‹ Abailard et Héloise; essai historiqueChapitre 5 sur 66 · X\II · texte numérisé non relu

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ESSAI III8TOHI0I F.

niom emenliiiielleduel passât des écoles dans la sot ' Les tentaliTcs d’affrancliisseinenl politique qui dotiïième siècle> ont coïncidé en France avec le n vement philosophique , bien ({ue nées do la ni source, en demeuraient toul-à-fait séparées. Ijes lies de la liberté naissaient également dans les diverses rières de l’activité humaine ; partout on cominenei se sentir la force et le désir <i’avancer, mais san rallier à des principes communs et se porter mutut ment secours. Iæs mêmes bourgeois qui se forma en communes pour arracher à leur suzerain ecclés ti(pie ou laïque la reconnaissance de leurs droits m cipaux, auraient lapidé en qualité d’hérétique l’imi dent logicien qui leur aurait parlé de réclamer droits de la raison contre les autorités théologieji et parmi les écrivains philosojdies cpii ont parlé premières tentatives d’affranchissement municipal n’en est presque aucun qui ne se soit prononcé a indignation contre ces associations exécrables, inou qui se formaient alors sous le nom de communes.

Ainsi , indépendants l’un de l’autre , le mouvem populaire et le mouvement littéraire ont chacun séj liment suivi leur cours. L’état des lettres en Frai a constamment porté et porte encore la trace de et séparation. Elle a puissamment influé sur les mœurs « classes éclairées , en les accoutumant à un exercice d’ prit et à des jeux d’imagination sans rapport avec faits extérieurs. Il en est résulté sur plusieurs points ii habitude de faux et de factice qui n’a jras borné s influence aux productions littéraires; les affections n turelles ont été détournées de leur véritable voie; oi soumis les sentiments et les relations de la vie à n sorte de règle poétique qui substituait l’élégance à

rootitude, et devenait beaucoup plus favorable à la dêlicntesse des passions (ju’à l’observation dos devoirs. L’amour , tel que nous l’avons vu professer dans le dix-huitième siècle, est le produit de cette morale toute littéraire. Il est asse* singulier do le rencontrer sous les mêmes traits au commencement du douzième ; la vio d’Abailard nous offre un des exemples les plus remarquables de ce genre d’exaltation romanesque qui a caractérisé nos temps modernes.

Abailard était arrivé , selon quelques-uns , à trente-huit ans , mais plus prolMiblcment à trente-quatre ou trentecinq , sans que les faiblesses de l’amour fussent venues se mêler à la sévérité de ses occupations. L’agitation de sa fortune, et cette avide impatience de renommée que ses premiers succès devaient plutôt exciter que satisfaire, avaient jusqu’alors absorlié l’ardeur do son ûge et de son imagination. L'élévation de ses penchants lui inspirait, ainsi qu’il nous l’apprend lui-même, une grande aversion pour les commerces honteux et les plaisirs faciles , en même temps c|ue ses travaux lui interdisaient ceux qu’il aurait fallu poursuivre avec plus de temps et de soin dans o la société des nobles femmes. » Il n’avait donc jamais songé à chercher les succès que lui pouvaient promettre sa figure, les agréments de son esprit, le talent de la poésie qu’il joignait, dit-on, nu mérite philosophique , une belle voix pour accompagner ses vers et une grâce infinie à les chanter. L’ame passionnée d’Héloïse se plaisait encore, après de longues douleurs , à i-etracer le tableau des agréments qui avaient charmé sa jeunesse. D’autres témoignages encore que le sien nous ont appris que les femmes du temps d’Abailaixl avaient senti l’importance de son mérite et y avaient été sensibles. lorsque l’éminence de sa situation eut

KSSAI HISTORIQI’E

attiré sur lui les regardsdu public, elles se passionné: pour un boinnic célèbre en qui elles trouvaient homme aimable. Il se vit, nous dit-il, maître de clu entre elles sans crainte d’éprouver un refus; niais il r chercha qu’une seule, et pour aimer, il attendait Hélc Héloïse était la nièce d’un chanoine de Paris non Fulhert; quelques-uns disent sa fille naturelle. D’an la donnent pour fille naturelle d’un prêtre nommé Yc d’autres pour alliée des Montmorency : peu importe peine âgée de dix-huit ans, elle possédait, autant qu en peut juger par les expressions de son amant , ce «i faut d’agrément jiour donner de la grâce au méi d’une femme, et, malgré sa jeunesse, ce mérite c déjà célèbre. Ce que nous connaissons d’Héloïse ne j) lais.ser d’incertitude sur l’étendue de son esprit, l’é vation de son âme , la force de son caractère , la chah de son imagination, son talent d’écrire, son goût p( la science telle qu’on la connaissait alors. Élevée cl les religieuses d’Argenteuil, elle y avait appris les la gués savantes , dont la connaissance était alors recoi mandée aux couvents de filles, comme nécessaiie l’intelligence des jirières de l’Église et des livres saint les i>oètes et les philosophes anciens lui étaient au familiers. Sa passion pour les lettres avait rendu si cœur sensible à une grande gloire littéraire et prépar: d’avance le succès d’Abailard. Animé par l’amour l’espérance , il voulut plaire enfin et y parvint sans pein Un commerce de lettres dont la science fut peut-être prétexte, mais non pas le sujet, permit les aveux qi n’aurait osé prononcé la bouche ; et , toujours plus amoi reux, Abailard chercha les moyens d’amener les occ sions plus fréquentes et les relations plus familières si lesquelles il fondait l’espoir de son triomphe.

