‹ áA mes prãetres (volume 4)Chapitre 9 sur 14 · IL VOUS FAUT PRÊCHER D'EXEMPLE · texte numérisé non relu

IL VOUS FAUT PRÊCHER D'EXEMPLE

Pour réussir à communiquer à vos fidèles la dévotion à la sainte Eucharistie, il faut d'abord que cette dévotion se voie en vous, qu'elle éclate ; il faut que dans la paroisse tout le monde sache que M. le curé est particulièrement dévot au Saint-Sacrement, qu'il porte dans son cœur un vif sentiment de la présence réelle, qu'il se comporte à l'égard de Jésus-Christ invisiblement présent sur l'autel comme s'il le voyait des yeux du corps : invisibilem tanquam videns sustinuit ; il faut que tout le monde sache cela, voie cela et en soit frappé.

Et pourrait-il en être autrement ? Il est évident que le prêtre a reçu dans la part qui lui a été faite par Jésus-Christ relativement à la sainte Eucharistie, incomparablement plus que le simple fidèle.

Ce sont les prêtres que Jésus a proclamés ses amis par état

au moment de leur consécration sacerdotale, en les faisant sortir de la condition de serviteurs et en leur livrant tous ses droits sur son être eucharistique. Jam non dicam vos servos, vos autem dixi amicos quia omnia quœ audivi de Pâtre meo, nota feci vobis.

Ce sont les prêtres que Jésus-Christ appelle tout particulièrement " les siens " et qui le sont en toute vérité ; car il les a chosis et appelés pour être uniquement à lui et à son service dans son tabernacle bien autrement saint que celui qu'entouraient leurs ancêtres de la tribu lévitique. L'obligation fondamentale de leur vocation est d'être à lui seul et de vivre en sa compagnie personnelle : Ego tuli levitas de medio filiorum Israël ut sint mei et ser vient mihi pro Israël in tabernaculo federis.

Et pour le bon accomplissement de ce ministère il leur donne trois précieux privilèges : la connaissance intime de ce qu'il est, la science de ses mystères et la confidence de ses secrets qu'il ne peut confier au peuple : quia omnia quœ audivi a Pâtre meo nota feci vobis ; le temps et le loisir de demeurer avec lui, car il les exempte de toutes charges domestiques ou civiles, se faisant lui-même leur unique héritage à cultiver, leur unique négoce à poursuivre, leur unique affaire à traiter : Non habebunt sacerdotes partem cum reliquo Israël, Dominus enim est hœreditas eorum ; la liberté du cœur pour l'aimer seul, car il les enlève à tout amour terrestre et les consacre à son unique amour par un solennel seraient : Deus cor dis mei et pars mea Deus in œternum.

Les prêtres sont donc bien ses amis, les siens, les très chers, ses amis de prédilection.

Or le principe posé par Jésus-Christ dans cette parole qu'il nous faut souvent méditer : Cui multum datum est, multum quœretur ab eo. Ce principe doit surtout s'appliquer au don mémorable, à la grâce des grâces, au Très-Saint-Sacrement de l'autel.

Mais les simples fidèles doivent à Jésus-Christ, à son corps adorable, à son sang précieux laissé à l'Eglise, un culte, une

adoration, un respect, des hommages, un amour, une dévotion qui surpasse tout autre culte, toute autre dévotion. Alors ce culte, ces hommages, cette dévotion le prêtre doit en être le modèle, en donner l'exemple. Jésus doit exiger plus de lui que des chrétiens laïques qui n'ont pas ses lumières. C'est lui, le prêtre qui est le gardien de l'Eucharistie, qui en a été constitué le protecteur, le défenseur ; c'est lui qui en est le dépositaire. Or tout cela établit entre la sainte Eucharistie et lui des rapports fréquents, intimes auxquels il ne sera jamais permis à un laïque d'aspirer.

