LE MOIS DU ROSAIRE
L'Eglise consacre à honorer les Saints un seul jour de Tannée, tout au plus une octave ; elle a toujours consacré à Marie un mois entier et cela est juste. En effet, la Sainte Vierge n'est pas seulement élevée au-dessus de tous les bienheureux par sa dignité de Mère de Dieu, mais elle est également au-dessus d'eux par ses vertus et ses mérites. A elle seule elle réunit toutes les vertus que nous trouvons éparses dans les autres Saints.
Du reste quand nous rendons à Marie un culte particulier, nous ne faisons qu'imiter Dieu qui, en la choisissant pour être la Mère de son divin Fils, l'a jugée digne du plus grand honneur auquel une créature pût être élevée. Saint Paul voulant
prouver la divinité de Jésus-Christ sur les anges, faisait cette question : quel est celui des anges à qui Dieu ait dit : "tu es mon Fils ; je t'ai engendré de toute éternité. " De même, pour établir la prééminence de Marie sur tous les Saints et justifier la supériorité du culte que nous lui rendons, nous n'avons qu'à demander : quelle est, parmi les créatures qui peuplent le royaume de Dieu, celle à laquelle Dieu ait dit : " tu es mon épouse ; je t'ai choisie pour être la Mère de mon Fils?"
L'Eglise a donc eu raison de consacrer un mois de l'année au culte de la Très Sainte Vierge. Ce culte, depuis dix-neuf siècles, n'a fait que s'augmenter, et seul le règne de Marie possède la jeunesse d'un éternel à propos. Plus il avance, plus le monde dont les douleurs augmentent avec l'âge veut se rapprocher de cette patronne si habile à essuyer des pleurs.
Aussi il y a quelques années, un mois entier donné à la dévotion à la Très Sainte Vierge ne suffisant pas pour satisfaire l'amour dont brûle le cœur des fidèles pour leur tendre Mère, le Souverain Pontife Léon XIII, au génie duquel l'univers tout entier a rendu hommage, lui a consacré le mois d'octobre et le plus beau titre que portera cet illustre Pontife sera celui de Pape du Rosaire, comme Pie IX sera toujours appelé le Pape de l'Immaculée Conception.
Cet illustre Pontife a voulu que, durant le mois d'octobre, les catholiques du monde entier se réunissent chaque jour dans leurs églises pour se jeter aux pieds de leur Mère du ciel, pour lui ouvrir leur cœur, pour lui chanter ses louanges, pour lui dire leurs joies, leurs peines et la prier de les consoler, leurs besoins et la supplier de les secourir, pour lui dire le Rosaire, cette prière sublime qui a été durant des siècles et qui est encore aujourd'hui l'hommage universel à la Souveraine commune de la terre et des cieux.
" Il est dans les desseins de la Providence, dit Léon XIII, que pendant ces temps d'épreuve pour l'Eglise, l'ancien culte envers l'auguste Vierge Marie fleurisse plus que jamais dans
l'immense majorité du peuple chrétien ... les nations chrétiennes recherchent, avec une ardeur de jour en jour plus grande, la protection de Marie ; qu'ils s'attachent de plus en plus à l'habitude du Rosaire, à ce culte que nos ancêtres avaient l'habitude de pratiquer, non seulement comme remède toujours présent à leurs maux, mais comme un noble ornement de la piété chrétienne. "
Rendez-vous à- ce désir du Souverain Pontife ; attirez vos fidèles à l'église tous les jours de ce beau mois ; réunissez-les autour de l'autel de la Sainte Vierge, décoré avec tout le soin possible ; allumez dans leur cœur le feu sacré de la dévotion à Marie ; montrez-leur par votre langage et par votre conduite que votre cœur en est plein et qu'il ne donne que de son abondance ; récitez avec eux les belles prières du Rosaire et pensez, faites penser, en les récitant pieusement, aux saintes choses qu'elles expriment.