SIB ABAILARD ET UÊEOÏSE. XXV

Fiilbci-t, orgueilleux de la supériorité de sa nièce, croyait ne f>ouvoir faire assez pour donner à ses talents tout le développement dont ils étaient susceptibles; et dans ce respect passionné pour la science ijui séduit quelquefois les esprits simples comme parait l’avoir été celui du chanoine , il poussait sans relâche Héloïse à l’étude et ne négligeait pour elle aucune occasion d’apprendre. Abailard, par l’intermédiaire de quelques amis, fit proposer à Fulbert de le prendre en pension chez lui au ]>rix qu’il voudrait. L’embarras des soins du ménage, incompatible avec les études philosophiques, la trop grande dépense qui en résultait pour lui, la commodité que lui ofl'rait la maison de Fulbert, située près des écoles , tels furent les motifs apparents de la demande d’Abailard. Fulbert en eut deux pour accéder avec empressement à la proposition : l’avantage pécuniaire qu’il comptait trouver dans ses conventions avec ce philosophe riche et insouciant, et surtout la joie inespérée de voir Héloïse approcher de la source de toute science , et l’espérance qu’il en rejaillirait sur elle quelques gouttes. Sans laisser à Abailard le temps de former un désir à cet égard , il le supplia avec ardeur de donner à sa nièce les moments dont il pourrait disposer, soit à son retour des écoles , ou à toute autre heure du jour et même de la nuit, lui remettant sur elle une entière autorité , jusqu’à le prier d’user de contrainte , s’il était nécessaire , et de punir sa négligence ou sa mauvaise volonté. Abailard lui-même s’étonna de l’excès d’aveuglement qui allait ainsi au-delà de ses vœux; mais, trompé par les idées qui le préoccupaient, par la gravité des mœurs d’Abailard , par la distance où le plaçait d’Héloïse la hauteur de sa réputation , Fulbert ne vit en lui qu’un savant docteur, dans sa nièce qu’un enfant,

ESSAI HISTOBIQIE

cl il ne supposa pas entre eux d’autres relations p< que celles du maître et de l’écolière. Telles que li cevait Fulbert, elles étaient singulières, car i permis à Abailard, pour faire faire à Héloïse sa y( les menaces et les coups. Abailard réussit par <1 douces voies, et, en nous instruisant de son bonhe laissé peu de chose à deviner sur le détail de ses pl Sa passion fut sincère et violente; mais, au in< où écrivait Abailard, elle avait perdu son en l’amour n’animait plus pour lui ces tableaux qu il peut rendre touchants; la crudité est dan expressions, autorisées ou nécessitées par l’usât latin, rendues familières par l’habitude des disserb théologiques , et naturelles à cette situation d’;ur le remords s’unit aux regrets. Un effet tout conl résulte dos écrits où, après de longues années d’abs< Héloïse se rappelait ces temps de bonheur et d’ivr elle exprime beaucoup plus en disant beaucoup mt elle rappelle, mais ne détaille point; au moment ni où Héloïse se livre à la peinture des sentiments les vifs, une délicatesse de femme écarte toute image pable de réveiller, dans celui à qui elle s’adresse, 1’ des plaisirs qui ne sont plus, pour porter l’imagina tout entière sur la douleur de leur perte.

Livré à des jouissances si vives et si nouvelles, Abail oubliait tout le reste; ses vers ne parlaient plus t d’amour, et la douce mélodie de ses chants, gravés d, la mémoire des plus ignorants , portait au loin le n d’Héloïse, et le faisait retentir dans les maisons et sur places. Héloïse ne concevait plus d’autre honneur i] celui de son choix, et se perdait, pour ainsi (tire, d.n la gloire de son amant. Le devoir de lui complaire d vint pour elle celui devant lequel disparaissaient to

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les autres; en vain des scrupules renaissaient quelquefois dans son àine; en vain le retour du dimanche, d'une fête solennelle, alarmait sa dévotion sur des plaisirs défendus ; tout cédait à un ascendant auquel elle n’imaginait meme plus qu’il lui fût permis de résister.

