áA mes prãetres
Vous êtes encore une fois réunis pour suivre les exercices de la retraite. Mon Dieu ! que les années passent vite, fugaces labuntur anni ! Et nous nous en allons, mouillant souvent de nos larmes le chemin qui conduit à Vautre vie, la seule réelle, la seule désirable, qui nous est proposée comme but et promise comme récompense.
Tout passe et se flétrit ici-bas. Cependant, chez tous, il est une chose qui demeure : c'est le suave plaisir que goûtent ceux qui ont mérité de jouir de ce que Bossuet appelle : " V agrément immortel de la vertu, " ceux qui ont eu la générosité de l'immolation, qui ont ressenti les voluptés suaves et austères d'un être saturé des choses divines, qui ont senti la majesté de Dieu reposant dans leur âme, Majestas Dei ingressa est templuni. (Ezéch, xliii, 4.)
Tout passe ici-bas ; cependant, chez un évêque, il reste à jamais le souvenir des marques de respect, d'attachement, d'affection filiale qu'il a reçues de prêtres qui mettent du paradis dans ses journées, parce qu'il les voit constamment travailler avec une louable ardeur à éclairer les esprits, à fortifier les âmes, à répandre les bienfaits d'un dévouement qui est intarissable parce qu'il vient de l'Infini et qu'il y retourne.
En reconnaissance de ces consolations que vous nous donnez nous continuerons à mettre à votre service tout ce que nous avons d'intelligence et de cœur ; nous continuerons à dire tous les jours
au bon Dieu : " sapientiam de sede majestatis tuœ, emitte, Domine, utmecum sit et mecum laboret, ut sciam quid acceptum sit coram Te semper ; faites descendre sur moi, ô mon divin Sauveur, les rayons de votre sagesse, afin que je sache toujours ce que je dois faire pour vous être agréable."
Nous voulons vous donner une nouvelle -preuve que nous pensons à vous, que nous nous intéressons à votre bonheur. Nous vous offrons ces pages écrites sous le regard de Dieu et en V honneur de la Très Sainte Vierge. Je sais qu'elles répondront à vos sympathies sincères et si vives pour notre bonne Mère du ciel. Il ne faut jamais V oublier, elle est le modèle qui montre au prêtre comment vivre, V attrait qui excite à le faire, la voie qui en fait trouver les moyens.
Saint Hyacinthe, de V Ordre des Frères Prêcheurs, annonçait un jour l'Evangile dans la ville de Kiev, en Russie, quand les Tartares vinrent l'assiéger. A la vue de l'incendie, le courageux missionnaire s'occupa moins de se sauver que de sauva* deux objets plus chers à son cœur que sa propre vie. Il prit d'une main le ciboire qui renfermait la Sainte Eucharistie, de l'autre l'image de Marie ; et il s'avança sain et sauf, tantôt à travers les flammes, qui s'écartaient devant lui, tantôt sur les eaux du Dnieper qui s'affermissaient miraculeusement sous ses pas.
Vous, vous avez non seulement à vous sauver ; vous avez aussi à sauver les âmes qui vous sont confiées. Plus vous vous attacherez à la Sainte Eucharistie et à la Sainte Vierge, plus vous serez sûrs de votre salut, plus efficacement vous travaillerez au salut des fidèles dont vous avez la garde. Ces deux dévotions sont comme le cœur du catholicisme et les premiers amours de toute piété sacerdotale.
Quel est le prix de la messe ; avec quelle ferveur vous devez la dire ; quelles actions de grâce vous devez rendre à Dieu pour l'immense privilège qu'il vous accorde en vous permettant chaque matin de renouveler à l'autel le sublime sacrifice du Calvaire ; quelles nombreuses et fréquentes visites vous devez faire à Jésus dans le Tabernacle : voilà des vérités sur lesquelles nous nous
sommes fait un devoir, nous nous sommes donné le plaisir d'attirer votre attention, les années dernières.