Il y a dans un drame de Shakespear un étrange héros qui passe sur la scène un livre à la main ; c'est Hamlet. " Que lisez-vous là, Seigneur ? " lui demanda Polonius. Et le jeune homme de répondre : " des mots, des mots, des mots ! "
Quand les fidèles récitent le Rosaire, si on leur demandait : que dites-vous là ? Souvent ne devraient-ils pas faire la réponse d'Hamlet ; je ne dis que des mots. Or cette prière doit être autre chose qu'une vaine récitation ; ils doivent être autre chose que des phonographes vivants. " Ce que Dieu veut entendre, dit Tertullien, ce n'est pas le cri des lèvres, c'est le cri du cœur. " Et le cri du cœur, explique saint Augustin, c'est l'attention sérieuse de l'esprit. Magna cogitatianis intentio.
Persuadez vos fidèles qu'ils doivent venir chaque soir s'agenouiller au pied de l'autel de Marie pour méditer ses vertus, contempler ses grandeurs, implorer sa protection, lui demander de les bénir sur la terre et de les conduire au ciel ; tâchez de rendre ces réunions aussi nombreuses et édifiantes que possible ; mettez tout en œuvre pour atteindre ce but.
Dites à ceux qui ne pourraient pas chaque jour s'unir à leurs frères au pied des autels de Marie, de s'en dédommager par la récitation du Rosaire à la maison en union avec les pieux fidèles plus heureux qu'eux. Si la Sainte Vierge accueille avec une égale bonté les diamants qu'une main royale attache à sa couronne et la simple fleur des champs dont le pauvre décore son autel, si elle n'a pas tant d'égard à l'offrande qu'à l'amour de celui qui la présente : non respicit quantum, sed ex quanto. dit saint Augustin ; son oreille n'est pas moins attentive à la prière interrompue ou aux soupirs et aux regrets que lui adresse de son foyer la mère de famille, qu'aux hommages publics et solennels qu'on lui adresse au temple.
Dirigés, instruits, édifiés par vous, que chacun de vos paroissiens puisse dire à la Sainte Vierge :
" Marie, ce mois pour toi réveille notre amour ; Laisse-nous te bénir, te chanter, ô Marie ; Donne à nos cœurs la foi, l'espérance qui prie ; Guide nos pas tremblants vers l'éternel séjour."
Que tous vos fidèles soient bien convaincus que la Reine du Rosaire les couronnera au ciel, s'ils sont fidèles à la couronner sur la terre par la récitation fréquente du chapelet.
Oh ! prêtres de Jésus-Christ, vous vous plaignez peut-être parfois de l'inutilité de vos efforts ; vous voyez peut-être votre ministère peu fécond, votre zèle et votre parole sans fruits ; et vous ne pouvez en trouver la cause.
Ne serait-ce pas parce que Marie n'a pas occupé dans votre cœur et dans votre ministère la place que, d'après le plan divin, elle devrait y occuper ?
Ne l'oubliez jamais, Marie est la Médiatrice entre Dieu et les hommes. Elle l'a été dans le mystère de l'Incarnation et dans la vie de Jésus-Christ ; car c'est par elle que saint Jean Baptiste est sanctifié et c'est sur sa demande que son divin Fils opère son premier miracle ; elle l'est encore aujourd'hui et sans elle, on n'atteint ni les âmes, ni les corps, ni les esprits.
Sans Marie la lumière divine des intelligences ne nous illumine pas, puisque c'est par elle que doit passer ses rayons : Ex quâ mundo lux est orta. "
Sans Marie les cœurs ne goûtent ni les douceurs ni les consolations de la religion, puisqu'elle est elle-même cette douceur : O pia, o dulcis Virgo Maria. "
Sans Marie les âmes ne se dégagent pas des liens du péché ; car c'est elle qui est " la Mère et le refuge des pécheurs, Mater
misericordiœ et refugium peccatorum. "
Soyez véritablement attachés à Marie et la Mère de Jésus ouvrira elle-même les esprits, les cœurs, les âmes ; elle fécondera elle-même vos efforts et communiquera à vos paroles à votre zèle ce quelque chose de divin auquel on ne résiste jamais.