Plusieurs mois se passèrent sans que rien vînt, je ne dis pas troubler, mais réveiller ces deux âmes engour>dies dans une sorte de sommeil magique. Tout amour du travail, toute passion même de la gloire étaient éteints dans le cœur d’Ahailard ; incapable d’étude , il se rendait avec répugnance aux écoles, et impatient d’en sortir, il y répétait languissamment d’anciennes leçons que son esprit énervé n’avait plus même la force de rajeunir. Ses disciples virent avec consternation la chute de leur maître , et le deuil se répandit dans toute la nation philosophique. Le public ne pouvait être longtemps discret : ce qui faisait l’entretien de tous arriva enfin aux oreilles de Fulbert; su douleur et son indignation égalèrent la confiance où il avait vécu jusque alors ; Abailard sortit de che* lui confus, accablé de remords, déchiré d’une si cruelle séparation , mais indifférent à ses propres maux , pour ne sentir que le malheur d’Héloïse qui , de son côté , ne paraissait souffrir que de l’humiliation et de la rougeur qui couvraient le front de son amant. Tel est le récit que nous fait Abailard , récit touchant et naturel malgré la recherche des formes. Ils se quittèrent plus unis, plus passionnés que jamais, et peu de temps aj>rès, Héloïse, s’apercevant qu’elle était grosse, en instruisit Abailard avec transport et orgueil. Choisissant alors une nuit oii Fulbert se trouvait absent, il l’enleva déguisée en religieuse , et la conduisit en Bretagne chez sa sœur, connue seulement sous le nom

ESSAI HISTORIQIE

lie Denise. l.à,elle accoucha d’un fils qui fui non Astrolabi; ou Astralabe.

Fulbert furieux , [irèt à se porter à toute sorte violences contre l’auteur de son affront, était cepent retenu par sa tendresse pour Héloïse. Il pouvait craiii que, dans le pays d’Ahailard, au milieu des siens, ne devînt à son tour la victime de leur vengeai Ahailard n’en crut pas moins devoir prendre des j cautions contre les efforts que Fulbert aurait pu ter pour s’emparer de sa personne. Un telétatde choses pouvait durer, et pourtant il ne se présentait, pour le fî cesser, ciu’un moyen extrême , le mariage , dégradai inouïe pour un clerc, un chanoine, un philosophe, h lant de toutes les gloires théologiques, en roule p« arriver aux plus hautes dignités de l’Église. Ahailard détermina cependant à faire cesser les maux qu’il ax causés, à se délivrer lui-même des remords que faisait éprouver la trahison dont il s’était rendu coupât et, s’excusant sur la force de l’amour « et tes exemp de tant de grands hommes dont, à partir des premii jours du monde, les femmes ont causé la ruine, » il a trouver Fulliert, implora son pardon, et lui proposa (jue celui-ci n’aurait pu se permettre d’espérer, « d pouser Héloïse , à cette seule condition (jue , jiour sam d’un tel scandale la réputation d’Abailard , le maria demeurerait secret ' . » Fulbert consentit à tout ; Abaila reçut de lui et des siens des assurances de paix et

I Gervaise observe qu’en ce temps-là il n’élait pas besoin d’aut: de cérémonies qu'aujourd'hui pour la validité d'un mariage ca(l lique : le concile de Trente et les ordonnances des princes n'avaie pas encore imposé les lois et les formalités auxquelles on a été, pl tard, obligé de se soumettre.

<ÏLn ABAILARD ET HÉLOÏSE-

parfaite réconciliation que confinnèrent des einbrasseinents mutuels.

Abailard se rendit en Bretagne pour en ramener Héloïse, et accomplir sa promesse de l’éjiouser. Consternée à la nouvelle (|u’il lui en apporta, Héloïse s’opposa de tontes ses forces à un pareil sacrifice ; sacrifice inutile, disait-elle , car son oncle n’avait point pardonné et ne jiardonnerait point. « Quel honneur d’ailleurs i)0uvait-il lui revenir de ce ipii ternirait la gloire d’Abailard? De quel crime n’allait-elle pas se rendre coiqiable envers le monde entier en lui enlevant une telle lumière? Quelles ne seraient pas les malédictions, les larmes des philosophes ? » Pas.sant de là aux embarras du mariage , elle appelait à l’appui de son opinion celle des pères et des pliilosopbes qui tous l’ont déclaré contraire, sinon à la pureté des mœurs , du moins à l’étude de la sagesse et à la vie philosophique.

On pourrait croire à ce langage que , revenue de ses égarements , Héloïse jilaçait désormais leur gloire à tous deux dans le renoncement aux plaisirs qui leur avaient élé si chers ; il n’en était rien ; la publicité de leur mariage , les commodités de la cohabitation , c’était là qu’elle voyait l'indécence et le scandale; et plus heureuse , disait-elle , plus honorée du nom de maîtresse d’Abailard que du nom de son épouse , plus charmée et plus flère de devoir sa constance à son amour i|ue de le tenir enchaîné par les liens du mariage, elle le conjurait de ménager leui*s plaisirs ijne des séparations momentanées rendraient d’autant plus doux qu’ils seraient plus rares.

C’est ainsi (ju’Abailard nous a transmis les discours par les<[uels Héloïse tâchait d’ébranler sa résolution ; et, malgré la forme oratoire que leur a donnée son récit ,

Essai lUSToalyiE

Héloïse, dans ses lettres, les reconnaît pour sien remercie d’avoir daijjné se les rup|>eler, lui reproc loutefois d’omettre ([uel(|ues-imes des raisons de éloignement pour ce mariage, et celles sans d qu’elle lui permettait le moins d’oublier.

