GEORGES VICAIRE
AU
ADIEU PARIS
ADIEU PARIS
Adieu, Paris, ville de fer.
Ville de vent, ville de rêve, Cher Paris où l'amour se lève.
Doux Paris où j'ai tant souffert !
Et le train file, file, file.
Comme un éclair en pleine nuit...
Mon cœur fait encor plus de bruit, Mon cœur qui n'est jamais tranquille.
\'oici, sous la lune de mai, La plaine qu'on dit pittoresque, La verte combe où j'ai ri presque, La colline où j'ai presque aimé.
L'histoire est-elle vraie ou fausse ?
Suis-je un bon, un mauvais témoin?
Qu'importe ? — Voici déjà loin Les mornes plaines delà Beauce.
Puis rien. — Du noir, du noir partout. Noir dans le ciel et sur la terre, Noir surtout au cœur solitaire.
Gonflé de ras^e et de déoroût.
Et le train file et le train vole Avec ses gros yeux qui font peur.
Le train file à toute vapeur Comme une béte à moitié folle.
Un vent mauvais semble frémir Dans les verdures qu'on effleure ; j'entends comme une âme qui pleure.., Mon Dieu ? si je pouvais dormir !
Toujours, toujours, toujours la béte Aux crocs baveux, aux flancs repus l Toujours ces mots interrompus Qui s'entrechoquent dans ma tête l
Les lourds pays indifférents Montrent un coin de leur visage ;
ADIEU PARIS
La tristesse du paysage Répond à mes rcves errants.
— Mais qu'est-ce ? — On dirait de la joie. Tout n'était donc pas mort encor.
Un trait rose, une barre d'or, Et Finfini rit et flamboie.
Ce bleu tendre, ce bleu divin î Qu'ai-je vu ? C'est la mer immense Où tout linit et recommence, Que nul jamais n'invoque en vain.
O consolatrice du monde !
Puissante mer, ô grande mer !
Si j'ai quelque chose d'amer.
Qu'il se noie en ton eau profonde !
Dame de sonoe et de lanfjueur.
Ensorceleuse de la brume.
Ce n'est que dans ton amertume Que je pourrai laver mon cœur !