16. — l'apostolat et la prédication de la dévotion a marie aux jeunes gens et aux parents
Nous aimons la Très Sainte Vierge ; cet amour est une joie pour notre cœur, une paix pour notre âme, une espérance pour la vie présente et surtout pour la vie du ciel.
Mais pourrions-nous aimer Marie sans vouloir par tous les moyens possibles la faire aimer par tous ceux qui nous entourent ? Nous devons donc être les apôtres de la dévotion à la Sainte Vierge. Après la mission d'être les apôtres de Jésus-Christ, il n'en est pas de plus belle que celle d'être les apôtres de sa divine Mère. Après tout, n'est-ce pas la même chose ? Que nous dit Jésus ? " Faites aimer Marie ". Que nous dit Marie : " Faites aimer Jésus."
Oui, Jésus veut que nous soyons les apôtres de Marie. Il n'en peut être autrement et il est aisé de le voir, de le comprendre. Il a tant aimé sa Mère, il l'a comblée de tant de grâces ; il l'a douée de tant de vertus, de tant de puissance, de tant de bonté, par elle il a fait tant de miracles éclatants ; il semble
ne vouloir rien nous accorder si nous ne le demandons pas à Marie.
L'Eglise aussi veut que nous soyons les apôtres de Marie. Pour glorifier cette Mère de Dieu, elle a établi en son honneur les fêtes les plus brillantes et les plus populaires. Elle a fait élever en son honneur des sanctuaires où elle appelle tous les fidèles pour chanter les louanges de cette bonne Mère. Elle semble ne jamais être satisfaite de tout ce qu'elle a fait pour Marie et cherche toujours à faire encore davantage.
Notre raison et notre cœur veulent que nous soyons les apôtres de Marie. Nous connaissons la puissance et la miséricorde de cette Vierge pleine de grâces ; nous savons l'étendue de sa clémence et le prix de son assistance ; nous sommes heureux auprès d'elle ; nous professons de croire et de goûter que, soit pour les justes soit pour les pécheurs, elle est la cause de joies intarissables et d'ivresses divines ; nous savons que tous ceux d'entre nous dont elle soutient les intérêts, dont elle prend la défense, évitent les dangers, voient finir leurs épreuves et s'apaiser leurs douleurs ; nous aimons à l'invoquer sous le nom de Rose mystérieuse, parce que ses parfums embaument notre vie tout entière et charment notre mort.
Mais nous le comprenons, ce n'est pas assez de tenir à la Sainte Vierge par les liens d'une tendre dévotion ; il faut encore que notre zèle ait la vertu d'allumer ce feu sacré dans les âmes qui nous entourent. Aimer et faire aimer Marie, c'est l'apostolat le plus consolant, c'est le ciel anticipé par un cœur vraiment sacerdotal.
Du reste, c'est le seul vrai moyen de mettre de la piété dans une paroisse.
En 1635, c'est-à-dire, un siècle après qu'Henri VIII eût fait apostasier l'Angleterre, un des membres de l'église anglicane, considérant ce qu'il y avait de monstrueusement inconséquent dans une religion qui ordonne à ses partisans d'adorer le Dieu fait homme et qui leur défend d'honorer sa Mère eut le courage
d'écrire un livre des plus remarquables et d'une haute valeur, intitulé : La gloire et la vie de la Vierge Marie, dans lequel il fit ressortir la dignité et la grandeur de cette femme extraordinaire qui mérita de devenir la Mère de son Dieu. Il y démontrait avec une puissance de logique irrésistible que ses coreligionnaires ne pouvaient prétendre plaire au Fils, en refusant de reconnaître et d'honorer sa Mère. " Je puis leur assurer une chose, leur disait-il, c'est que, tant qu'ils ne seront pas de bons serviteurs de Marie, ils ne seront jamais de bons chrétiens."
