‹ Aa pays des ajoncsChapitre 11 sur 37 · NOËL 'BRETON · texte numérisé non relu

NOËL 'BRETON

Un bruit s'est répandu dans la Basse-Bretagne. On dit que l'Enfant-Dieu vient de naître, et soudain Tout s'émeut de la mer à la noire montagne : L'un a quitté sa barque et l'autre son jardin.

Que de gens ! Pour mieux voir l'aurore qui se léve^ Il en vient de la lande, il en vient de partout, Et l'on dirait que tous, après un mauvais rêve, En plein ciel étoile s'éveillent tout à coup.

Le penn-bas a la main pour soutenir sa marche, ■ Un pêcheur au cheveux de neige est en avant.

Jeunes gens, hommes faits suivent le patriarche Et reprennent en chœur son cantique fervent.

Bas rouges, robe noire et châle des dimanches, Les femmes bravement leur emboîtent le pas ; Et c'est au loin comme mie mer de coiffes blanches, Un Hot qui toujours roule et qui n'est jamais las.

Fillettes au regard étonné, bonnes vieilles, Il en est de tout âge et de toute couleu'-. C'est le bourdonnement d'une ruche d'abeilles Sous un soleil d'été, dans le courcil en fleur.

Et derrière, mon Dieu, que d'êtres en guenilles Au visage dolent et pourtant guilleret ! Des boiteux dans l'azur agitent leurs béquilles, Des ivrognes font halte au premier cabaret.

O chrétiens qui rêvez, en plein péché peut-être. Aux périssables biens qu'on acquiert en passant. Voyez donc quel palais a choisi, pour y naître, L'unique, le grand Roi, le Seigneur tout-puissant.

Regardez, bonnes gens. Ce n'est qu'une humble crèche Où la mère et l'enfant sont blottis dans le foin.

Page 1