COMPLAINTE DE JACOB SCR SES FILS
Malheureux fils, nés d’un père voué au malheur 1 Pour mon nouveau crime la vengeance était déjà prête.
De quel forfait un coup si cruel est-il l’expiation? Par quel péché ai-je mérité d’être frappé de ce glaive?
Joseph, l’honneur de ma maison, la gloire de ses frères, dévoré par les bêles féroces, succombe à une mort aHreuse.
Siméon, dans les fers, paye pour les fautes paternelles. Après leur mère et Benjamin, j’ai perdu ce qui me restait de joies.
Joseph, la faveur du ciel était sur toi, et tes frères en furent jaloux : quels présages, ô mon fils, fallait-il voir dans tes songes ?
Le soleil, la lune, les étoiles, les gerbes, j’y ai long-temps réfléchi, qu’annonçaient-ils donc par leurs prophéties mystérieuses?
Et toi, le dernier de tes frères par l’âge, le premier de tous dans mon amour, toi que ta mère mourante appelait Bennoni, et que ton père dans la joie de son cœur nomma Benjamin;
Par tes caresses, tu relevais la vieillesse abattue de ton père ; tu me rendais Joseph par la grâce de ton allure ; tu me rendais ta mère par la beauté de ton visage.
Ijes vagissements de ton berceau, mieux que la mélodie de toutes les chansons, étaient doux au veuvage et à la tristesse du vieillard.
Tes lèvres balbutiantes, l’informe langage essayé par ta bouche débile, surpassaient en douceur tout le miel de l’éloquence.
Iji consolation de mes deux grandes pertes était toute en
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toi, ô mon (ils! Vivante image de ta mère et de ton IVère, tu me rendais ainsi à moi-même.
Aussi avec toi je les ai perdus une seconde fois, et j’ai vécu trop long-temps. O mon fils, tu étais le plus petit par l’àge ; mais, pour ton père comme pour ta mère, tu es le plus grand dans la douleur.
Dieu que je sers, fais que nous soyons réunis à nous-' mêmes dans ton sein !