On peut en dire autant des fidèles d'une paroisse ; tant que ces chrétiens confiés à vos soins ne seront pas pénétrés d'une dévotion tendre envers l'auguste Mère du Sauveur, ils ne seront que des chrétiens médiocres. Afin de les rendre forts, faites entrer bien avant dans leur âme l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ et, pour y faire entrer plus sûrement, plus doucement, plus profondément, l'amour du Sauveur, faites y entrer l'amour de sa Sainte Mère.
Adressez-vous d'abord aux petits enfants qui acceptent d'aimer Marie comme ils aiment leur mère ; accoutumez-les à ne pas séparer le nom de Jésus du nom de Marie, Mère de Jésus ; profitez de toutes les occasions pour leur dire que cette Mère du ciel est bonne, qu'elle aime leur prière, qu'elle y répondra par des caresses ; que dans toutes les leçons du catéchisme, il y ait toujours au moins quelques minutes consacrées à Marie : trait d'histoire, pieuse exhortation, fervente prière.
Mettez au cœur de ces chers petits enfants l'amour de Marie et vous verrez l'innocence sur leur front, la candeur dans leur sourire et du ciel dans leur regard. Quand ils seront à genoux, que leurs petites mains seront jointes et que leurs yeux parfois mouillés de larmes, se lèveront vers la Madone, que leurs voix fraîches et pures répéteront ensemble : Je vous salue, Marie, pleine de grâces ; il vous semblera apercevoir, à travers la porte entr'ouverte du paradis, l'auguste Reine des cieux au milieu du chœur des Anges.
Quand ces enfants auront grandi, vous les accoutumerez à ne passer aucun jour sans prier Marie, leur faisant aimer le chapelet, leur apprenant le " souvenez- vous" qu'ils devront réciter chaque soir, vous leur raconterez ces histoires si attrayantes qui rappellent la bonté et la puissance de Marie ; vous les convaincrez qu'un enfant qui reçoit en lui Jésus par la Sainte communion est le bien-aimé de la Sainte Vierge, que le moyen de faire uns heureuse traversée sur la mer de ce monde, c'est de placer leurs cœurs auprès du cœur de Marie et de remettre leur avenir entre ses mains maternelles.
De tous les âges de la vie, l'adolescence est bien celui où il est le plus facile de former le cœur à l'amour de Jésus en le formant à l'amour de Marie. A cet âge où les caresses de nos mères font encore partie de notre bonheur, notre cœur s'ouvre de lui-même à l'amour de cette Vierge, Mère de Dieu, qui est aussi notre Mère, Mère invisible mais toujours présente. Et nous comprenons facilement que s'il faut aimer cette céleste Mère, nous devons encore bien davantage aimer son divin Fils, ce Jésus qui nous a donné Marie et que Marie nous a donné. Nous comprenons cela un peu avec notre intelligence et beaucoup avec notre cœur.
C'est un prêtre vrai apôtre de Marie, qui, par sa conduite en rapport avec ses convictions et son enseignement, avait mis au cœur d'un enfant le désir de se donner tout entier à Dieu, de devenir prêtre afin d'avoir le bonheur de monter à l'autel pour attirer sur ses semblables la grâce qui coule du ciel avec le sang de l'Agneau. Et le jeune lévite écrivait cette belle, pieuse, naïve confidence à Marie :
" J'ai mon rêve, ô ma mère, un rêve que mon âme Caresse tendrement, tant il est doux et pur ; Un rêve qui me charme, un rêve qui m'enflamme ; Oh ! moins doux est l'éclat de l'astre dans l'azur ! Là-bas, sur le coteau, près du bois qui s'incline, La flèche d'un clocher s'élance vers les cieux . . . C'est là que bien souvent, s'envole ma pensée. J'entre. . .Tout fait silence et le temple est désert.
Seul un prêtre à genoux, sur la pierre glacée
Semble oublier la terre au son d'un doux concert.
Oh ! Que cet homme est beau, seul dans ce sanctuaire,
Où tout parle du ciel et respire la foi !
Oh ! si mon rêve un jour était vrai, tendre Mère l
Ce prêtre agenouillé ... si ce prêtre était moi !