Cette année, nous cédons au désir irrésistible de vous rappeler les grandeurs et les vertus de Celle que l'Eglise a si justement appelée : la Reine du Clergé ; nous sommes anxieux de célébrer son amour et sa miséricorde, d'ajouter un grain d'encens aux prières qui montent perpétuellement vers son trône et une pierre nouvelle, si modeste qu'elle soit, à l'édifice de louanges que les siècles lui ont élevé. Nous rappelant la parole si encourageante de saint Bernard: " de Maria, numquam satis, on n'a pas encore assez loué, exalté, honoré, aimé et serm Marie, " nous avons cru qu'après vous avoir parlé de Jésus, dans le Très Saint Sacrement, dans le " paradis sur la terre, " nous ferions œuvre utile, en osant mêler notre faible voix à celle des nombreux et éloquents panégyristes de la Très Sainte Vierge. Elle est le moyen dont Dieu s'est servi pour venir à nous ; elle est aussi le moyen dont nous devons nous servir pour aller à Lui et conduire à Lui les âmes qui nous sont confiées.
Tous les Saints Pères et saint Bonaventure après eux, disent que la Sainte Vierge est le chemin pour aller à Notre-Seigneur : via veniendi ad Christum est appropinquare ad illam. Tous sont d'accord pour soutenir qu'avec le sincère amour de Marie, on vit heureux et an meurt bienheureux.
Les dévotions à la Sainte Eucharistie et à la Sainte Vierge portent bonheur. Aussi tout bon prêtre doit les cultiver avec un soin intelligent et jaloux ; tout bon prêtre doit confier, cent fois le jour, au Dieu du tabernacle et à la Vierge des autels, sa personne, son ministère, sa paroisse.
Saint Bernard disait un jour : " il n'est rien qui me réjouisse et qui m'effraye comme de parler de la glorieuse Vierge Marie. " Il se réjouissait, parce que les enfants aiment toujours à parler de leur mère ; il était effrayé, parce que tout ce que l'on peut dire à la louange de cette femme incomparable ne saurait satisfaire, dès lors qu'il a été traduit dans une langue mortelle.
La même pensée s'est souvent présentée à notre esprit dan*
ks moments où nous voulions exprimer quelques-uns des sentiments qui doivent remplir nos cœurs à V égard de celle que tous les chrétiens appellent avec tant d'amour leur bonne Mère.
Comment dire la beauté, la perfection d'une créature jugée par Dieu digne de devenir la Mère de Jésus-Christ t Comment sur cette terre d'exil parler convenablement de choses que les anges comprennent à peine dans le ciel t
Mais ce sentiment de crainte a fait place à celui de V amour. Il ne saurait être défendu à un enfant de dire à ses parents qu'il tes aime, parce qu'il ne peut exprimer toutes les raisons qu'il a de les aimer. Du reste, n'est-il pas vrai que la Sainte Vierge comme le bon Dieu, regarde moins la valeur de l'offrande qui lui est faite que l'amour qui la fait offrir.
Puisse cette Vierge très aimable bénir ces pages écrites sous l'influence de l'amour et de la reconnaissance et pour la faire encore mieux aimer et honorer. Si elles pouvaient amener une seule de vos âmes à publier encore mieux les louanges de cette Reine du ciel et de la terre, à mieux imiter ses vertus ; si elles pouvaient faire descendre sur vous une seule faveur nouvelle, notre désir serait comblé et nous aurions obtenu notre plus douce récompense.
Puisse la Sainte Vierge bénir nos efforts et les vôtres, afin que nous soyons tous de bons ouvriers de la gloire de Dieu, de dignes coopérateurs de son divin Fils, N otre-Seigneur Jésus-Christ.
Ne scribam vanum
Duc, pia virgo, manum.
Nos, cum proie pia, benedicat Virgo Maria.
f Olivier-Elzéar Mathieu,
Archevêque de Regina.