‹ Abailard et Héloise; essai historiqueChapitre 7 sur 66 · XL VI · texte numérisé non relu

XL VI

ESSAI IIISTOKlgiE

Bütle colle irHildiiin, comme infiniment prûl'ôral érudit ne [lonvait ailliérer sur ce point. I.,a t s’ccliauira ; on courut avertir l’alibé irun crin tendait à déshonorer le couvent, à ternir nicine la de la France, (jui a reconnu saint Denis pour son j>; Kn vain Aliailard fît observer cju’il lui paraissait indilTérent que le saint Denis fondateur du inom ei'it été l’aréopafiite ou im autre, puisque Dieu leur éjralement accordé à tous deux la couronne <lu i tyre; en vain même écrivit-il à l’abbé une letlre < été recueillie dans scs œuvres, et où il tiiclie de ca lier les opinions en admettant deux saints Denis évéi de Corinthe, l’un descpiels aurait été d’abord é\é d’Athènes, puis de Corinibe, puis entin martyrisé France. La blessure était trop profonde; trop d’; ciennes haines se joiifiiaient à ce nouvel affront, chapitre assemblé, il fut décidé (pi’on irait immétiia ment dénoncer au roi le moine séditieux qui osait atft ter à l’honneur de la couronne, .\bailard, remis i attendant sous lionne garde, était dégoûté de se tiei la justice des hommes. Aidé de ipielques moines foi cliés de sou sort, et par les secoui's de plusieurs de si disciples, il-iiarvint à s’échapper durant la nuit et rèfugia à Provins, sur les lerres de Thibaut, comte il Champagne, dans le monastère de Saiut-AyonI, dont li prieur était de ses amis. Il y vivait tramiuille sous I; protection du comte, qui avait pris intéi-ôl à ses malheurs, loi^sipie l’abbé de Saint-Denis vint visiter celui-ci jMHir (piel(|ue affaire; Abailard pria Tliibaut d’obtenir pour lui la permission de demeurer à Saint-Ayonl. L’ablié refusa d’y consentir, .\bailard jiemuté ne cessait pasd’apjiartenirà Saint-Denis; laissé libre, dallait trans|M)rter à une antre abliaye l’honneiir de cette pré-

SLR AllAILAllD ET HÉLOÏSE.

féreiHc tioiit on s’étuit si liaulemenl giorilié. Heiireu- SPinLMit l’abbé mourut sur ces entrefaites. Suger, qui lui succéda, rejeta d’abord également la demande d’Abailard ; mais l’alfairc, portée an conseil du roi et traitée à la cour, y rencontra moins de difficultés. La maxime du conseil était de favoriser le relàcbement parmi les moines de Saint-Denis, (|u’imc vie plus régulière eiit rendus plus indépendants. Les amis d’Abailard firent valoir son incommode sévérité, et Étienne de üarlande, à (jui Suger s’était adressé de son côté, lui représenta que c’était, chez luietlesmoines,uneétrange fantaisie (|ue de s’obstiner à retenir malgré lui un liomme (jui les gênait et ne leur était bon à rien. Suger entendit raison; la permission de quitter Saint-Denis fut accordée. Seulement, pour sauver l’bonneur de l’abbaye, on stij)ulaqu’Abail;jUTl n’entrerait dans aucune autre et se choisirait une solitude on il pût faire son séjour. Alors, du consentement de t’évc(jue de Troyes, il s’établit dans son diocèse, où on lui avait donné quel- (pie peu tle terre sur les bords de l’Ardisson, et, seul avec un clerc, il s’y construisit de ses mains un oratoire (ju il dédia à la sainte Trinité.