Si je pouvais un jour te donner cette vie
Toute brûlante encore de jeunesse et d'amour l
Oh ! Le beau lendemain pour ton prêtre, ô Marie l
La mort serait pour moi le soir du plus beau jour ;
O Marie, donne-moi la pureté des anges,
La tendresse et l'ardeur du brûlant séraphin ;
Fais que mon cœur toujours, loin des terrestres fanges,
Au pied de tes autels cherche un bonheur sans fin."
Dites souvent à la jeunesse : voulez-vous passer saintement, sans remords et dans la paix, cette époque la plus belle et aussi la plus critique de votre vie, celle qui influe si activement sur le reste de vos jours ? Soyez dévoués à Marie. Si elle préside aux premières émotions du cœur, si elle vous dirige dans vos premiers pas au milieu du monde, ce sera toujours là le plus sûr présage de bonheur pour votre avenir ; ce sera comme une haie de préservation contre toutes les occasions dangereuses et une garantie presque certaine de persévérance dans la vertu.
Dites souvent aux pères et mères que leurs enfants seront ou redeviendront ce que les auront faits les premières leçons reçues dans la famille. Il est impossible qu'il ne reste rien au fond de l'âme des enseignements pieux que, penchés sur leur berceau, ils leur ont appris au milieu de leurs baisers. Il ne se peut pas que tout meure des germes de vertu qu'ils ont semés dans leurs cœurs au doux printemps de leur adolescence. C'est un fond de granit que peut recouvrir momentanément le sable de la grève, mais qui, dès que le vent se lève ou que l'on creuse le sol, reparaît dans la fermeté d'une base indestructible. C'est dire qu'il y a dans le père et la mère une puissance invincible de vie et de résurrection.
" Je me vois encore, écrivait le comte de Maistre, sur les genoux de ma bonne mère, m'apprenant à croire à Jésus-Christ
et à balbutier le nom de cette Vierge Mère qui porte l'Enfant- Jésus dans ses bras."
A ces paroles que tant d'autres diraient avec autant de sincérité, on peut ajouter celles-ci aussi vraies, sorties de la bouche de cet homme illustre et que chaque mère devrait avoir constamment à la mémoire : " Si la mère s'est fait un devoir d'imprimer profondément sur le front de son enfant le sceau divin, on peut être à peu près sûr que la main du vice ne l'effacera jamais."
L'enfant ainsi élevé dans cette atmosphère tout imprégnée de foi et du souvenir de Marie, grandira croyant, pieux, soumis, toujours parfumé de son innocence baptismale.
Faites donc votre possible pour persuader les pères et mères qu'ils doivent appeler Marie dans leurs maisons pour en régler les affaires, pour en ménager les intérêts, pour bénir leurs familles ; et surtout pour y maintenir la paix, et, avec la paix, l'ordre, l'union, la charité, l'innocence des mœurs, la probité et la piété. Qu'ils mettent dans le cœur de leurs enfants l'amour de Marie et le reste leur viendra comme par surcroît.
" Heureuse la famille où la mère attentive Façonne de l'enfant l'âme pure et craintive, Et lui fait bégayer, assis sur ses genoux, De Marie et Jésus les noms toujours si doux."
Sans doute vous devez profiter des nombreuses fêtes de la Sainte Vierge pour rappeler à vos fidèles toutes les belles prérogatives de leur divine Mère et les engager à mettre en elle leur confiance ; mais pourquoi dans tous vos sermons ne trouveriez-vous pas moyen de parler un peu de Marie ?
lî y a des missionnaires qui sont admirables sur ce sujet. Même au milieu des vérités les plus effrayantes, ils savent faire resplendir la Vierge Marie comme un rayon de miséricorde et de pardon et c'est en grande partie à cette pratique qu'ils sont redevables du bien immense qu'ils font durant leur carrière apostolique.
