‹ áA mes prãetresChapitre 21 sur 35 · LA SAINTE MESSE · texte numérisé non relu

LA SAINTE MESSE

Que le souvenir de Marie se trouve toujours mêlé à vos pieuses méditations ; elles vous seront alors profitables et vous disposeront admirablement à bien célébrer la sainte messe.

Ne séparez jamais Marie de l'adorable sacrifice des autels. La messe est le mémorial et la reproduction du sacrifice du Calvaire. Là, Marie se tenait debout, stabat. Pourrait-elle être absente de l'autel ?

Demandez-lui de vous obtenir les dispositions nécessaires pour célébrer saintement, de vous assister elle-même, de sui>pléer à votre insuffisance par son humilité, sa pureté, son esprit de prière.

Elle était présente au Calvaire, l'Evangile nous le dit ; elle est aussi présente à ce qui se passe sur l'autel. L'Eglise nous l'affirme dans sa liturgie ; du haut du ciel, elle voit 1. sacrifice qui s'accomplit, elle s'y associe de telle sorte qu'elle est avec le prêtre en communion d'action, de pensée, d'intentione

C'est ce qu'expriment ces mots du Canon : Communicantes et memorio?n vénérantes in primis gloriosœ semper Vîrginis Mariœ, Genitricis Dei et Domini Nostri Jesu Christi. Ces paroles montrent au prêtre la nécessité d'unir se- prières à celle de Marie, de recourir à son intercession et en même temps elles nous rappellent le souvenir des grandes choses que le Tout Puissant a faites en sa faveur.

Là comme partout, elle est à la place qui lui convient, avant les Apôtres et les Saints, au premier rang, in primis ; elle est leur Reine et elle les surpasse presqu'infmimeiit en crédit auprès de Dieu et en amour pour nous. C'est elle d'abord qu'il faut regarder, à elle qu'il faut s'unir ; car, après Jésus, elle est la première et par elle, nous allons à lui.

Ces paroles nous rappellent que tout en étant restée Vierge, elle a été la vraie Mère de Jésus et c'est le plus bel éloge que l'Eglise pouvait faire de cette créature incomparable.

Ces paroles nous rappellent aussi que c'est à Marie que nous sommes en quelque sorte redevables du bonheur d'offrir ce sacrifice de la messe, notre Victime est l'os de ses os, la chair de sa chair ; c'est dans son cœur virginal qu'a pris sa source le sang adorable que nous présentons à Dieu pour apaiser sa colère.

Que de fois, durant la sainte messe, la liturgie nous permet de penser à Marie !

Après avoir récité le psaume : Judica me, le prêtre se voit en présence de l'infinie sainteté et, avant d'aborder le redoutable mystère, il sent le besoin de s'humilier, de confesser ses fautes, d'en souhaiter le pardon. Tl récite le Confiteor ; il s'incline devant ce qu'il y a de plus saint au ciel et sur la terre ; il invoque en premier lieu et par deux fois le nom de Marie, refuge et avocate des pécheurs : Confiteor Deo omnipotenti, Beatœ Mariœ semper Virgini. Alors confiant dans ce nom béni, il relève la tête pour solliciter la miséricorde de Dieu.

Quand le prêtre récite cette prière si touchante, si simple si respectueuse, si efficace : " Seigneur, ayez pitié de nous, Kyrie eleison,'' il peut facilement s'imaginer toute la nature humaine humblement prosternée avec lui devant la majesté du Seigneur, demandant miséricorde à ce Dieu clément qui ne; vient au monde que pour faire miséricorde. Neuf fois de suite4 il fait monter au ciel ce cri de détresse et de souffrance et, dans cette répétition on reconnaît le langage d'un cœur qui désire vivement et qui espère ce qu'il désire.

Cette prière est en l'honneur de la Sainte Trinité ; car les trois premiers Kyrie s'adressent au Père, les trois Christe au Fils, et les trois derniers Kyrie au Saint-Esprit.

Pourquoi alors, pour bien dire cette prière, ne penserait-il pas à celle qui par ses relations avec la Trinité Sainte a tant

<le titres pour la louer dignement et l'implorer efficacement ? Elle est la fille du Père, la mère du Fils, l'épouse du Saint-Esprit.

Ces neuf invocations, nous dit Dom Guéranger, nous montrent l'Eglise de la terre associée aux neufs chœurs des anges devant le trône de l'Agneau. Durant cette litanie, nous devons élever nos regards jusqu'à leur Reine par qui passent, pour monter au Christ les louanges et les supplications des hiérarchies célestes.