I^es poètes comme Héloïse , et le public comme poètes, ont donné plus d’attention aux motifs pei-j nels d’Héloïse cpi’à ceux qu’elle tire de la situa d’Abailard et des idées de son temps ; mais c’est à ci ci que s’attache l’importance historique. Plus d’ femme passionnée a pu éprouver ou se croire les se ments d’Héloïse ; ses arguments n’appartiennent ( son siècle.

Abailard, en les rapportant, en reconnaît la solid et s’étonne de l’étrange folie qui l’empccba de rendre. Enfin , ne pouvant rien obtenir , et incapc de soutenir la colère de celui qu’elle aimait, Héli céda avec des torrents de larmes; et, ne voyant \ d’autre bien que de se perdre du moins tous deux i semble , ils revinrent secrètement à Paris, laissant li fils chez Denise ; et moins d’une semaine après h arrivée, ayant passé une partie de la nuit en prié dans une église, ils s’y marièrent de très-grand ma en présence d’un petit nombre d’amis. Puis ils se st'| rèrent, et ne sc virent plus que rarement , avec le pi grand mystère et autant de précautions qu’il leur 1 possible.

Cependant Fulbert et ses familiers , regardant ce réparation cachée comme à peu près nulle pour a honneur, commencèrent à divulguer le mariage. M< Héloïse démentait avec tant de fermeté les bruits qu’ s’appliquaient à répandre, qu’elle se vit exposée à colère et aux mauvais traitements de son onde. .\bii

SUl AliAILARD ET HÉLOÏSE. XXXl

lard, pour l’y soustraire, la conduisit au couvent des religieuses d'Argenteuil , dont il lui flt prendre l’habit, à l’exception du voile. Fulbert et ses parents, (tersuadés alors que le projet d’Abailard était d’obliger Héloïse à se faire religieuse et de se délivrer ainsi des liens de son mariage, crurent n’avoir plus rien à ménager. On sait quelle fut leur vengeance.

Instruite du malheur d’Abailard, toute la ville accourut chez lui. L’affliction fut grande dans le clergé , et les femmes , dit Foulques , versèrent d’abondantes larmes sur le sort de celui qu’elles regardaient comme leur chevalier. Excédé, irrité des cris de surprise et de ilouleur qui retentissaient de tous côtés à ses oreilles, des gémissements de ses élèves, et de la compassion de cette foule de gens qui venaient le plaindre de son ignominie, le malheureux Abailard, comme il nous l'apprend lui-même , ne sentait plus d’autre souffrance que l’insupportable confusion dont il se voyait couvert àl’dée de la honte et du ridicule attachés à cette singulière aventure qui se répandait partout avec un éclat insupportable. 11 gémissait de tant de gloire si facilement éteinte ; il se représentait l’affectation de ses envieux à louer l’évidente justice d’une pareille punition, la douleur de ses parents et de ses amis , l’insultante curiosité du public; il se voyait montré au doigt, poursuivi de tous les regards, déchiré par toutes les bouches. Au sentiment de son honneur perdu se joignait celui de sa fortune arrêtée : les hautes dignités de l’Église lui étaient désormais inaccessibles : il ne se vit plus d’asile que le cloître. La honte , nous dit-il , l’y poussa plus que la dévotion. Arraché tout vivant, pom’ ainsi dire, aux passions, encore plein de ce monde qu’il allait quitter et qu’il ne sentait plus que i»ar la douleur.

ESSAI IIISTORIQIE

Abailard , loin de songer à se faire un jiieux nu ses maux , en repoussait avec aversion toutes les tûmes. Incapable de supporter qu’Héloïse dej libre ({uand elle cessait de lui appartenir , il qu’elle prît le voile dans le couvent d’Arge Héloïse n’hésita point à accomplir le sacrifice qu imjiosait, mais elle le sentit : « A ton commande dit-elle , je changeai d’ame en même temps que

bit Ce fut ta volonté , non la dévotion , qui

traîna, pleine de jeunesse , dans les rigueurs de monastique. » Abailard le comin it , et , moins sùi n'aurait dû l’ctre de son amour et de sou courage rappelant que la femme de Loth avait tourné ses re en arrière,» il voulut qu’Héloïse fût, avant lui, cons à Dieu sans retour. Héloïse , moins touchée de ce jaloux que de l’injure faite à sa tendres.se, lui repre encore longtemps après un si cruel soupçon : « rougis , » lui dit-elle , « et sentis une violente doi de te voir en moi si peu de confiance; au pre ordre , Dieu le sait , je t’aurais précédé ou suivi les gouffres brûlants de la terre. Mon àine n’était avec moi , mais avec toi. »

Cependant elle obéit, et, inébranlable dès qii s’était soumise , elle accepta la destinée qu’elle n’{ pas choisie avec celte grandeur de caractère qui, ce moment, l’a distinguée entre les femmes. Au mon de sa profession , ses amis l’entouraient , plaignan jeunesse , la conjurant de ne se point condamner à intolérable supplice ; mais elle s’échappa du mi d'eux, monta à l’autel, puis, prenant le voile béni, s’en couvrit et prononça les vœux irrévocables.