C'était la méthode que suivait le Père Desurmont, célèbre prédicateur rédemptoriste. Jamais il ne faisait un sermon sans y amener le souvenir de Marie. Il enthousiasmait son auditoire et lui communiquait pour la Sainte Vierge quelque chose de la flamme qui brûlait en son cœur.
C'était d'ailleurs le secret de conversion du Bienheureux Grignon de Montfort. Au commencement et à la fin de ses sermons, il faisait toujours chanter un cantique qui, tout en rappelant les grandes vérités qu'il venait d'exposer, faisait ressortir le rôle de Marie, soit comme Mère, ou Médiatrice, ou Avocate des pécheurs. Par cette pratique, peu à peu la vraie dévotion pénétrait dans les esprits et les enchaînait au service de la Reine des coeurs.
Faites de même ; parlez souvent de Marie et donnez-lui dans tous vos sermons une place d'honneur. Vos sermons y gagneront de l'attrait. Le souvenir de la Vierge sans taches sera ainsi comme un sourire qui s'irradiera à travers vos paroles et leur communiquera ce charme qui va droit au cœur.
" On est souvent porté, dit saint Alphonse, à parler souvent et à faire l'éloge des personnes qu'on aime, afin de voir l'objet de ses affections estimé et loué aussi des autres. Il faut donc supposer bien faible l'amour de ceux qui, tout en se glorifiant d'aimer Marie, pensent peu à parler d'elle et la faire aimer des autres. Ce n'est pas ainsi que se conduisent ceux qui aiment véritablement cette aimable Mère ; ils voudraient publier ses louanges en tout lieu et la voir aimée de tout le monde ; aussi chaque fois qu'ils le peuvent soit en public, soit en particulier, ils tâchent de communiquer à tous les cœurs les heureuses flammes dont ils se sentent embrasés envers leur bien-aimée Reine."
Voici ce que disent les docteurs de l'Eglise de ceux qui ont à cœur de propager la dévotion envers Marie :
Selon saint Bonaventure, ceux qui s'occupent de publier les gloires de Marie sont assurés du paradis ; ce que confirme
Richard de Saint-Laurent en disant qu'honorer la Reine des Anges est la même chose que faire l'acquisition de la vie éternelle: Honorare Mariam thesaurisare est sibi vitam œternam ; car, ajoute-t-il, cette Dame pleine de gratitude ne manquera pas d'honorer dans l'autre vie ceux qui ont soin de l'honorer dans celle-ci, glorificabit in futur o honorificantes in presenti.
Et qui d'ailleurs ignore cette promesse de Marie elle-même à ceux qui s'attachent à la faire connaître et aimer sur la terre. Elle déclare qu'ils jouiront du bonheur céleste : Qui élucidant me vitam œternam habebunt. C'est la Sainte Eglise qui lui applique ce texte dans l'Office de l'Immaculée Conception.
Dans vos sermons montrez aux fidèles la sublime beauté de Y Ave MaHa ; engagez-les à réciter souvent le chapelet ; ditesleur que le chapelet est comme une corde tendue de la terre au ciel et ne laissant pas s'égarer celui qui la tient à la main.
Qu'il est beau de voir dans nos bonnes familles chrétiennes, au déclin du jour, le père agenouillé au milieu de ses enfants, réciter le chapelet avec la mère tenant peut-être devant elle sur une chaise un enfant qui ne sait pas encore prier, mais qui marque déjà par son silence un respect instinctif pour la prière de ceux qui l'entourent. Laissez grandir ce petit ange, et ces prières qui sont entrées dans son âme enfantine par les yeux et les oreilles, ne lui paraîtront pas une tâche difficile.
Ali ! que les parents laissent un précieux héritage à leurs enfants quand ils leur apprennent de bonne heure à réciter le chapelet ! Ils leur lèguent en quelque sorte la clef du ciel, puisque par là ils leur donnent le moyen d'obtenir les grâces nécessaires à leur persévérance dans le bien.
Dites-leur souvent dans vos sermons tout ce que renferme de consolant pour nous et de terrible pour l'enfer le nom béni de Marie et poussez-les à le répéter souvent tous les jours de leur vie.