‹ Abailard et Héloise; essai historiqueChapitre 66 sur 66 · CÜMPLAINTE DE DAVID .SUR SAÜL ET JONATHAS · texte numérisé non relu

CÜMPLAINTE DE DAVID .SUR SAÜL ET JONATHAS

Soulagement de mes douleurs, consolation de mes peines, ô ma lyre, c’est aujourd’hui que tu m’es nécessaire. Jamais je n’ai eu de plus poignante douleur, jamais de plus juste chagrin.

Le carnage a dévoré nos guerriers, le Itoi et son fils sont morts, l’ennemi est vainqueur, les chefs sont désolés, le peuple se désespère, le deuil est partout.

L’orgueil d’Araaleck s’exalte sur les ruines d’Israël. I.a jubilation est dans le camp du Philistin, tandis que la Judée se dessèche dans les sanglots.

Les fidèles sont insultés par la nation infidèle. Ceux qui s’élevaient contre la gloire du peuple de Dieu nous écrasent maintenant de leurs mépris.

Le premier roi d’Israël est égorgé.

COMPLAINTES

Il a été vaincu par les Âmalëcites.

L’élection du Seigneur est tombée dans l’outrage : l’outrage s’est attaqué au sacre du Prophète.

Ils insultent à nos douleurs : « Voilà celui qui faisait leur assurance I I.e Dieu puissant les a ])erdiis en terrassant leur capitaine! »

Saül, le plus courageux des Rois! valeur invaincue de Jonalhas! Celui qui ne pouvait vous vaincre a eu la permission de vous immoler.

Comme s’il n’avait pas été consacré au Seigneur par l’huile sainte, il est égorgé dans le combat par le fer d’une main scélérate.

Tu étais pour moi plus qu’un frère, ôJonathas! Ensemble nous n’avions qu’une âme : quels péchés, quels forfaits ont déchiré nos entrailles!

Montagnes de Celboé, loin de vous la rosée et la pluie ! Que les prémices de la campagne soient refusées à votre habitant !

Malheur, malheur à toi, terre gluante du sang royal, sur laquelle un bras impie t’a renversé, toi mon Jonathas!

Où l’oint du Seigneur et les fameux d’Israël ont péri misérablement, eux et leurs compagnons !

Ta perte, ÔJonathas, domine pour moi toutes choses! Audessus de toutes mes joies, ruissellera un pleur continuel.

Livrez-vous aux gémissements, fdles de Sion. Saûl n’est plus, dont les mains libérales vous ornaient de la pourpre !

Hélas, voix fatale qui m’a dissuadé ! Que n’étais-je près de toi dans le combat, pour te défendre ou pour tomber sous les mêmes coups !

Du moins je serais mort avec joie, puisque l’amour n’a pas de plus grand témoignage que la mort.

Vivre après Jonathas c’est pour David une mort de chaque instant ! Pour une vie la moitié d’une âme ne suffit point.

Je devais un retour à ton amitié au moment du péril suprême; il fallait participer à ton triomphe ou à ta ruine, t’arracher à la mort ou mourir avec toi ! Terminer pour toi une vie que tu as sauvée tant de fois ! C’est ma vie mainte-

COMPLAINTES

}ll(l

nantqui nous sépare; une mort commune nous aurait unis.

Funeste victoire que la mienne ! Quelle vaine et courte joie j'en ai ressentie!

Qu’il vint rapidement le cruel message que l’orgueil attendait! Qu’elle fut vite accomplie la parole que l’oi-giieil avait prononcée contre son ànic !

Ia! trépas réunit ceux qui ont succombé; mais moi je n'ai pour compagnon que ma douleur.

Repose-toi, ma lyre, et puisse se reposer de même ma douleur gémissante ! .Mes doigts se sont fatigués sur les cordes, les sanglots ont altéré ma voix, mon haleine est épuisée!

PARI!«.*~IUPUlMt£RIK BONAVENTCRE ET OCCBSSOIS, 55, qCAl DES AÜGOSTlNS.

CP

Page 1