Par conséquent il lui faut donner l'exemple et se rappeler que la piété est beaucoup plus éloquente que les plus beaux discours. Quand les fidèles voient un prêtre adorer volontiers et souvent Jésus-Christ dans le saint tabernacle, ils sont admirablement disposés à croire tout ce qu'il dira. On ne regarde pas comme faisant son métier un homme qui est uni à Dieu, qui lui parle, qui s'entretient avec lui, qui a des communications fréquentes avec Jésus-Christ, qui se plait en sa compagnie, qui semble ne s'éloigner de lui qu'à regret. Mais si le contraire arrive, que peut-on attendre des exhortations les plus chaleureuses du prédicateur à qui l'on pourra toujours dire : " On ne vous voit jamais à genoux devant le tabernacle. "

Les prêtres doivent être pour leurs fidèles un livre toujours ouvert où ils puissent venir apprendre leurs devoirs comme ils apprennent les merveilles de Dieu dans le livre toujours ouvert de la nature : Vita clericorwn est liber laicorum.

C'est là ce qui permit au vénérable curé d'Ars de renouveler dans sa paroisse la dévotion au Très-Saint-Sacrement. Quand il entra dans son humble paroisse, l'église y était solitaire. Le premier il se mit à adorer, à passer des heures et des heures aux pieds du bon Dieu. Peu à peu ses exemples et ses prières attirèrent les âmes et son désert refleurit.

L'auteur de son histoire nous parle " des prières, des gémissements et des larmes de ce saint prêtre au pied des autels, dès le début de son ministère, alors que tout était à faire dans

cette pauvre paroisse ; il nous parle de sa présence presque continuelle à l'église, de l'étonnement et de l'admiration de ses paroissiens voyant, presque à toutes les heures du jour, leur jeune curé comme un ange "adorateur dans le sanctuaire de cette pauvre église naguère abandonnée. "

Ce saint prêtre avait compris qu'un des plus puissants moyens pour renouveler la piété dans une paroisse, c'est la dévotion au Très-Saint-Sacrement et, pour persuader efficacement cette dévotion, il jugeait, avec la droiture de son gros bon sens chrétien, que l'exemple éclatant du pasteur devait être la prédication vivante des ouailles. Il savait que le prêtre est de droit et doit être de fait " le modèle, l'exemplaire de son troupeau ", selon la parole de l'apôtre saint Paul.

Il faut que tous les paroissiens s'aperçoivent et sentent que M. le curé est réellement pénétré de la présence de Notre- Seigneur sur l'autel.

Quel scandale peut causer quelquefois un prêtre sans le vouloir, sans le savoir, quand on le voit aller, venir dans l'église, passer et repasser devant le Saint-Sacrement, sans respect, sans adoration, sans génuflexion convenable ; quand, durant les saints offices, on le voit distrait, les yeux égarés, sans recueillement, sans prière, comme un homme qui ne serait là que de corps et qui aurait l'air de s'y ennuyer !

Quel scandale surtout, lorsqu'il célèbre la sainte messe, lorsqu'il est en spectacle aux anges et aux hommes, s'il prononce les paroles du divin sacrifice à la hâte, avec un accent où ne se fait sentir aucune piété, si sa contenance n'a rien de religieux, s'il fait les cérémonies, les signes de croix avec précipitation et sans dignité ! Qu'il soit donc toujours pénétré du sentiment de la présence de Dieu et alors la foi lui dira : " prends garde, la terre que tu foules est une terre sainte, locus iste in quo stas, terra sancta est. " (EccL, ni, 5.)

L'attitude du prêtre à l'église doit être toujours grave, digne, pleine de religion. C'est bien là que doit retentir plus éner-

giquement à son oreille la recommandation de saint Paul : " Que votre modestie se manifeste à tous les regards, car le Seigneur est proche, modestia vestra nota sit omnibus hominibus ; Dominus enim prope est. " (Ad PhiL, iv, 5.) Qu'il soit là comme un ange dont la vue seule porte les fidèles au recueillement et à la prière, gestu, incessu ; que sa façon d'agir en présence du tabernacle dise à tous qu'il est absolument convaincu qu'il y a quelqu'un qui le voit, l'entend, l'aime, qui a droit à son amour •et à son respect.

Le prêtre doit se faire une gloire d'entretenir dans son église une propreté exquise et un ordre parfait, comme il convient à la demeure du Dieu vivant, templum Dei vivi, qu'il puisse dire en toute vérité : Domine, dilexi decorem domus tuœ. Il doit voir à ce que l'autel et le tabernacle soient toujours tenus comme il convient au trône d'un Dieu. Tout ce qui regarde la tenue, l'ornementation de son église, lui offrira une occasion qu'il saisira avec empressement de témoigner sa foi et son amour au Dieu de l'Eucharistie.

Page 1