PAUL VERLAINE
De la douceur avant toute chose, De la douceur et de la bonté !
Que toujours flotte, au vent enchanté.
Dans l'azur tendre, une douce rose !
Sous les rosiers marche doucement.
Effeuille, en passant, la fleur nouvelle. Sans y penser, laisse en ta cervelle S'épanouir le rêve charmant.
Sois bon pour tous comme pour toi-même. Pur? Je ne dis pas. C'est trop lointain.
1^4 - AVAN'T l.E Sf>IR
Ouvre ton cœur au ciel du matin, Et rappelle-toi qu'il faut qu'on aime.
Ecoute la brise au parler si doux.
Regarde l'aurore. Elle est si blonde !
Sois, en ce cruel et triste monde, La violette au milieu des houx.
Ne juge pas, n'accuse personne.
N'as-tu rien, toi, qu'on puisse blâmer?
Frère, souviens-toi qu'il faut aimer.
Ecoute,^au loin, V Angélus qui sonne.
Si quelque pauvre âme, en son chemin.
Tremble et défaille au mal qui l'oppresse. Oh ! n'ajoute pas à sa détresse ; Cordialement tends-lui la main.
Sois l'oiseau léger qui vole, vole, L'oiseau matinal, couleur du jour, Qui berce encor de vieux chants d'amour Notre sombre terre, à moitié folle.
Sois le verger plein de boutons d'or, La source limpide où l'on vient boire.
Le bois profond aux feuilles de moire.
Où passe, à la brume, un chant de cor.
DOUCEUR
Sois l'étang tranquille où se redète Un paysage infiniment clair.
Sois tout le bleu qui vague dans l'air. Parmi les houx sois la violette.
Ah ! je sais bien : le soleil qui luit A fait cligner plus d'une paupière ; Il est, hélas ! plus d'un cœur de pierre ; Il est encor des âmes de nuit.
Aveugles, sourds et fous que nous sommes ! Tous, au hasard, s'en vont trébuchant ; L'un est stupide et l'autre méchant.
Eh bien ! Que veux-tu ? ce sont des hommes.