Les épreuves monastiques étaient alors de peu durée; et la résolution des deux é|X)Ux avail cb

xxxni

I)ioni|)te que , lorstiue Abailard entra à Saint-Denis , ses ressentiments conservaient encore toute la violence du premier moment. Deux de ses assassins, l’un dcs(|uels était le domestique qui l’avait livré, pris en s’enfuyant, avaient été condamnés à la peine du talion, et, de plus, à perdre les yeux. Fulbert, traduit devant la cour ecclésiastique, composée de Févèque et des chanoines , avait nié toute participation au crime. Cependant une sentence très-sévère, à ce (pi’il paraît , avait été d’abord portée contre lui ; mais ensuite, sollicitée , selon toute apparence , par les amis de Fulbert, et prenant en considération sa qualité de clerc , la cour était revenue sur ce premier jugement, et s’était bornée à dépouiller le coupable de ses biens. Cet adoucissement du premier arrêt avait profondément irrité Abailard. 11 menaçait de porter plainte à Rome , et de poursuivre , I>ar tous les moyens , l’évèf|ue et les chanoines qu’il accusait de s’être ainsi rendus les complices de scs assassins. Le couvent même , autant qu’on en peut juger, prenait en main sa cause, et devait fournir aux frais du voyage et de la pom-suite. 11 est à présumer que, souvent en lutte avec l’archevêque et les chanoines de la cathédrale , l’abbé avait choisi cette occasion de leur nuire. Les amis de la paix cherchèrent à étouffer ces semences de discorde ; ce fut alors que Foulques, prieur de Deuil , écrivit à Abailard la lettre déjà citée, où il se sert , pour calmer son ressentiment, de tous les motifs de consolation ou de patience que lui peuvent offrir la raison et la religion , employant alternativement la louange et la sévérité. Passant au reproche, il félicite Abailard de l’événement qui , à la fois, a mis un terme à ses errem-s et humilié sa fierté, en lui laissant |K)ur consolation l’intérêt universel qu’a inspiré son

ESSAI IIISTüKlglE

niallieiir. Tirant de là des motifs [loiir IViiiü SC contenter de la justice i|ni lui a déjà été reiu le détourne vivement de l'idée d’aller à Rome devoir est, dit-il, de faire le bien de son couva lieu de lui être à charge : « Et ne t’a-t-on jia s’éerie-t-il , ciuelle est l’avarice et la corniiitio Komains? Quedles richesses ont jamais pu les i sier ■?... Tous ceux qui, de notre temps, se sont ad à cette cour, sans pouvoir pajer, sont revenus cause perdue, repoussé's et couverts de confusion. » ques représente de plus à xVhailard (pi’en suiva malheureux conseil il va élever entre la cathédr, son monastère une haine irréconcilialile, et lini lui déclarer que, s’il ne pardonne pas, en \ainanr revêtu l’hahit de pénitence.

Celte lettre, entre plusieurs particularités rclali riiisloire d’Ahailard , en contient une qui poi demander quelque exidicalion. Fouh|ues a eut dire qu’au moment de son malheur Ahailard se tro dans une si profonde pauvreté qu’il ne jiossédait que ses vêtements. L ue telle détresse, après les qu’a procurés à Ahailard « ce commerce de sc ([u’il faisait par le moyen de la parole, » provient, : ce ipi’a raconté Foulques, de la rapacité des feu auxquelles Ahailard prodiguait tout ce qu’il jtarv à gagner. Cette assertion, inconciliahle avec le d’Ahailard , et avec ce que des lettres jiostérieures assurent de sa passion jiour Héloïse, devenue sa fei; paraît d’ailleurs à peu jirès détruite par le silence loise qui, dans les moments mêmes oii la douleur traîne au reproche, ne laisse pas échap|)er un inc puisse faire soup(,'onner Ahailard d’un genre de que du moins elle ei'it cru ne |)ouvoir pardonner

Sin ABAILARD ET HÉLOÏSE. XXXV

(|Ufliiiie mérite. Mais Foiihiucs n'écrivait que sur des ouï-dire, exagérés encore sans doute par une pieuse indignation. Quant à la pauvreté d’Abailard,il est facile de concevoir que, peu habile à se conduire, assez vain |)Our être magnifique, riche de la conscience de sa force, en droit de compter sur l’avenir, et absorijé dans les soins de son amour, il n’ei'it jias encore songé à se ménager des ressources dont il ne prévoyait pas le besoin.

La lettre de Foubjucs produisit sans doute son effet ; du moins on ne voit pas (pi’Abailard ait tenté de réaliser ses projets de vengeance. Peut-être aussi compritil bientôt qu’il devait peu compter sur l’appui de son monaslère. L’abbaye de Saint-Denis était une de celles oïl n’avait pas pénétré la réforme; ses richesses, le voisinage de Paris et de la cour, y enlreteiiaient les relâchements de la vie mondaine; et, si l’on en croit Abailard, l’abbé, comme ]»remier en dignité, surpassait encore en honteux désordres tout le reste de sa communaulé.

