‹ Abailard et Héloise; essai historiqueChapitre 47 sur 66 · TÉMOIGNAGES DES ANCIENS · texte numérisé non relu

TÉMOIGNAGES DES ANCIENS

CUNCEUNANT IIÊLUÏSE ET ABAILAKÜ

TESTIMONIA YETEIUiM

l'KTHO ABÆI-ARDO ET IIEEOISSA'.

OTHO El'ISCOl’l'S KRISENGENSIS, un. I, nr. nFm X r.ExTis F»inEmni i, impfh. — c>p. xrvii, vi.vm et xi.ix.

XII' XIÈ.rl.F,-

Erat aiitom Bx'mardtis Clarævallonsis abt)as, tàin ex christiana' irligionis fenore /f'Iofypiis, quàm ex liabitudinali mansiieludine, qiiodammodô eredulus; nf et magis- Iros, qui hiimanis rationibiis, seculari sapientiâ eoiifisi, nimiùm inhærebant, atdiorreref, ef si quieqiiam ei rlirislianæ fidei absoniiin de lalilnis (beeredir, facile aiirem p^beret. Ex qiio faetuni est ut, non multô ante hos dies, ipso auetore, priniô ab episeopis Galliæ, post ii Romano Pontificc Petro Abœlardo silentiuin impositum fiieril. Petnis iste ex eâ Galliæ provineiâ, qiia* niinr ab incolis

I Nous avons sous les jeux une liste de cent soixante quinze auteurs qui ont parlé d'Abailard. ^oos en citerons seulement quelqiies-uns, sans oliserver scriipiitenseiiieiit l'ordre chroiiolii;>i(|ur.

TKSÏIMOMA VETKRIM.

Xit

Hritannia dicilur, oriÿfinem trahens (est eiiiin prædicta terra clerieorum ^outa ingénia et artibus applic'ata habentinm, sed ad alla negotia penè stolidorum, ferax), is, inqnam, litterarnm studiis, aliisquc facetiis ab ineunte ætate deditnsfnit, sed Uini arrogans, snoque tantum ingenio oon- (idens, nt vix ad andiendos magistros ab altitudine mentis suæ hiimilianis descenderet. Habuit tamen primo præ- «■eptorem Rozelimnn quemdam, qui primus nostris temjKtribus in Logieâ sententiam Voeum instituit : et post ad gravissimos viros Ans<‘lmum Laudunensem, Guillielmum {àunpellensem Catalauni episcopum migrans, ipsorunique dietorum pondus, tanquàm subtilitatis acumine vacuum judicans, non diii sustinuit. Inde, magistrum induens, Parrbisios venit, plurimùm in inventionum siibtilitate non solùm ad pbilosophiam necessariarum, sed et pro oominovendis ad jocos animis hominum ut ilium valens. Ubi occasione quâdam satis notâ non benè tractatus, monaclnis in monasterio Sancti Dionysii eflectus est. Ibi diu noctuque leetioni ac meditationi incubans, de acuto acutior, de litterato effuâtur litteratior : in tantum ut, post aliquod tentpus ab obeflientiâ abbatis sui solutus, ad publicum prodiret, docendique rursùs officium assumeret. Sententiam ergo Vocum seu Nominum in naturali tenens facultate, non cauU* tbeologiæ admiscuit. Quar»;, de sanctà Trinitate docens et scribens, très personas qnas sancta Eeclesia non vacua Nomina tantùm, sed Res distinctas, suisque propi ietatibns discretas, hactenùs et piè credidit, et lideliter docuit, nimis attenuans, non bonis usus exemplis, inter c.etera dixit : « Sicut eadem oratio est propositio, assumptio, et conclusio : ità eadem essentia est Pater, et Filins, et .Spiritns sanctus. » Oh hoc Suessionis provinciali contra cum synodo sub præsentiâ Romaine Sedis Legati congregatâ. ab egregiis viris, et nominatis magisiris, Alberico

TESTIMOMA VETER» M. ü.'!;)

Retnense, et Leulaido Novariense, Sabeilianus hæreticus judiratus, libres quos odiderat, proprift manu ab cpiscopis igiii darc coactus est : nuUd tibi retpondendi facultate, eo qu()d disceptandi in eo peritia ab omnibus suspecta lial)eretur, concessâ. Hæe subLodovico seniore Francoruni rege facta sunt.