L'âme est alors remplie d'une telle confiance qu'elle a besoin de faire éclater sa joie par le beau cantique dont les premiers mots appartiennent aux célestes concerts : Gloria in excelsis Deo, dit-elle ; elle célèbre le grand mystère de la réconciliation et de la paix ; mais il ne lui faut pas oublier que ce mystère a commencé dans le sein virginal de Marie, qu'il s'est manifesté à Bethléen, qu'il s'est accompli sur le Calvaire et qu'il se renouvelle sur l'autel. Gloire à Dieu sans doute ; il nous faut le bénir, l'adorer, le glorifier, lui rendre grâce. Benedicimus Te, adoramus Te, glorificamus Te, gratias agimus Tibi, mais gloire aussi à Marie que nous devons remercier pour nous avoir donné Jésus qui nous l'a donnée pour Mère.

Durant l'épître, nous pouvons implorer de Marie l'intelligence de la Sainte Ecriture et de ses enseignements. Puis avant l'Evangile nous pourrions nous pénétrer des sentiments qu'exprime cette prière du Bienheureux Grignon de Montfort :

" O Vierge sainte et fidèle Epouse du Saint-Esprit !

Changez mon cœur si rebelle En un cœur humble et contrit.

Donnez-moi ce cœur docile Et bien fidèle à sa voix Pour pratiquer l'Evangile Dans ses conseils et ses lois."

Pendant la récitation du Credo, pourquoi ne pas penser à la foi de Marie, la Vierge fidèle par excellence ? Elle a conçu

le Fils de Dieu par un acte de foi. C'est à sa prière et par son influence que s'est opéré le miracle de Cana qui donna la foi aux disciples. Les Saints Pères la montrent " Maîtresse des apôtres et des disciples," et l'Eglise chante : "elle a brisé toutes les hérésies." Qu'elle nous fasse participer abondamment à sa foi.

A l'Offertoire, présentons à Dieu par les mains de Marie le pain et le vin qui vont être bientôt le corps et le sang de son divin Fils. Suscipe Sancta Trinitas hanc oblationem quant Tibi offerimus. . .in honorem Beatœ Mariœ semper Virginie. Prions la Sainte Vierge de les offrir avec nous et de nous communiquer quelques-unes des dispositions de son âme quand elle offrait Jésus comme Victime1 de propitiation pour la rédemption des hommes. Disons-lui : O ma bonne Mère, faites que j'offre Jésus comme zous pour le salut des âmes, que je l'immole avec votre générosité et votre amour, que j'en recueille, pour les autres et pour moi, les tout puissants effets. Semblable à vous par mon ministère, que je le sois aussi, dans la mesure de mes infirmités, par mes vertus. Faites que je ressente en l'engendrant sur l'autel quelque chose de vos tressaillements à son berceau de Bethléem, puisque, comme vous, je puis dire : parvulus natus est nobïs.

Lorsque nous nous lavons les doigts, en signe d'une pureté parfaite, ne manquons pas de prier la Vierge très pure, l'Immaculée, de nous obtenir une pureté plus grande afin de participer dignement aux augustes mystères.

Au moment de la consécration, le prêtre doit être tout pénétré des souvenirs de Bethléem et du Calvaire. Pour s'unir à Jésus-Hostie, il ne trouvera personne, parmi les anges et les hommes, mieux disposé que Marie à lui fournir un secours plus efficace. Qu'il se rappelle qu'à Bethléem Marie adora Jésus éclos de son sein, qu'elle le présenta au Père1 céleste et le déposa dans la crèche, qu'il se rappelle qu'à la croix, elle adora encore Jésus, qu'elle l'offrit à Dieu et peu après, le déposa dans le sépulcre.

Après avoir consacré l'Hostie sainte, qu'il offre au Père éternel par les mains de Marie, son divin Fils qui est là sur l'autel et qu'il demande à la Sainte Vierge de l'adorer, de l'aimer pour lui, de lui rendre tous les devoirs que ses imperfections l'empêchent de rendre.

En élevant le calice avec le précieux sang, qu'il offre au Père éternel, par les mains de Marie, le sang adorable de son divin Fils et qu'il la prie de l'épancher sur les justes, sur les pécheurs, sur les infidèles, sur les âmes du purgatoire, afin qu'il soit plus connu, plus aimé.

Après la consécration, la pensée de Marie qui est là près de son divin Fils avec les anges qui entourent l'autel et adorent leur Dieu, la face voilée de leurs ailes, produira sur l'esprit du prêtre une impression de ferveur grandement profitable.

Quand il récite trois fois le Domine non sum dignus, Seigneur, je ne suis pas digne, que le prêtre s'adresse la première fois à Dieu le Père, et lui dise qu'il est indigne de recevoir son Fils mais que Marie sa servante est en lui et le recevra pour lui.

La deuxième fois qu'il s'adresse au Fils, qu'il se reconnaisse indigne de le recevoir, qu'il le prie de venir dans le tabernacle qu'il s'est choisi lui-même et qu'il y trouvera sa bonne Mère qui est la nôtre.