Le noux'eau religieux n’avait pas contracté, avec le devoir de la soumission, la patiente humilité de la charité. Le malheur donnait peut-être plus d’âpreté à sa raison, et il n’avait pas accoutumé sa supériorité à se contraindre. Abailard ne dissimula pas son indignation des scandales qui frappaient journellement ses regards; il s’en expliqua tant en public qu’en jiarliculier, et, de son aveu, il se rendit insiqifiortable à ses confrères. Un prétexte honorable se présenta pour l’éloigner, et ils saisirent l’occasion de se délivrer d’un censeur si incommode. A peine avait -il été guéri, que ses disciples étaient accourus autour do lui, le suppliant de recommencer a les insiruire. Ce qu’il avait donné,

ESSAI HlSTOlUUtE

(lisuieiit-ils, à l’aiiiuiir do la gloire ou du gain, il 1 maintenant à l’amour du Seigneur, i|ui ne man jiasde lui demander compte avec usure du tafen à sa disposition. Dieu évidemment avait voul libre des attraits de la volupté, loin des tiinii embarras du siècle, il pût vaquer à l’étude, cl tuer au philosophe mondain le philoso|dic rel Ils renouvelaient sans relâche leurs sollicitation auprès de lui qu’auprès de st)ii ahbé, et celui-ci que les moines, d’autant plus disposés à les accueil la présence d’Ahailard leur devenait plus à chai déterminèrent à se rendre aux vœux (|u’on lui niait. 11 SC relira à la campagne, dans une n dé|)cndante du monastère, et là il se remit à ensei non-seulement la théologie, ainsi que l’exigeaie convenances de son état actuel, mais aussi les 1 profanes « dont, à la manière d'Origène, dit-il, ce mier des philosophes chrétiens, il se faisait un jiour attirer les esprits, par une odeur philosoj)h au goût de la véritahle philosophie. »

Les amis de la science accoururent comme de cou à ses leçons : « les logements, dit-il, ne suftisaiei ]»our les contenir, le pays pour les nourrir. » bcs a écoles devenaient désertes, et la haine ranimée In dans les nouvelles ohligalions auxquelles Aba s’était soumis, de nouveaux moyens d’attaque. 0; reprocha en même temps, comme moine, l’ciisci ment profane, et l'enseignement théologique coi s’y étant immiscé de lui-mènie, sans l’attache ou lorisalion d’un docteur en théologie, formalité, qu’il parait, nécessaire alors.

Guillaume de Champeaux et .\nseline, l'wolâti Laon, étaient morts; mais .Ulxiric et Loliilplie, dia-

SLR ADAILARD ET HÉLOÏSE. XXXVII

(le l’écolàlre et anciens rivaux d’Abailard, prétendaient dominer les écoles comme l’avaient fait ces deux maîtres. \jc temps ne leur était plus favorable ; ils s’adressèrent au clergé et tâchèrent d’éveiller sa sollicitude sur des méthodes et des doctrines dont le public commençait à se faire juge, indépendamment des autorités officiellement chargées de diriger ses opinions. Ce petit public dont s’entourait Abailard n’élait pas plus que lui disiwsé au scepticisme ; pleins de foi, au contraire, dans la religion et dans la raison, le maître et les disciples croyaient fermement pouvoir arriver, par la force de l’intelligence, à la démonstration de vérités qu’ils n’imaginaient pas qu’on pût révoquer en doute. Animés de cette double confiance, les élèves d’Abailard avaient désiré, nous dit-il, (( des arguments philosophiques et propres à satisfaire la raison, le suppliant de les instruire, non à répéter ce qu’il leur apprenait, mais à le comprendre; car, ajoutaient-ils, nul ne saurait croire sans avoir compris, et il est ridicule d’aller prêcher aux autres des choses que ne peuvent entendre, ni celui qui professe, ni ceux ([u’il enseigne. » Soit qu’il vînt du maître ou des disciples, ce langage était sincère ; « Quel pouvait être le but de l’étude de la philosophie, sinon de conduire à l’étude de Dieu, auquel tout se doit rapporter? Dans quelles vues permettait-on aux fidèles la lecture des écrits traitant des choses du siècle et celle des livres des Gentils, sinon pour les former à l’intelligence des vérités de la sainte Écriture, et à l’habileté nécessaire jwur les défendre? » Comment enfin la dialectique, le plus haut exercice des facultés humaines, n’eût-elle pas conduit naturellement à l’étude de la théologie, regardée comme leur plus haut emploi? Ainsi qu’il le dit lui-même, Aliailard, dialecticien dès

essai IIISTORIOIE

le berceau, pouvait difficilement concevoir une sc qui n’eùt pour base celle dont il avait fait l’étude vie. Très-disposé à sc rendre aux vœux de ses disci il composa alors, pour leur usage et comme suj( ses leçons, son Introdurthnn la théologie, où il se pose, dit-il, de défendre la Trinité et l’unité de contre les arguments pliilosopliiques. » C’est dai but surtout qu’il lui paraît nécessaire do « s’aide toutes les forces de la raison, afin d’empècber que des (juestions aussi difficiles et aussi compliquées celles qui font l’objet de la foi chrétienne, les subi de ceux de ses ennemis qui font profession de pbi pliio ne parviennent trop aisément à altérer la sin cité de notre foi. » Ainsi, renonçant dans cet ouvr; la voie de l’autorité, il se réduit aux simples secoui raisonnement, tire ses arguments et ses citation; poiHes et des pbiloso[)lies aussi bien (]ue des Père des livres saints, et emploie alternativement la fon la subtilité de son esprit à surmonter la plus liante ficulté peut-être que sc puisse imposer un esprit an la vérité, celle de prouver par le raisonnement ce croit en vertu d’une autorité autre que celle d raison.

