‹ Abailard et Héloise; essai historiqueChapitre 26 sur 66 · I.KTTRK ll’lIKI.OÏSF · texte numérisé non relu

I.KTTRK ll’lIKI.OÏSF

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Sjiint Iknoit, convaiiitu de cet aftaisseiiient et des modifications qu’il rendait nécessaires, avoue lui-même qu’il a tellement tempéré l’austérité* de la vie monastique, que sa règle, comparée à celle des premiers moines, n’est autre chose qu’une institution d’honnêteté, une simple éhauchc de société; religieus<* ; car il dit : « Nous avons fait cette règle, afin de montrer de quelque manière, en l’obsen ant, que nous possédons l’honnêteté des mœurs et le germe des vet tus de notre profession. Celui qui vise à une perfection plus haute de l’état religieux pourra consulter et observer la doctrine des saints Pères, dont la pratique conduit les hommes aux sommets élevés de la perfection. » Ensuite : M Vous donc, hommes impatients d’arriver à la céleste patrie, efforcez-vous d’acÆomplir, par l’aide de Jésus-Christ, ces préludes de vie (dirétienne et régulière, et passant, avec la protection du Seigneur, à de plus rigides observances, vous poserez enfin votre jiied triomphant sur les hauteurs sublimes de la vertu. »

Les saints Pères, dit-il, lisaient chaque jour tout le Psautier; mais la tiédeur du siècle l’a contraint à distribuer cette lecture dans le courant d’une semaine entière, en sorte que la tâche de ses religieux est inférieure à celle des clercs.

Qu’y a-t-il de plus contraire à la profession religieuse et à la mortification monacale, que ce qui fomente la luxure, excite les troubles, et dtitruit en nous celte image même de Dieu qui nous élève au-dessus de tous les autres êtres? Je veux parler du vin. L’Ecriture le présente comme le plus dangen'ux des aliments, et défend de s’y livrer. Et le grand Salomon, dans ses Proverbes, dit : « Dans le vin est la luxure, et dans l’ivresse sont les troubles. Quiconque y fait consister son plaisir ne deviendra point sage. A qui malheur? au père de qui malheur? à qui les querelles? à

A ABAII.AUD.

qui les précipices ■? à (piilcs blessures sans sujet? à qui les yeux rouges et ineurti’is, sinon à ceux qui passent le temps àboiredu vin et qui mettent leur plaisir à vider les coupes? Ne regardez pas le vin lorsqu’il parait clair, et que sa couleur brille dans le verre. 11 entre agréablement ; mais à taün il mordra comme la couleuvre, et répandra son venin comme le basilic. Vos yeux alors verront les étrangères, et votre cœur dira des choses déréglées. Vous serez comme un homme qui dort au milieu de la mer, comme un pilote assoupi qui a perdu le gouvernail, et vous direz ; Ils m’ont battu, mais je ne l’ai pas senti ; ils m’ont entraîné, et je ne m’en suis pas aperçu. Quand me réveillerai-je et trouveraije encore du vin ? » Et plus loin : « O Lamuel, ne donnez point devin aux rois, car il n’y a point de prudence là où règne l’ivresse ; craignez (pie le vin ne leur fasse oublier la justice et ne nuise à la cause des enfants du pauvre. » 11 est dit dans l’Ecclésiastique : « Le vin et les femmes font apostasier les sages, et jettent dans l’opprobre les gens sensés.»

Saint Jérôme, écrivant à Népotien sur la conduite du clergé, s’indigne de ce que les prêtres de l’ancienne Loi, évitant avec soin tout ce qui peut enivrer, surpassent dans ce genre d’alistinence ceux de la nouvelle. « Ne sentez jamais le vin, dit-il, de peur que l’on ne vous dise avec le philosophe : Ce n’iist pas ofl'rir un baiser, mais présenter du vin. » L’Apôtre condamne les prêtres qui aiment le vin, et l’ancienne Loi leur en défend l’usage : « Que ceux qui servent l’autel ne boivent ni vin ni bière. » Par la bière, les Hébreux entendaient toute espèce de boisson fermentée, distillée ou filtrée, soit de moût et de levure, soit de jus de pomme ou de suc de miel; soit encore les infusions d’herbes, de graines, la liqueur de palmier, les sirops, enfin tout ce qui pouvait enivrer : « Tout ce qui peut enivrer et obscurcir la raison, fuyez-lc comme du vin. »