La troisième fois, qu'il s'adresse au Saint-Esprit, qu'il se reconnaisse indigne de recevoir le chef-d'œuvre de sa charité, qu'il le prie de venir prendre encore ses complaisances en son épouse immaculée dont il se proclame l'enfant dévoué.

Quand approche le moment de manger la chair de l'Agneau sans tache, c'est l'intercession de la Mère de Dieu que le prêtre doit implorer pour être délivré de toute trace du mal. Libéra nos intercedente beata et gloriosa semper Virgine Dei génitrice Maria. Qu'il lève alors les yeux vers Marie,; il lui semblera la voir présenter son Fruit glorieux et saint et, s'il prête l'oreille, il lui semblera entendre Jésus lui dire : " accipite et manducate, prenez et mangez " ce Fruit dont la vertu puissante peut vous

transformer en des êtres saints et presque divins, ce Fruit toujours consommé et renaissant toujours, dont les âmes qui en vivent ont toujours faim ; car plus elles le goûtent , plus elles le trouvent savoureux."

Nous rêvons quelquefois du bonheur de saint Jean et de ceux qui ont vu communier Marie ici-bas. Si nous étions agenouillés aux côtés de cette bonne Mère pour recevoir l'Eucharistie, n'aurions-nous pas jeté un regard discret, afin de voir se refléter sur son visage et dans son attitude quelque chose de ses dispositions et de ses actes intérieurs ? Nous pouvons facilement comprendre ce qui se passait dans son cœur durant ses communions.

" Quand on a communié, disait le saint Curé d'Ars, l'âme se roule dans le bain de l'amour divin comme l'abeille dans les fleurs." Il ajoutait : une communion bien faite suffit pour embraser une âme de l'amour de Dieu."

Sainte Thérèse communiait tous les jours. " Si l'on avait dressé des lames devant elle sur le passage de la Sainte Table, elle aurait passé outre."

Un jeune chrétien, Ozanam, parle " des larmes d'amour qu'un catholique trouve dans la communion et dont l'incomparable douceur vaudrait à elles seules le sacrifice de toute la vie."

Un prêtre philosophe écrit dans ses méditations sur l'Eva ngile " Voici la nourriture nouvelle, celle qui fait traverser la mort, qui fait les immortels, qui fait les dieux, celle qui crée le règne nouveau, qui donne un nouveau cœur, un nouveau sang et qui fait ruisseler dans l'âme la vie et les parfums du ciel."

On pourrait multiplier les exemples, mais ni les joies suaves du Curé d'Ars, ni les raisonnements de sainte Thérèse, ni les larmes heureuses d'Ozanam, ni les touchantes réflexions de Gratry, ni rien de terrestre ne pourrait nous représenter la ferveur et les allégresses de Marie dans ses communions.

Demandons-lui donc, après avoir reçu son divin Fils dans

notre cœur, de faire que ses sentiments soient les nôtres et disons à Notre-Seigneur : " O Jésus, souvenez-vous des communions de votre Mère ; nous vous disons tout ce qu'elle vous disait ; nous croyons, nous aimons, nous demandons, nous offrons, nour remercions comme elle, par elle, et en la perfection de son esprit et de son cœur.

Après la messe, récitons lentement, avec piété, avec ferveur les trois Ave Maria ordonnés par le Souverain Pontife, le premier pour adorer notre divin Sauveur avec la foi de Marie ; le second pour espérer en lui avec la confiance de Marie ; le troisième pour l'aimer avec l'amour de Marie. Puis récitant la belle et suave prière Salve Regina, représentons-nous Marie au pied du trône de Dieu, offrant au Père Céleste ce sacrifice non-sanglant et le priant de pardonner nos manquements, distractions et faiblesses. O clemens, O pia, O dulcis Virgo Maria.

Et au commencement de notre action de grâces, conjurons Marie par l'amour qu'elle porte à Jésus et qu'elle nous porte, de venir l'adorer dans notre cœur, le remercier, l'aimer pour nous, de venir lui rendre tous les devoirs que nos imperfections nous empêchent de lui rendre. Demandons-lui de nous obtenir toutes les grâces qu'elle sait nous être nécessaires et en particulier la grâce de l'aimer davantage et de pouvoir la faire aimer autour de nous. Présentons à Dieu le Père son Fils bien-aimé, l'objet de ses éternelles complaisances ; mettonsnous en Lui ; présentons-nous avec Lui, entre les bras de Marie, pour être immolés à sa gloire, si c'est son bon plaisir ; qu'il prenne tout ce qui nous appartient, l'esprit, le cœur, la chair, les pensées, les affections, les désirs, et qu'il daigne agréer ce sacrifice.

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