Le succès de V Introduction à la théologie déterr l’orage qui grondait autour d’Abailard. Albéric et tulphe triompbèreut d’avoir enfin, contre l’ancien ( de leur haine, quelque chose de plus positif que discours imparfaitement rcciu'illis et transmis bouche. Ils ne savaient pas bien encore quel motif ( cusafion leur fournirait l’écrit d’Abailard; mai; étaient sûrs d’en trouver un. L’infaillible instinct c médiocrité jalouse leur faisait reconnaître, dans la si riorité seule, une sorte de crime contre lequel i| i

pas (lifflcilc tl’animor la foulo, parce qu’elle croit y voir un (lanf>er. A quoi lion, disait-on, écrire de nouveau sur ce (|ui a déjà été suffisamment expli(jué ou ne saurait réfrc, et par (juelle inchnvcnancc s’aider, dans un sujet sacré, des arguments ou de l’autorité des écrivains païens? Une partie du second livre de l'Introduction à la théologie est destinée à repousser ces attaijucs. Abailard traite ailleurs avec un grand mépris les hommes cpii anathématisent sa dialectique comme un art sophistique et trompeur, et illescomparc au renard de la fable qui essaie de grimper à un cerisier pour en manger les cerises, et qui, retombé sans les pouvoir atteindre, dit en colère : « Je ne me soucie pas de cerises, cela est détestable. »

Des arguments et des moqueries ne suffisaient pas pour déconcerter les ennemis aux(|uels Abailard avait affaire. Puissants àRlieims, oii ils dirigeaient les écoles, ils attirèrent dans leur parti rarclicvcque Raoul dit le Vert, et en obtinrent la convocation d’un concile provincial à Soissons, pour juger les doctrines d’Abailard sur la Trinité. Ce concile se tint en 1 12 1 , en présence do Conon, évêque de Preneste, et alors légat du pape en Fiance. Abailard fut invité à y apporter son livre; et la veille de son arrivée, le peuple, à qui l’on avait jiersuadé qu’il enseignait trois dieux, poursuivit à coups de laerrcs deux de ses disciples. 11 n’en vint pas moins rempli de confiance. Abailard avait souffert de la violence, mais il ne connaissait pas encore l’injustice légale et n’était pas arrivé à douter de la puissance de la vérité. 11 ouvrit en arrivant un cours public, où chaque jour, avant la séance du concile, il exposait au public scs opinions sur les mystères de la foi. L’occasion sans doute écliauffaif son éloipience. On radinirait ; le

ESSAI HISTORIQI E

peuple et le clergé revenaient des préventions leur avait inspirées contre lui, et se disaient : « I. qui parle en public, et personne ne lui ré[>ond ; ( cilc, assemblé, assurait-on, principalement cont avance sans (jne l’on ait encore prononcé son aurait-on découvert <|uc c’est lui qui a raison, ( pas ceux qui l’accusent ? »

En effet, le concile tirait à sa fin, et personne i osi'î porter les premiers coups à ce redoutable a saire. Abailard, en reconnaissant aux trois pers divines une seule et même essence, les avait distin par certains attributs plus particulièrement pro{ cliacnne : au Père la puissance, an Fils la sapieni Saint-Esprit l’amour. C’était sur cette distinctioi l’on avait voulu d’abord fonder l’accusation de théisme. 11 paraît qu’on l’avait abandonnée, et ses i mis, peu subtils sans doute, s’épuisaient en vain trouver d’autres. L’embarras croissait cliaque jou fallait en venir enfin au fait, et tous les jour.s plus de défaveur. Albéric se rendit chez Abail accompagné de quebpies-uns de ses disciples, et a quelques discours de politesse, il lui dit (lu’il s’étoi de cette proposition contenue dans sou livre : «Lorsij dit que Dieu a engendré Dieu, n’éüiit que Dieu est je nierais que Dieu ait pu s’engendrer lui-même. » \ lard offrit de lui donner les raisons de son opin « En de telles matières, répondit Albéric, nous ne sons aucun cas de la raison humaine et de notre pre sens ; nous ne nous attachons qu’aux paroles des ai rités. — Ouvrez donc le livre, dit Abailard, et vous tr verez mes autorités. » En effet, prenant son ouvr des mains d’Albéric qui l’avait apporté, et l’ouvrant hasard à l’endroit ipi’il cherchait, il lui montra, cit

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à l’appui de son opinion, ces paroles de saint Augustin : « Quicon(|ue tient que Dieu par sa puissance ait pu s’engendrer lui-inôme toml)C dans une telle erreur, (|ue non-seulement ce n’est plus Dieu qu’il conçoit; ce n’est pas meme une créature soit spirituelle ou corporelle, car il n’existe rien qui s’engendre soi-même. » Albéric, empressé et ravi de trouver un mauvais sens, n’avait pas remarqué la citation. Scs disciples rougirent; quant à lui, il prétendit que le passage demandait explication. Abailard fit observer que cette o[iinion n’était pas nouvelle ; qu’au reste cela importait peu, puisque Albéric tenait non au sens, mais aux paroles; ajoutant cependant que pour peu qu’il prît quelque plaisir à entendre des raisons, il était prêt à lui démontrer que, d’après ses projires paroles, c’était lui qui était tombé dans l’bérésie de ceux ([iii prétendent que le Père est à lui-même son projirc fils. A ces paroles, Albéric furieux lui dit que ni ses raisons ni ses autorités ne lui serviraient de rien dans cette affaire, et sortit en proférant de violentes menaces.

