I.XVIll
ESSAI HlSTORiyi E
Ilùloïso ri|KHi.‘S(! les austérités extérieures, (tc'niande s’il ne suffit pas (|ue t’alisliueiice (t’uuo relijrieuse éfrale celle (|iii est ordonnée au clergé séculier, et elle s’écrie : « Plût à l)i(‘u t|ue notre dévotion pût s’élever à accomplir l’Évangile sans prétendre à le dépasser et sans clierclierà être plus (jue clirélicnnes! » Abailard, d’accord avec elle sur ce point, dans ta règle qu’il donne aux ndigienses du Paraclet, ne leur prescrit guère d’autres lois d’abstinence que celles (|u’iinposent la pauvreté, dont il leur fait un devoir si absolu i|u'il veut (ju’elles refusent ou rendent tout ce qui leur serait donné par delà l’absolu nécessaire. Tous deux s’élèvent avec force contre les austérités dont on surcbarge de leur temps la vie monastique et la foule de ceux qui s’y jirécipitent avec une imprévoyance (pii se tourne bientôt en dégoût (d en relàcbement. « Non seulement ceux, dit .\bailard, (jui se sounietlent à de semblables lois, mais ceux qui les im|K)sent , doivent prendre garde que la multiplicité des priîceples n’engendre la multiplicité des transgressions. » Abailard, dans celle lettre, ou plutôt dans ce traité, condamne sévèrement aussi l’imprudente fondation de tant de inonasti'res, le ridicule orgueil que met clia(pie supéi leur à grossir sa congrégation avant d'avoir pourvu aux besoins de ceux ipi'on rassemble de cette manière ; en sorte que la nécessité d’y subvenir engage la (diipart des abbés à des soins et à des procédés mondains entièrement contraires aux devoirs de leur état. La peinture vive et répétée qu'il fait des dérèglements et de l’ignorance des moines de son temps prouve, ce cpii n’est pas difficile à croire, qu’un mouvement aussi étendu , aussi passionné que celui qui éclatait alors, ne pouvait se soutenir partout également, et qu’au sein même des rigueurs nouvelles la faiblesse humaine ne
tardait pas à reparaître ; mais ce morceau est curieux en ce qu’il montre Abailard en complète opposition axec l’impulsion dominante, et la jup;cant dans le meme esprit qui a, de son temps et plus tard , dicté toutes les satires contre le clergé et les moines, et enlin amené le plus grand événement religieux qui ait éclaté en Europe depuis la prédication du christianisme.
Ces relations épistolaires d’Abailard avec Héloïse remplissent Tintervalle qui s’est écoulé jusqu’au concile de Sens. On n’a sur les événements de la vie d’Abailard, durant cette période, d’autre indication qu’un passage de Jean de Salisbury qui nous apprend que, venu en France l’année (jui suivit la mort du roi d’Angleterre Henri 1", c’est-à-dire en 1136', il y étudia sous Abailard H docteur illustre, admirable et le premier de tous, qui enseignait alors à la montagne Sainte-Geneviève »
(Ici b'arrète le manuscrit de cet ouvrage, qui n’a pas été terminé. M. Guizot n'a pas voulu qu’il parût, ainsi incomplet, en tète de notre édition, et il y a ajouté, comme conclusion, les pages qui suivent.)
Mais en vain Abailard essayait de revenir à l’enseignement, son plus grand talent et sa première gloire; il n’y trouvait point de repos. Esprit libre et superbe ,
‘ Les auteurs de l'Ilisloire littéraire de la Franco, t. xi, p. 66, conlestent cette date de l’arrivée de Jean de Salisbury à Paris, sur cet unique fondement que ce fut avant son niallieur qu'Abailard enseigna k la raoiilagne Sainte-Geneviève. Mais il avait cessé d’y enseigner avant lu nomination, de Guillaume de Champeaux h l’évêché de Châlons en 1113. Cela placerait l’époque de l’arrivée de Jean de Salisbury pour étudier la philosophie en 11 13 au plus tard. On le fait naître en 1 1 1 0 au plus tôt ; l’assertion des Hénédictins est donc au moins irréfléchie. Aussi l'abandonnent-ils dans la vie d’Abailard, et admettent-ils, t. xii, p. 96, qu’il revint en 1136 enseigner sur la montagne Sainte-Geneviève; mais ils ajoutent sans aucune autorité qu’il cessa son enseignement l’année suivante.