COMPLAINTE D’ISRAËL SUR SAMSON
Vos jugements, ô Dieu, sont un abîme. Plus ils sont cachés, plus ils sont redoutables : contre eux toute force est impuissante !
I.ie plus robuste des hommes, celui qui avait été annoncé par un ange, le fougueux Nazaréen, le bouclier d’Israël, quel est le cœur de rocher qui ne s’apitoierait sur son malheur?
Dalida le prive d’abord de sa chevelure sacrée. Ses ennemis ensuite lui ravissent les yeux.
Brisé dans sa vigueur, mutilé de la lumière, le noble athlète est attaché à la meule.
Enfermé dans une prison, privé de ses yeux, accablé sous une double nuit, il sue à la meule, il brise le ressort de ses membres mieux habitués aux travaux de la guerre.
Dalida, pourquoi l’altirais-tu pour ce but impie? Qu’as-tu fait? Quelle récompense veux-tu conquérir au prix de cet horrible forfait? Nulle faveur n’est longtemps conservée au traître.
Une nourriture grossière et semblable à celle des animaux, le plus rude travail, les coups et les injures, irritent une sourde fureur dans l’àme du prisonnier.
Ses forces sont revenues, la moelle est dans ses os. Au milieu de l’ivresse du banquet, il est introduit pour la ruine de ses ennemis. Par sa mort il va mettre un terme à toutes ses douleurs.
A vos moqueries, o Philistins, répond déjà, dans son cœur
COMPI.AINTES.
ulcéré, la pensée qui vous sera fatale ! Il applique ses mains aux deux piliers de l’édifice, il confond son trépas dans celui de ses ennemis.
O femme, tu es l’éternel fléau des plus grands hommes : tu as été créée pour leur perte. La première a terrassé le père du genre humain et présenté la coupe de la mort à toute la race.
Qui était plus saint que David ? Plus prudent que Salomon? A quel degré d’aveuglement et de folie la femme ne les a-t-ellc pas conduits? Lequel, parmi les forts, a été énervé comme Samson le plus fort de tous?
.Adam, ce noble ouvrage de la main divine, la femme l’a aussitôt renversé. Il l’avait reçue pour son propre secours ; il a trouvé en elle un ennemi.
Dès lors la femme a fabriqué les plus grandes flèches qui font périr les hommes.
Ouvre ton sein à l’aspic, ta poitrine au feu, si tu es sage, plutôt que de te confier aux attraits de la femme; autrement tu cours à la perte certaine de ceux que j’ai cités en exemple.