‹ áA mes prãetresChapitre 32 sur 35 · LE MOIS DE MARIE · texte numérisé non relu

LE MOIS DE MARIE

Il n'est pas de paroisses où ne puissent se faire les exercices du beau mois de Marie. Au prêtre à voir à ce que ces exercices soient suivis par les fidèles confiés à ses soins.

Ceux qui habitent les bords de la mer durant les grandes chaleurs de l'été prennent vite des habitudes matinales et dès le lever du soleil, ils ouvrent toutes grandes les fenêtres de leurs appartements. Une brise fraîche et vivifiante s'y précipite ; elle renouvelle l'air de l'intérieur et prépare une nouvelle provision de fraîcheur pour le reste de la journée. Puis l'on ferme les volets et l'on se précautionne ainsi contre les ardeurs croissantes du jour.

Faites bien comprendre à vos paroissiens que le mois de Marie est pour les autres mois de l'année ce qu'est le matin pour le reste de la journée. C'est le mois durant lequel ils doivent ouvrir toutes les portes de leur cœur pour y laisser pénétrer cette brise des âmes qui s'appelle la grâce. C'est Marie qui la sollicite pour eux et qui l'obtiendra de son divin Fils ; c'est elle qui se chargera de la leur apporter et d'en remplir leur cœur.

Durant ce mois béni, du cœur de millions de chrétiens répandus à la surface du globe s'échappent des paroles de vénération, de louanges et d'amour qui s'adressent à Marie et que Marie renvoie à la terre transformées en consolations pour ceux qui souffrent, en force pour ceux qui combattent, en bénédictions pour ceux qui cherchent à avancer sur le chemin qui conduit au ciel.

Que vos fidèles ne résistent pas à ce courant, qu'ils ne restent pas en arrière ; qu'ils suivent l'exemple de frères qui savent que le meilleur moyen d'arriver à Dieu, c'est de passer par sa Mère.

Jésus nous assure dans l'Evangile que si deux ou trois sont

réunis en son nom, il est au milieu d'eux pour joindre sa voix à la leur et rendre leur prière victorieuse du cœur de son Père. Pendant le mois de Marie, nous prions, non pas deux ou trois, mais en union avec des millions de chrétiens fervents. Comment cette supplication serait-elle sans effet ?

Pendant les heures que vos fidèles passeront ainsi sous le regard de l'auguste Reine du ciel, à contempler son image, debout sur un trône de lumières et de fleurs, symbole de sa beauté, à écouter la gracieuse mélodie des cantiques chantés en son honneur ou bien à se recueillir pour méditer ses vertus et invoquer sa puissance, une douce clarté investira leur âme, la pénétrera, l'attendrira, la rendra meilleure et plus heureuse.

Il n'en peut être autrement. En effet, si une mère au jour de sa fête ne sait rien refuser à ses enfants lorsque, réunis autour d'elle, ils rivalisent entre eux de piété filiale, que ne devons-nous pas espérer de Marie, la Mère par excellence, que nous allons invoquer durant cette fête de trente jours ? Ce sont des jours bénis où les grâces sont plus abondantes, où Dieu est plus près de nous, où la Reine du ciel est plus occupée de ses enfants de la terre.

Dans sa vieillesse, saint Colomba, fondateur d'Iona, aimait, les soirs d'été, à se faire transporter hors de son monastère, dans un petit pavillon d'où, sans être vu, il bénissait ses religieux au passage à leur retour des champs. " N'éprouvezvous rien près de ce lieu ? " s'avisa de leur demander un jour le secrétaire du saint. " Quand j'approche d'ici, répondit l'un d'eux, chaque soir à la même heure, je respire un parfum délicieux, comme si toutes les fleurs de la terre étaient réunies à cette place ; je sens comme la flamme d'un foyer qui m'échauffe; sur mes épaules, les lourdes gerbes deviennent légères." Et tous ses compagnons de tenir le même langage. Le secrétaire reprit : " C'est notre vieux maître qui, ne pouvant plus venir au-devant de nous avec son corps, nous envoie le souffle de son âme pour nous embaumer, nous réjouir et nous consoler."

Ce que l'esprit de saint Colomba savait faire chaque soir

pendant la belle saison pour ranimer par une sainte joie ses frères épuisés de travaux et de privations, l'esprit de Marie, présent parmi ses enfants pendant les cérémonies de ce mois béni, saura le faire mieux encore en faveur de ceux qui aimeront à se réunir au pied de ses autels.

Voyez donc à ce que vos paroissiens suivent ces exercices du mois de Marie. Tâchez de les convaincre qu'ils ont là une circonstance bien favorable pour montrer à leur Mère du ciel que leur amour pour elle est sincère, qu'elle n'est pas seulement sur leurs lèvres mais au fond de leur cœur.

Faites tout votre possible pour que dans ce beau mois ils accourent nombreux dans vos paroisses ceux qui viendront s'agenouiller dans vos églises pour dire à la Très Sainte Vierge :

" Mère, ce mois pour toi réveille notre amour. Laisse-nous te bénir, te chanter, ô Marie ; Donne à nos cœurs la foi, l'espérance qui prie ; Guide nos pas tremblante vers l'éternel séjour."

Rappelez-leur que la Sainte Vierge est le canal, l'intermédiaire de toutes les grâces. Si elle ne laisse pas sans récompense une seule prière, une seule invocation faite avec confiance et avec piété, pourrait-elle contempler avec indifférence tout un peuple réuni autour de ses autels, redisant sa gloire, chantant ses louanges et implorant sa miséricorde ? S'il esi vrai, comme dit saint Bernard, qu'on ne l'invoque jamais en vain, à combien plus forte raison doit-il en être ainsi pour une paroisse qui accomplit fidèlement les exercices du beau mois de Marie.

Accoutumez vos fidèles à aller souvent s'agenouiller devant l'autel de Marie que vous tiendrez toujours bien décoré. Quand les larmes montent aux yeux et au cœur, quand on a longtemps pleuré et que le soleil n'a pas lui, quand on croit le ciel fermé à sa prière, il est bon d'aller à l'aut 4 de Marie, vie frapper à la porte de ce cœur maternel et de lui confier toutes ses causes.

Un jour, une femme portant dans ses bras un tout jeune enfant pâle et chétif, se dirigea vers une petite chapelle de

l'église de sa paroisse. Elle offrit son enfant à celle que lui représentait une statue et qu'on appelle Marie, la Vierge Mère. Ell3 lui dit :

" Vierge dont l'œil compatissant Sourit à la mère qui prie, Prenez pitié de mon enfant Priez pour lui, Vierge Marie.

Je vous offre un cierge et des fleurs ; Et si mon fils obtient la vie, Je le voue aux blanches couleurs.

Priez pour lui, Vierge Marie."

Cette scène touchante retrace l'histoire de la confiance de l'humanité dans ce cœur de Marie plus fort, plus pur, plus tendre plus miséricordieux, plus aimant que tous les cœurs. Dans la plus humble église comme dans les temples les plus magnifiques, il y a la chapelle de la Vierge vers laquelle les fidèles doivent être dirigés, et il est peu de ces bénis sanctuaires qui n'aient été les témoins du gracieux tableau décrit plus haut. Aussi le poète a-t-ii pu dire à Marie :

" L'autel où l'on vous nomme a de si doux secrets ! "

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