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Voilà donc le vin rctranrlié des délices des rois, absolument interdit aux prêtres, regardé comme le plus dangereux des aliments. Cependant saint Benoît, ce souffle de l’Esprit-Saint, en permit l’usage à ses moines, à cause du relâchement du siè< le ; « Sans doute, dit-il, nous voyons que le vin ne convient nullement aux moines ; mais comme dans notre siècle il n’est pas possible de leur persuader « ela, etc. »

Il avait sans doute lu ce qui est écrit dans la vie des Pèi ■es : « üuelqu’un rapfmrta un jour à l’abbti Pasteur qu’un certain moine ne buvait pas de vin ; il répondit : Les moines «loivent s’en abstenir. » Et plus loin : « Un jotir on célébrait des messes dans le monastère de l’abbi'; Antoine : il s’y trouva un vase r<>mpli de vin; un des vieillards en versa dans une cou})e, et le présenta à l’abl)é Sisoï. C<'Iui-ci l’accepta, et en but jusqu’à deux fois ; mais à la troisième fois qu’on lui en offrit : Assez, mon fri-re, répondit-il; ignorez-vous que c’est le démon? » — Le saint ablH' nous fournit encore un trait do cette morale, lorsque ses disciples lui demandèrent : « Si le jour du sabbat on du «linianche l’on vient à boire trois verres de vin, est-< e ti-op? — Ce ne serait pas trop, répondit le sage vieillard, si le démon n’était pas dedans. »

Dites-nioi, je vous prie, en quel endroit les viandes ont jamais été condamnées par le Seigneur ou interdites aux moines. Remarquez bien à quelle nécessité saint Benoit dut sacrifier, en tolérant, par une dispositon adoucie de la règle, le vin, qui est incontestablement la chose la plus d.mgereuse pour les moines, et qu’il avoue lui-même ne point leur convenir. .Mais il a reconnu qu’il était impossible de persuader l’abstinence de cette liqueur aux moines île son temps.

J1 serait à souhaiter que de semblables concessions

A AttAILAHl).

fuss«‘iit faites à noire é|>oqiie, relalivoment à toutes les choses qui n’étant ni Iwnnes ni mauvaises par elles-mêmes, sont indifférentes. Ainsi les austérités, qui ne sont phis dans l’esprit du siècle, cesseraient d’être, obligatoires ; ainsi les religieux conserveraient pleine et entière liberté dans les choses indiHérenlcs qui ne peuvent produire le scandale, et la prohibition se bornerait à ce qui est véritablement péché. A l’égard de la nourriture et des vêlements, le couvent devrait se contenter de ce qu’il y a de plus simple et de moins cher : en toutes choses le strict nécessaire, point de superflu.

En effet, il ne faut pas s’occiqjer Iteaucoup de ce qui ne nous prépare point au royaume de Dieu, ou qui ne nous élève point en grâce auprès de lui : telles sont les pratiques extérieures ([ue les réprouvés partagent avec les élus, et les hypocrites avec les vrais dévots. La ligne profonde de démarcation qui s<‘pare les juifs et les clfi’étiens n’est autre chose que la distinction de ces faux dehors avec les mouvements intérieurs d’une piété sincère. C’est pourquoi, entre les fils de Dieu et ceux du démon, la distinction ne peut être faite que par la charité, la charité, qui, selon la parole de r.\pê)lre, est la plénitude de la loi et la fin des commandements. Aussi, rabaissant le mérite des œuvres pour mettre au-dessus d éliés la justice de la foi, saint Paul apostrophe ainsi le Juif : « Oii est donc, le sujed de te glorifier? il est exclu. Par quelle loi ? Est-ce par la loi des œuvres? non, mais par la loi de la foi. » Nous concluons donc que le patriarche est justifié par la foi sans les u;m l es de la loi. 11 dit encore : « Certes, si Abraham a été justifié par les œuvres, il a de quoi se glorifier, mais non pas em’ers Dieu. Car que dit rhxriture? Abraham a cru à Dieu, et cela lui a été imputé à justice. » Et, continuant : « A celui, dit-il, qui ne fait pas les œuvres, mais qui croit en

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