A |)cine ses disciples eurent-ils appris le lieu de sa retraite, qu’ils accoururent de tous côtés, et, le long de la rivière, se bâtirent autour de lui de |>etites cabanes. Lïi, couchés sur la paille, vivant de pain grossier et d herbes sauvages, mais heureux de retrouver leur maître, avides de l’entendre, ils se nourrissaient de sa parole, cultivaient ses champs et pourvoyaient à ses k'soins. Des prêtres se mêlaient parmi eux aux laïques; « et ceux, dit Héloïse, ipii vivaient tics bénéfices ecclésiastiques et (|ui, accoutumés à recevoir, non à faire des oll'randes, avaient des mains pour prendre, non pour

ESSAI HISTORIQIE

donner, ceux-là inéniese montraient prodig-ueset (pie importuns dans les dons qu’ils apjiortaient. fallut bientôt agrandir l’oratoire devenu trop petit le nombre de ceux qui s’y riiunissaient. Aux caharn roseaux succédèrent des bâtiments de pierre el bois, tous construits par le travail ou aux frais d colonie philosopliique ; et Abailard, au milieu de c allectueuse et studieuse jeunesse, sans autre soin < celui de l’instruire et de lui dispenser le savoir ei doctrine, vit s’élever l’édifice religieux qu’en même des consolations (|u’ilyavait trouvées dans son inf tune il dédia au Paraclet ou consolateur.

A (juebpies lieues de là, s’était élevée, moins de < ans auparavant, l’abbaye de Clairvaux, centre d’i autre mouvement bien jdus puissant alors et bien jdi élendu que celui dont Abailard s’était fait le clief. E 1115, saint Bernard, déjà moine de Cîteaux, était des cendu, par l’ordre de son ablié et à la tête de quelque religieux, dans le sauvage vallon de Clairvaux, pour ; fonder un nouveau monastère. Les travaux et les souffrances des premiers cénobites avaient fécondé le sol el tracé le plan de l’entreprise. Ij: vallon s’était peuplé d’iiabitants, le monastère de pénitents qu’amenaient de toutes parts la réputation et l’inlluence du jeune abbé. Déjà, avant de (juitter Cîteaux, Bernard, par la puissance de sa parole, l’autorité de son exemple ou l’ascendant de sa volonté, y avait réuni autour de lui ses ciii(| frères, son oncle, les compagnons de sa jeunesse. A peine à Clairvaux, il y attira son père, et dix ans plus tard, sa sœur, la dernière de sa famille (jui résistât encore, arrachée à son mari après de longs efforts, s’alla renfermer dans le monastère de Suilly, institué par Bernard pour servir d’asile aux fenunes qn’il séjia-

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SIR ABAILARD BT HBLUISE.

rail de leurs maris et de leurs enfants. Partout son zèle iutlexible, son infatigable persévérance allaient chercher des prosélytes; partout ses prédications portaient l’elfroi dans les consciences, « le trouble dans les familles; les femmes, dit-on, cachaient leurs maris, les mères leurs fils. » Mais rien n’échappait à saint Bernai'd de ce qu’il avait résolu d’atteindre; et des colonies de reclus sortaient de Clairvaux, comme Clairvaux était Forti de Cîteaux, pour aller élever de tous côtés de nouvelles retraites, fondées de même dans l’humilité, pour arriver bientôt à la puissance. 11 semblait qu’une nouvelle ère religieuse se j)réparât pour le monde. L’ébranlement donné par Grégoire \ 11, du haut de la chaire pontificale, jiénétrait partout dans la société, et s’y manifestait avec un redoublement d’énergie, sous la main d’un dominateur aussi puissant et plus sûr peut-être de son pouvoir, car ce pouvoir résidait en lui seul.