(^ap. XLVlll. — Post hæe, dùm rursùs pluribus diebus legeret, maximamque post se sociorum inidtitudinem traheret, sedente in urbe Româ Innocentio, in Franciâ vero Lodovico superioris Lodovici fdio régnante, al) Episcopis abbateque Bernardo denuô ad audientiain apud Senonas evocatur, præsentibus Lodovico rege, Theobaldoque Palatino comité, et aliis nobilibus, de popnloqne innumeris. Fbi dùm de fide suftdiscuteretur,seditionem populi timens, Apostolicæ Sedis præsentiam appellavit. Episcopi verù simul et abbas, missâ ad Romanam Eoclesiam legatione, ac eis pro quibus impetebatur capitulis, damnationis ejus

sententiam in litteris reportaverunt

Cap. XLIX. — Petrus danmationem sui dogmatis à Romanà Ecclesià confirmatam cognoseens, ad Cluniacense eœnobium se contidit, Apologcticum scrilæns, prædictorum capitulorum partim verl)a, ex toto autem sensum negans qui sic incipit : « Ne juxtà Boetianum illud proœmiis nihil atferentibus tempus teratur, ad rem ipsam veniendum est, ut innocentiam meam ipsa rerum veritas pf>liiis quàin verl)orinn excuset prolixitas. » Hæe auleni pauca de imdtis contra eum posita sufficiant capitula :

« OiM>d Pater sit plena potentia. Filins qiuedain potenlia, Spiritus sanctus nulla potentia.

« UikhI Spiritus sanctus non sit de siibstantiA Patris.

« Uutxl Spiritus sanctus sit anima miindi.

« Uuôd Christus non assumpsil carnem, ni nos à jiigo diaboli lilærarel.

TESTIMONU VF.TKIltM.

« Qik'kI non p<‘ccHvcrnnl qni (Ilirislnni ijfnoranlor rrncifixoriint. »

Ipso vprô non niiiKis post (liol)iis roràm frafrihiis suis fidom suam Inmiililor nxponons, in oodom vifam finivit cœnoliio.

TRAnn-riox.

Rornard était alors ahln' de (ilairvaux. Sa douceur habiliiello et son zèle ombrageux pour la religion le rendaient naturellement crédule. Il avait en horreur les maîtres qui crovaient à la sagesse du siècle, et qui étaient trop attachés à la raison humaine. Aussi prètait-il facilement l'oreille à toutes les accusations dirigées contre eux au sujet de la foi chré— tienne. Ce fut à son instigation ipie les érècpies de France et le souverain Pontife imposèrent silence à Pierre Ahailnrd. Ce Pierre était de la province de France que ses habitants

nomment aujourd'hui Bietagne Dès son jeune âge, il

s'applitpia tout entier à l’étude des lettres et aux exerriees de l’esprit; mais il était si présomptueux et si plein de confiance dans son génie, qu’il consentait à jjeine à descendre des hauteurs de son intelligence pour écouler les leçons de ses maîtres. Il eut d’abord pour précepteur un nommé Rozelin, qui le premier, dans notre siècle, introduisit dans la logique le système nominaliste. I) visita ensuite les savants professeurs Anselme de laon et Guillaume de Champeaux, évêque de Châlons, et se lassa bientôt de leurs graves enseignements, |.‘arce qu’ils manquaient à ses yeux de subtilité et de finesse. Maître lui-même, il vint k Paris, et déploya une grande sagacité dans toutes les matières de la philosophie, en amusant les esprits par les ruses et les détours de la scolastique. Maltraité dans une circonstance bien connue, il prit l’habit de moine dans le monastère de Saint-Denis. Là, courbé nTiit et jour sur les livres, enfoncé dans la méditation, il aiguisa encore son esprit, déjà si pénétrant, il agrandit le trésor de sa science,

TESTIMONIA VETERIM. 337

et délivré hientôt de l’obéissance envers son abbé, il se présenta derechef en public, et reprit le cours de ses leçons

Dans le synode provincial qui fut réuni contre lui à Soissons, sous la présidence du Légat du Saint-Siège, il fut déclaré hérétique sabellien, et forcé par les évêques à jeter au feu de sa propre main le livre qu’il avait composé; et la liberté de répondre et de se justifier lui fut refusée, tant on avait peur de son habileté consommée dans la dialectique. Ces choses se passèrent sous I.^)uis-le-Jeune, roi de France.

Chap. XLVIII . — Plus lard, le succès et l’influence extraordinaire de ses leçons provoquèrent la réunion d’un nouveau concile à Sens, auquel assistèrent le roi Ixmis, Thibault, comte |)alatin, et une foule de nobles. Pendant qu’on discutait ses principes, craignant une sédition du peuple, il lit appel au Saint-Siège. .Mais les évêques et l’abbé de Clairvaux se hâtèrent d'envoyer à Rome des messagers portetirs des chefs intentés contre lui, et qui revinrent aussitôt avec une lettre d’innocent, contenant la condamnation d’Abailard.

Chap. XLIX. — Celui-ci, connaissant que la sentence des évêques avait été confirmée par l’Église romaine, se retira dans le monastère de Cluny, et composa une Apologie, où il rejette en partie les textes hérét'ques qu’on lui attribue, et

proteste de son orthodoxie

Peu de temps après, il mourut dans le même monastère, en présence de ses frères, et dans tous les sentiments de l’humilité et de la foi.

SANCTÜS BERNAllDUS.

Page 1