I.ETTRE d’hÉLOÏSE
celui qui justifie le iiiédiant, sa foi lui est iiuputée à justice, » selon le décret de la grâce de Dieu.
Saint Paul encore, permettant aux chrétiens Pusage de toute espèce de nourriture, et distinguant de ces choses celles qui nous justifient devant Dieu, disait : « Le royaume de Dieu n’est point viande ni breuvage; mais il est justice, paix et joie dans le Saint-Esprit. 11 est vrai que toutes chos(*s sont pures ; mais celui-là tait mal qui mange en donnant du scandale. Il est bon de ne point manger de viande, de ne point boire de vin, et de ne faire aucune autre chose qui puisse faire broncher ton frère, ou dont il soit scandalisé, ou dont il soit blessé. » Ces paroles n’interdisent l’usage d’aucun aliment, mais seulement le scandale qui pourrait être provoqué par cet usage. En effet, quelques Juifs nouvellement convertis se scandalisaient de voir les disciples manger des mets défendus par la loi. Mais, pour avoir voulu éviter ce scandale, l’apôtre Pierre fut gravement réprimandé, et salutairement averti. Saint Paul lui-même, dans son épître aux Galates, raconte cette circonstance.
11 dit encore à ce sujet, dans son épître aux Corinthiens : a Ce n’est pas ce que nous mangeons qui nous recommande devant Dieu.» Et de plus : «Mangez de tout ce qui se vend à la boucherie. La terre est au Seigneur avec tout ce qu’elle contient.» Et aux Colossiens : « Que personne donc ne vous condamne pour le manger ou pour le boire. » Et un peu plus bas : » Si vous êtes morts avec le Christ aux éléments do ce monde , pourquoi toutes ces ordonnances , comme si vous viviez encore au monde , savoir : Ne mangez, ne goûtez, ne touchez point toutes ces choses dont l’usage donne la mort à notre âme, si l’on en croit les préceptes et les doctrines des hommes ? »
H appelle les éléments de ce monde les premiers rudi-
A ABAILARD
ments de la Loi, c'est-à-dire les observances cliarnelles, et cet alphabet élémentaire par lequel le monde naissant, c’est-à-dire un peuple encore enfoncé dans la chair , s’exerçait à l’étude de la religion. Par le Christ et par euxniômes, les chrétiens sont morts à ces éléments, c’est-à-dire à ces observances charnelles; ils ne leur doivent rien, ne vivant déjà plus en ce monde, c’est-à-dire parmi ces hommes charnels , qui s’attachent à la matière et qui font des ordonnances , et établissent des distinctions entre les aliments, entre telles et telles choses, et qui disent : « Ne touchez point ceci ou cela » ; toutes choses, à les entendre, qu’il suffit de loucher ou de goûter, ou de tenir dans nos mains, pour donner la mort à notre àme par leur usage, même lorsque nous nous en senons pour notre utilité. Ils parlent, je le répète, selon les préceptes et les doctrines des hommes charnels, et selon la loi de ceux qui comprennent avec le sens de leur chair, et non pas selon la loi de Jé*sus-Christ et des siens.
En effet, lorsque le Seigneur envoya les apôtres prêcher son Évangile, il devait sans doute prévenir de leur part tout sujet de scandale. Cependant il leur permit d’user de tous les aliments sans restriction, puisqu’il leur ordonna, partout où ils seraient accueillis, de vivre absolument comme les autres, de manger et de boire ce qu’ils trouveraient sur la table. L’Apôtre, qui, par les lumières de l’esprit de prophétie dont il était éclairé, prévoyait que dans la suite on s’écarterait de cette céleste doctrine, qui est aussi la sienne, avertit son disciple Timothée d’y prendre garde; voici ses paroles : « Or l’Esprit dit expressément qu’aux derniers temps quelques-uns déserteront la foi, s’adonnant aux esprits séducteurs et aux doctrines des démons, enseignant des mensonges par hypocrisie, défendant de se marier, commandant de s’abstenir des aliments que Dieu a créés