‹ Abailard et Héloise; essai historiqueChapitre 32 sur 66 · LEHRE · texte numérisé non relu

LEHRE

D’ABAILARD A HLLOiSE

(nUQUENT)

L’office du culte divin se compose de trois éléments. Le docteur des Gentils, dans l’Épître aux Éphésiens, l’établit ainsi quand il dit ;

« Ne TOUS enivrez pas dans le vin, qui renferme la luxure; mais remplissez-vous de l’Esprit, vous entretenant de psaumes, d’hymnes et de cantiques spirituels, chantant et psalmodiant le nom du Seigneur dans vos cœurs. » Et encore dans l’Épître aux Colossiens, il dit :

« Que la parole du Christ habite en vous abondamment et en toute sagesse ; instruisez-vous et exhortez-vous les uns les autres par des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituels, chantant de cœur et avec édification les louanges du Seigneur. »

Les psaumes et les cantiques, ayant été fournis de toute antiquité par des livres canoniques, n’ont besoin ni de nos efforts, ni des travaux de personne pour être composés aujourd’hui.

LETTRE 1) ABAILAUn

Quant aux hymnes, comme elles ne tiennent pas une place distincte dans les saintes Écritures, quoique certains psaumes portent le nom d’Hymnes ou de saints Cantiques, ce furent les Pères qui s’en occupèrent en divers passages de leurs écrits ; on fit des hymnes particulières appropriées aux temps, aux heures, aux fêtes diverses; et c’est ce qu’aujourd’hui nous nommons hymnes dans le sens propre du mot, quoique anciennement on nommât indifléremment hymnes ou psaumes tous les Cantiques sacrés composés suivant un rhythme ou un mètre régulier. C’est ainsi qu'Eusèbe de Césarée, au chap. 17 du livre ii* de son Histoire ecclésiastique, rappelant l’éloge que le savant juif Philon faisait de l’Église d’Alexandrie à l’époque de

saint Marc, ajoute entre autres choses ' Et un peu plus

loin, au sujet des psaumes nouveaux qu’ils composent, il ajoute ; « Et ainsi non-seulement ils comprennent les hymnes subtiles des anciens, mais ils en composent de nouvelles à la louange de Dieu, les modulant sur tous les mètres et sur tous les tons, avec une harmonie pure et suave. »

Sans doute il est permis de donner le nom d’hymnes à tous les psaumes composés en hébreu suivant certain rhythme et certaine mesure, et avec une douceur qui tient du miel. Ce nom rentre même dans la définition de l’hymne,

t Le copiste a passé tes parotes d'Eusèbe, et rien dans le texte n'indique cette lacune, itbaitard citait probablement le passage du cbap. XVII, que traduit ainsi le président Cousin, dans sa traducliun i\es Historiens de l'Église, tonie l'f, pag. 09, in-4“, Paris, 1075 : • Il » y n dans chaque habitation (des thérapeutes) un monastère où ils • célèbrent seuls les saints mystères, sans y rien porter pour boire, t> i>our manger, ni pour les autres nécessités du corps, niais seule- > ment les livres de ta loi, des prophètes, et des hymues propres ù U entretenir et h accroître la science et la piété. »

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A HÉLOÏSE

telle que nous l’avons donnée dans notre première préface. .Mais comme les psaumes, en passant de l’hébreu dans une autre langue, ont perdu leur rhythme et leur mesure, c’est avec raison que l’Apôtre, écrivant aux Ephésiens, qui sont des Grecs, a stiparé des psaumes les hymnes et les cantiques.

C’est au sujet de ces hymnes, chères filles en Jésus- Christ, que vous avez souvent sollicité notre faible génie par vos prières, en ajoutant les causes qui nécessitaient votre demande ; et nous, avec la grâce de Dieu, nous nous sommes rendus en partie à cette demande. En effet, dans lo livre précédent, nous avons renfermé des hymnes quotidiennes de fériés qui puissent suffire à toute la semaine.

Nous les avons composées, pour que vous le sachiez, de telle sorte qu’il y a double chant et double rhythme, une mélodie commune pour tous les nocturnes et une autre pour les chants diurnes.