Ijc dernier jour du concile était arrivé. Axant l’ouverture de la séance, le légat, l’archevêque de Rheims, révê(jue de Chartres, Albéric, Lotul|)he et (luelqiics autres se réunirent en particulier pour délibérer enfin sur ce qu’il y avait <à faire d’Abailard et de son livre. L’impossibilité de trouver la matière d’une accusation avait adouci les préventions des uns, forcé la haine des autres à quelques ménagements, et parmi les hommes considérables du concile, Abailard avait aussi quelques amis. Au nombre de ceux-là était Geoffroi , évêque de Chartres, prélat éclairé et respectable. Profilant de ce moment d’hésitation , il représenta à ses collègues le danger d’agir violemment contre un homme tel (pie

ESSAI IIISTORIQIE

Almilard, la innllitiulo de scs partisans qui no ni raient pas, si on le jiig^eait sans l’entendre, (|nelqnes-nns paraissaient le conseiller, d’atlribu conduite à l’envie, ce qui pourrait mettre bie public de son côté : « Si vous voulez, dit-il, pi canoniipicment contre lui , que sa doctrine soit t en plein concile; qu’interrogé, il ait la liberté pondre, et qu’ainsi, lorsipie vous l’aurez con et forcé d’avouer son erreur, il se trouve réduit lence. »

A cette proposition, les ennemis d’Abailard ne dissimuler leur effroi. « Belle idée, s’écrièrent-ils, nous mettre en butte à la loquacité de cet boni combattre avec lui d’arguments, quand nous :

que personne ne peut tenir contre scs soptiismcs! vè(|uc vit à (piel point cette crainte agissait sur les tants, et désespérant de la vaincre , il cliercba mu voie de salut : « Le concile était, dit-il, trop peu breux pour juger une semblable cause; son avi (|uc l’abbé de Saint-Denis, qui avait amené Abaib reconduisît à son abbaye, et<iuc là il fût convoipi assemblée des bommes les plus doctes, cliargés d tuer, après un mûr examen , sur ce qu’il pour avoir à faire.» Ce conseil plut à la plupart de (jui étaient présents, et le légal, se levant pour dire la messe avant d’entrer en séance, fit avertir lard de se tenir prêt à partir.

Albéric et Lotulpbc comprirent qu’il ne leur r plus d’espérance si l’affaire était portée hors du di de Rbeims. Ils représentèrent à l’archevêque conih lui était injurieux (|uc ccflc cause sortît ainsi d mains, et lui firent craindre qu’.\bailard no jKUAÎ celte manière à leur échapper entièrement. •

Sin ABAILARD ET HÉLOÏSE. XLIII

Tons trois se rendirent aussitôt auprès du légat pour l’engager à en finir sur-le-champ, et, sans autre forme de |)rocès, à faire brûler lelivre en condajnnant Abailard à la réclusion perpétuelle dans un monastère. « 11 suffisait, disaient-ils, pour mériter ce traitement, qu’Abailard se fût permis de faire des lectures publiques de son livre et d’en laisser prendre des copies sans l’autorisation du pape ou de l’Église. » Cette raison, la plus propre de toutes <à faire effet sur le légat, n’empêchait cependant pas qu’il ne répugnât à la mesure qui lui était demandée.

Rome , occupée de ses démêlés avec les empereurs , mettait peu d’intérêt à ces subtilités tbéologiques encore sans influence sur les affaires de ce monde. Le légat en son particulier ne s’était jamais fatigué d’études, et son 1k)u sens italien s’étonnait de tant de passion apportée en de si futiles discussions. Mais entre puissants les intérêts du faible sont rarement une cause de discorde, et lorsqu’il ne s’agissait que de prononcer sur le sort d’un homme, sans aucun préjudice pour les prérogatives de la cour de Rome , un légat n’avait rien à refuser à un archevêque de Rbeims. Celui d’Abailard fut bientôt décidéau gré de ses persécuteurs. L’évêque de Chartres, qui en fut averti , l’alla prévenir, l’engageant à se soumettre avec d’autant plus de douceur que la conduite envers lui devait paraître plus violente. Des marques de haine si odieuses et si manifestes devaient nécessairement lui tourner bientôt à profit; et quant à la réclusion , l’évêque l’assura qu’il ne devait s’en iiupiiéter en aucune manière, certain que le légat, qui avait agi malgré lui, comptait l’cn délivrer dans très-peu de jours.

C’étaient là les conseils que devait donner un évêque, cl Abailard n’avait ni hors de lui, ni probablement en

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