Grégoire VU avait voulu être à la fois le réformateur et le maître de la chrétienté : réformer et maîtriser étaient également le but de saint Bernard, et, en suivant cette double tendance , saint Bernard , de même que Grégoire , obéissait aux nécessités de son temps autant qu’à celles de son caractère. 11 est pour les dominations une époque de jeunesse où le ciel leur sourit , où les hommes leur applaudissent , empressés à se ranger sous un Joug tutélaire, ardents à proclamer les droits d’un pouvoir appelé par les besoins de la société. Tout paraît alors permis à la puissance , car tout ce qu’elle entreprend semblait depuis longtemps nécessaire. Presque tous ses actes se parent aux yeux des |)euples d’une sorte de légitimité ; et la pensée usurlalrice qui préside au bien même opéré par un pouvoir sans contrôle ne se révèle que lorstiue, devenu incapable

L ESSAI IIISTüRiytE

de faire le bien, le pouvoir se croit encore le ré;,nicr. La force de Gréjjoire Vil avait résidé dai inonie de «a volonté avec le Vœu et l'esprit temps. Lassés de servir de jouet à tous les licence, insultés dans leurs droits par la ca[> tyrannie des hommes puissants et dans leur foi désordres des hommes d’éjçlise, les peuples récit à grands cris Une justice contre les insolences i voir et l’impunité du scandale. Au nom de b justice qui puisse peser sur tous , Grégoire inip lois à ceux ipn ne reconnaissaient pas de règles tralgnit le clergé à la réforme, les souverains à sance, et la société connut avec joie que ses t seürs avaient un maître. Elle n’en demandait pa davantage. Nul ne rechercha la source d’un p dont l’emploi était consacré par l’assentiment uni et la plupart s’inclinèrent avec un respect rel devant des violences révérées comme les foudi ciel, parce qu’elles tombaient à la fois sur les vi sur les puissants de la tei re.

Mais Rome avait trop entrcpns pour être en état t jioursuivre. Jetée bientôt dans les voies, les chance intérêts de la politique imrcment humaine , elle languir l’œuvre de régénération qui avait honoré so potisme, et ne retint guère , des travaux de Gn'*goii que ses essais d’envahissement. Cependant la ré) restait à accomplir. Commencée et réclamée, elle ; çait , mais lentement , faute d’un guide. Saint Bei naquit pour prendre ce grand rôle. Il continua l'e prise de Grégoire Vil, dans le même esprit, qui avec une importante différence dans les moyens, réî do la différence des situations. Dépourvu de puisf temporelle, salut Bernard exerça un jiouvoir moial

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|Mir et jiliis actif, mais dirifié ^CI■s le même but. Recruter parloiit des soldats à l’Éj^lise, multiplier les foyers de dévotion, sanctifier, instruire, agrandir le clergé, mettre entre ses mains le dépôt de la doctrine, exciter sa vigilance à le maintenir intact , placer les mœurs civiles sous la surveillance de la censure ecclésiastique, établir enfin en ce monde le règne du Seigneur sur le pouvoir de ses prêtres, telle fut la constante pensée de saint Bernard ; et son temps vit comme lui , dans le pouvoir tliéocratique (jifil s’ell'orçait de fonder, le légitime gouvernement de Dieu, le seul aiupiel le genre humain se soumit par son choix et pour son propre avantage. Ainsi le sentiment des droits de riiomme devenait l’une des bases du pouvoir absolu de l’Eglise.

tin ne saurait donc douter que tes jn emiers fauteufs et partisans de la réforme ne fussent du nombre de ces esprits hardis cl impatients de i)erfcctiünnemcnt , plus importunés des vieux abus ([u’etfrayés île semer de nouvelles chances dans l’avenir. Ils avaient à combattre tout ce qui trouve son profit ou son repos dans le sommeil di; la société, les esjirils grossiers ipii ne savent rien concevoir au-delà de ce ipi’ils voient, les es[irils indolents qui se refusent à la peine de prévoir et de juger, l’inertie des habitudes, l’ancienne possession du pouvoir. On s’indigna plus d’une fois de voir troubler de jiaisibtes -imoniaiiues et inquiéter des marchés ipd faisaient 4a sôrelé des fortunes particulières -, on allégua les droitsdes familles depuislongtemps en jouissancedu bien des pauvres ; on demanda pourquoi tant de nouveautés et ceipii reviendrait au monde de ces études, de ces austérités imposées aux moines, au lieu d’une vie commode et joyeuse. 11 fallut appeler toute l’activité de l’inlellir'rnce à l’aide du progrès commencé ; et toute la raison,

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ESSAI lllSTUKiyiE

toutes les tiiiiiières du toni|>s tr;naillèreiit clan du parti théonaticiue.