Nous n’avons pas omis non plus l’hymne de grâces après le repas, suivant qu’il est écrit dans l’Evangile : « Et ils sortirent après l’hymne récitée. »

Et quant aux hymnes qui précèdent, en les composant nous avons été dirigés par cette pensée que les nocturnes doivent contenir les œuvres de leurs fériés, et que les diurnes doivent contenir l’exposition allégorique ou morale de ces œuvres ; si bien que l’obscurité de l’histoire soit réservée pour la nuit, et la lumière de l’exposition pour le jour.

Il vous reste maintenant à m’aider de vos prières pour que je puisse vous transmettre le petit présent que vous désirez

LETTRE

D’ABAILARD A HÈLOISE

^fraombnt)

Dans les deux livres précédents j’ai réiuii les bymnes quotidiennes des féi ies et celles qui sont particulières aux solennités diverses ; reste juaiutenant, pour la gloire du Roi céleste et pour l’encouragement des fidèles, à exalter dans des hymnes, suivant la mesure de nos forces et par de justes louanges, la cour du suprême palais. Dans cette œuvre, mon principal soutien sera le mérite de ceux dont je célébrerai la glorieuse mémoire, suivant ce qui est écrit; « La mémoire du juste sera louée », et encore : « Louons les hommes glorieux, etc. »

Et vous, mes très-chères sœurs, vouées à Jésus-Christ, vous dont les sollicitations m’ont fait entreprendre celte œuvre, joignez à mes efforts la diivotion de vos prières. Vous souvenant do ce bienheureux législateur qui a fait plus en priant qu'un pcaiple entier en coinbatlant. El pour que votre charité ne m’épargne pas vos prières, songez avec quelle prodigalité nous avons exaucé vos deinandesi

LETTRE ü'ABAILARU A HÉLUÏSE.

En essayant de louer la grâce divine suivant notre faible génie, nous avons compensé par la multitude des hymnes ce qui pouvait nous manquer du côté de l’éloquence, comjHJsant des hymnes particulières pour chaque nocturne de chaque solennité, tandis que jusqu’à ce jour on ne chantait qu’une hymne aux nocturnes des fêtes et des fériés. Nous avons fait quatre hymnes pour chaque fête, afin qu’on puisse chanter une hymne à chaque nocturne, et qu’il y en ait encore luie pour les laudes. Nous avons en outre établi, à l’égard de ces quatre hymnes, que,, pour la vigile, on joindrait deux hymnes en une, et que les autres seraient également réunies pour être chantées aux vêpres le jour même de la solennité; ou bien qu’en les distribuant ainsi deux à deux pour chaque vêpres, on chanterait une de ces hymnes avi-c les deux premiers psaumes, et l’autre avec les deux derniers. J’ai composé également, il m’en souvient, cinq hymnes pour la croix, dont la première convient à chaque heure, invitant le diacre à enlever la croix de l’autel, et à l’apporter au milieu du chœur pour l’offrir à l’adoration et au salut, afin que la solennité puisse, à chaque heure du jour, se passer en présence de la croix

LETTRE

A ma Irés-cbére soeur Héloïse, respect et amour en Jésus-Christ,

Ayant achevé dernièrement, à l’aide de vos prières, le recueil d’Hymnes et d’ Antiennes que vous m’avez demandé, je rae suis mis aussitôt à composer quelques sermons pour 'ous et pour vos filles spirituelles du Paraclet. J’ai travaillé 'ite,contre mon habitude. Plusoccupé de la leçon de l’Écriture que du sermon lui-même, je m’attache à exposer clairement la doctrine chrétienne, non pas à écrire avec éloquence; je recherche le sens de la lettre, non pas les ornements de la rhétorique. Et peut-être un style négligé aura-t-il cet avantage sur une diction plus élégante, que, par son abandon même, il s’accommodera plus facilement il l’intelligence de vos ûmes simples, et leur rendra les vérités de la religion plus accessibles. Relativement à celles qu’ils doivent instruire, le naturel et la naïveté de ces sermons seront en quelque sorte un ornement, une délica-

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