serez le père d'une famille glorieuse qui sera votre couronne au ciel.
Il est dit que lorsque la femme forte meurt, ses enfants se lèvent et la proclament bienheureuse. Quand vous vous présenterez au seuil du paradis, vos enfants à vous, les fils de vos prières et de vos larmes, ceux qui vous auront précédés là-haut, se lèveront de leurs trônes ; ils accourront au-devant de vous, aux portes du ciel pour vous proclamer bienheureux. Soyez bénis, diront-ils, pour le bonheur que vous nous avez procuré ; notre gloire est votre œuvre, nous vous devons la béatitude éternelle. Laissez-nous baiser avec respect, avec tendresse, les mains qui nous ont baptisés, qui ont fait descendre sur nous le pardon et la bénédiction, qui ont déposé sur nos lèvres le pain des forts.
O Jésus, divin modèle, exemplaire parfait du sacerdoce ; Jésus foyer de charité, principe de toute vertu, de toute sainteté, éclairez mes prêtres, échauffez-les, embrasez-les, sanctifiez-les afin que, unis à vous, vivant de vous, ne faisant qu'un avec vous, ils éclairent, échauffent, embrasent, sanctifient les âmes dont ils sont chargés et dont ils doivent être la lumière : Vos estis lux mundi.