Cependant le iiriiieipe d’opposition <|iii avaii à sa naissance devait bientôt se manifester ci sein, et révéler ce (|u’il y avait de contradictoû les moyens des réformateui’s et leur projets, en situation et les principes (pi’ils y voulaient apj Dans la disposition des esprits, tant de ceux cju’i conduire que de ceux (|ui avaient drcnl à goir l’idée d’une théocratie semblait naturelle, fs applicable. Mais la seule base cpi’on pût alors lu lier, le christianisme, répuf.me par sa nature ai verneiiuMit thécKrati<|ue, et devait bientôt le In )iar sou action. La théocratie est un moyen de ci tion qui con\ ient aux temps de barbarie, à ces ép de profonde ifuioraiice où les idées du petit no s’inqioscnt sans résisUmce et sans modification ; populations avides de croire et inca|»ables dejugi l’ignorance ni la crédulité ne manipiaienf aux j»o/ lions du dou/ième siècle; mais le christianisme n’; pas été fait pour elles. Né au sein d’une civilisation avancée, issu d’un grand développement de seidini et d’idées, il axait eu pour premier objet de briser c les Juifs le joug Ibéocratique, de détruire Je règne Pharisiens, de soustraire les esprits à la tyrannie formes, pour les rendre à l’empire de la vérité supréi sentie et acceptée par la conscience individuelle. I pandu ensuite au dehors de la Judée, chez lespenj) les plus éclairés de la terre, élalioré pendant onze .sitr |>ar de puissants et subtils esprits, expliqué, étendu tous sens autant (jiie le pouvait permettre la foi, christianisme oll'rait, dans les seuls écrits avoués rt'ivérés de rÉglise, une multitude d’autorités et d’arg

SIK .4B.\II.ARI) ET HÉI.OISE. I.lll

inenls, armes de discussion plutôt qu’inslnuuents de pouTOir, et il ne pouvait devenir l’objet d’une attention sérieuse et d’une étude réfléchie sans laisser bientôt éclater les germes d’activité et de liberté renfermés dans son sein. Pendant (luelque temps, cette élude, cette attention ne devaient être, comme on l’a dit, le partage que d’un petit nombre d’hommes qui en recevaient un développement précoce, sans rapport avec l’état de la société. Cependant, comme leur influence, active quoique peu étendue, s’exerçait dans une sphère assez élevée, et produisait déjà quelques dissentiments l>arini les hommes chargés de l’enseignement des doctrines, la guerre avait promptement éclaté entre les premiers et les seconds novateurs ; et au temps d’Abailard et de saint Bernard, le parti réformateur s’était divisé en deux factions bien distinctes, dont l’une voulait retenir entre ses mains le mouvement progressif imprimé an monde, tandis que l’autre cherchait à l’accélérer en appelant au concours toutes les forces de l’intelligence. La première, procédant de l’extérieur à l’intérieur, prescrivait une règle à chaiiue action, une direction à chaque pensée, plaçait la vertu de l’homme sous la garde des autorités préposées à sa conduite, et le faisait marcher à la jærfection chargé des liens de l’obéissance. L’autre, fondant les devoirsde l’homme sur sa liberté, ne lui donnait pour maître que sa conscience, et pour règle que sa conviction. C’est ainsi (lu’Abailard veut faire de la raison la base de la foi, et place dans l’intention seule le mérite ou le démérite de l’action. Tel est le principe fondamental du traité de morale connu sous le nom d’Elhka, ou Scilo le ipsum, qu’il composa, selon toute apparence, pour l’usage de son école du Paraclet. Cet ouvrage est le plus remarquable

UV ESSAI HISTORlgi E

(to ceux qui nous n'stenl de lui. IMiis à Tuise a| ment (|iie dans les diseiissions tliéolofficjues, Al a poussé beaucoup jdus loin les consé(|uence; principes, qu’on retrouve d’ailleurs fortemc preintes dans toute sa philosophie et dans les ( qu’Héloïse avait sans doute roçuesdc lui. Cepeii conséquences étaient telles (pi’elles touchaient d parts aux doctrines théologiques. Ainsi Aliaila plus que (juelipies pères de l’Église, ne met ji doute le salut des verlueux jiaïens. 11 établit (j peut iin|)uter à crime l'erreur adoptée île hoi bien que, pour se mettre d’accord avec quelqi sages des aiiotres, il suppose que Dieu les cl peines temporaires. Enfin, et surtout, il s’élève celle rigueur ascétique qui place le jiéché dans U même que nous procurent les objets de nos sem pendamment de l’usage qu'on en fait. 11 liepl l’iu biens et des facultés que Dieu nous a donnés |) 0 i time lorsqu’on en use suivant ses intentions. Ce nion, soutenue avec une assez grande liberté homme sincèrement soumis aux devoirs et n l'esprit de son état, constitue la différeqce profoi aé]iarait Abailard des théologiens de son temps, eux et lui se débattaient la cause de la liberté ( do la règle. L’union de ces deux puissances n’app qu’à ces temps éclairés cpii sont comme l’àge vi nations. Il est, jiour les |»euples comme pour 1 dividus, un état d’enfance oit la raison des bo; loin d’être en état de les conduire, peut à pt'iiie à les soumettre. La liberté ne se proiluit alors i| des désordres qui contribuent, sans doute, aux p du développement social, mais que peuvent à boi redouter les généiations aux dépens de qui se

SIB .^B.AlUnn ET HÉtOÏSE.

travail dont ollos no (îonl pas doslinoos à rpcnoillir los fruits. Iæs chefs ecclésiastitpios, seuil pouvoir mohul que reconnût, ai| xii' siècle, la société, durent voir avec effroi des doctrines d’ipdépondance éhrnnler les seules autorités au\(|uelles eux-incmes reconnus: eut la force comme le droit de maintenir la morale sociale, et même par l’injustico et la persécution, ils défendirent de bonne foi leur temps d’un danger peut-être réel, et la vérité d’un triomphe prématuré,

11 est assez prohahle (jiio le voisinage de Clairvaux ajouta quelque chose à l’espèce d’insulte que ces pieux personnages voyaient nécessairement dans la singulière fondation du Paraclet C’est a cette époque, nous ajiprend Alwiilard, que commencèrent à se déclarer contre lui « certains nouveaux apôtres en grand crédit par le monde, et dont l’un se vantait d’avoir ressuscité l’ordre (les chanoines, l’autre celui des moines, saint Norbert, fondateur de Prémontré et réformateur des chanoines, et saint Bernard, alors Agé de trent(vtrois ou trente- (piatre ans, et dt\jà en possession de cette jiuissance (|u’il oxen;a plus d(î trente ans sur l’Église et lu chrétienté. B Héloïse, plus aigrie ou moins réservée ([u’Aliailard, (lualilie encore plus durement ceux dont il avait à se |)laindre. L’un et l’autre écrivaient avant lo con^ cile de Sens, et étaient loin de prévoir les coups sous lesquels devait enfin succomber le chef du parti philosophi(|ue.

On avait atUu|ué comme inutile et presque comme hérétique la dédicace au Paraclet; il ne parait pas ccftcndant que cette chicane ait eu des suites sérieuses. On ignore à (luelles inculpations plus graxes curent alors recours les hommes (juc blessaient le nouvel établissement et l’éclat dont brillait le nom de son fonda-

ESSAI HISTORIQIE

tour : AlMiilard nous dit seulement (jue des diser lomnieux attaquèrent sa conduite ainsi que sa do et que soutenus de Tautorité de ses deux redoi adversaires, répandus par eux dans le inonde, « ii rent par lui aliéner les puissances non-seulement siastiques, mais séculières, lui enlevèrent ses p paux amis, et contraignirent ceux qui lui conser de rattachement à le dissimuler par crainte. » ( connaît pas davantage le genre des persécutions quelles Ahailard fut en hutte; mais elles désolaif vie et avaient frappé son imagination à tel point « n’entendait pas parler d’nne convocation ecclésiasf de quelque sorte ([iie ce fût, qu’elle ne lui parût i pour objet sa condamnation, et qu’il ne s’attenc tout moment à être traîné devant les conciles cor hérétique ou sacrilège. » Dans cet état d’angoissi désespoir s’empara de Ini, et pins d’une fois, songt à fuir la domination des chrétiens, il forma le pr d’aller « au pays des infidèles chercher le repos, pour un trihnt tel qn’on voudrait l’exiger, vivre cli tiennement au milieu des ennemis du Christ. « J’esj rais, » ajoute-t-il, « les trouver d’autant ]»lus favorahl que, d’après le crime qui m’était imputé, ils pourrait me soupçonner de n’ètre pas chrétien, et me croi ainsi plus disposé à embrasser leur foi. » Espoir singi lier, et dont, il faut le croire, Abailard ne s’est ainu que comme d’une combinaison d’esprit.

Au milieu de ces agitations, il crut entrevoir ii port de salut, l^es moines de Saint-Gildas de Ruys'

• Cette abbaye était située sur le bord delà mer, au bourg deRuys diocèse de Vannes, dans la Basse-Bretagne. Elle fut fondée, au vi‘ siècle, sous Cbilpéric, fils de Mérovée, par saint fiildas, dit le S.ige,

dans le diocèse de Vannes, venaient de le choisir pour leur abbé. Il obtint sans peine de l’ablié et des moines de .Saint-Denis la permission d’accepter, et les terreurs qui le poursuivaient en France l’emportèrent sur l’effroi de ce qui l’attendait en Bretajnie : « des moines déréglés et indomptables, un pays barbare, dit-il, situé à l’extrémité des terres, sur le liord des ondes de l’Océan, et habité par des peuples féroces et turbulents dont la langue lui était inconnue. » Cependant rien ne l’arrêta : il rompit son école, et partit pour Ruys. Il y trouva ce qu’il aurait dû prévoir, des difficultés au-dessus de son énergie, des peines trop fortes pour son courage, le désordre au dedans et au dehors, les terres de l’abbaye envahies par un puissant xoisin, auipiel des moines sans règle, et par conséquent sans autorité, n’avaient aucun moyen d’imposer ; des embarras d’administration que les moines, irrités des tentatives de réforme de leur nouvel abbé, s’appliquèrent bientôt à lui rendre insurmontables; point de secours dans une population semblable aux gens contre lesquels il aurait eu à se défendre, et, au milieu de ces sauvages, l’éloquence, l’esprit, la science, la renommée complètement inutiles. Dans sa détresse, le désolé Abailard tournait des regards de repentir vers le Paraclet, que, sans absolue nécessité, il avait laissé désert, négligé, trop pauvre pour fournir à l’entretien d’un desservant. Il apprit que les religieuses d’Argenteuil, parmi lesquelles Héloïse occupait alors la gnité de prieure.

abbé d’un monastère d'Angleterre. Les religieux élaient de l’ordre de saint Benoit; ceux de la congrégation de Saint-Maur y furent introduits en 1649. Celle abbaye ne doit pas èire confondue avec celle de Saiiit-Gildas-des-Bois, qui est dans le diocèse do >'antes.

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