‹ Abailard et HéloïseChapitre 17 sur 80 · I.IX · texte numérisé non relu

I.IX

srn AbAlLAIU) ET HÉLOÏSE.

reiii-éc, et. le mérite de sa conversation d'autant plus l’echerchée qu’on en jouissait plus rarement. « Les évêques, dit-il^, la chérissaient comme leur fille, les abbés comme une sœur, les laïques comme leur mère. » .\bailard voyait avec joie la prospérité croissante du Paraclet. Le soin d’instruire, de diriger des consciences soumises, le reposait des amers travaux de son gouvernement de Saint-Gildas. 11 retrouvait, dans la société d’esprits capables de l’entendre, un aliment à l’activité du sien. Cependant une attention jalouse ne pouvait man(|uer de s’attacher à un établissement formé sous sa conduite. Ce fut probablement dans l’un des intervalles de l’im de ses fréquents voyages au monastère (ju’Héloïse reçut la visite de saint Bernard. Celui-ci, assistant à leurs offices, s’aperçut que, dans ce passage de l’oraison dominicale, panem noslrum quoiidianum da nobis hodiè, les religieuses substituaient au mot quoiidianum, donné par la version de saint Luc et reçu par l’Église, le mot super substanlküem, donné par la version de saint Matthieu. 11 censura vivement cette nouveauté, (d Abailard ne l’ignora pas longtemps. 11 supportait peu les critii[ues, et peut-être celles de saint Bernard le trouvaient-elles déjà disposé à l’aigreur. La lettre cpi’il lui écrivit à ce sujet dut la rendre réciproque, et compte probablement au nombre des incidents qui ont envenimé leurs querelles.

D’autres censures plus fâcheuses pour Abailard vinrent bientôt troubler son repos et les consolations qu’ij commençait à goûter. On calomnia ses relations avec Héloïse ; ni son âge ni son malheur ne le garantirent du soiqiçon, ou du moi os des propos. Elfrayé de la moindre atla([ue, sensible à la moindre blessure, Abailard, comme a l’ordinaire, cé'da sans résistance et sans

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l'ésij^iuiüoii, et s’eii reloui'iia avec im l'edoiihlciiieiil de ehaj4Tin détendre sa vie contre tes ernbûcties et les violences de ses moines, déterminés à se défainî de lui a (luelque prix (lue ce lïit. En vain s’arma-t-il de l’excommnnicalionj en vain l’antorité du j)aj)e vint-elle à son secours pour expulser du couvent de Saint-Gildas de Uuys les moines les plus rebelles et ceux cjudl croyait avoir le j)lus a craindre. Oblif>é de s'éloigner lui-mème <iuel(jiie tem|)s [)onr échapper aux ])lus grands dangers, il les retrouva à son retour. On avait tenté de Eenipoisonner dans le vin de l’autel ; il avait vu |)érir un jeuiu* moine pour avoir mangé des aliments (jui lui étaient destinés. Au dedans, au dehors du couvent, des assas- .sins menaçaient sa vie. [In accident le mit en i)éril, il tomba de cheval, se blessa à la niKiue dn cou, et l’alfaiblissement de la maladie vint s’ajouter à toutes les autres causes d’abattement et d’anxiété.

G’est dans cette disposition d’espiât qu’Abailard a écrit VUisloria cahimilaiurn suariim , adressée, dit-il, à un ami (pii se [ilaignait de ses malheurs, pour le consoler par le récit de malheurs plus grands encore. Rien n’indi([ue en faveur de ipiel ami Abailard s’est ainsi occiqié de ses piopres peines; rien n’anlorise même à aflirmer • pie cette forme de lettre à un ami ne soit pas simjdement le cadre dans leipiel il aura Jugé à propos de placer cette histoire déplorable. Gi' ipi’il y a de cerlain, c’est ipte , [ironqitcmeid, ré|)andue, elle i»arvint bientôt à Héloïse et devint l’occasion d(! cesleltres fameuses ipii ont porté Jusipi’a nous la réputation poétiijue des deux amants.

Il serait assez diflicile de se bien expliipier ipielles causes avaient tenu si longteinjis Héloïse dans le silence, cl quelles causes rengagèrenl alors a le rompre. Autaul qu’on eii |)eul juger par mie lettre posliM’iiMiredAbailard.

l;i violence de la douleur d lléloïse avait, dans les premiers niomenls, importuné un tioinme en (jui les passions éteintes ne laissaient jdus (jue le besoin du reposj ('t, toujours dévouée, Héloïse s’était probablement interdit (les relations dont elle ne pouvait plus lui adoucir l’amertume. Mais Ui temps, en calmant les agitations de son âme, avait fait sentir à Héloïse (piels liens doux et cbers pouvaient lui rester encore; elle les avait regrettés, et elle saisit avec ardeur l’occasion de les renouer. In- (iuièt(‘ des pcïrils que court Abailard au milieu des sauvages moines de Saint-Gildas, elle lui écrit pour le conjurer de la rassurer, ainsi (jne la communauté dont il est le père. Mais une antre [(cnséc la préoccupe : femme d’Abailard, victime de son amour et de son malheur, mise i)ar lui à la tète d’une connmmauté qu’il a paru prendre sous sa direction , elle a droit a des consolations, à des instructions cjn’il n’a i)as songé à lui donner. C’est en ce sens seulement ([u’on peut entendre le rei)roche (pi’cllc lui adresse , à deux reprises ditferentes , de l’avoir tellement négligée, soit dans les |»remiers moments de son entrée en religion, « lorscpie agitée, flottante, elle avait besoin d’apiuii, soit lorsiiue son âme est enfin demeuréîc brisée sous une longue tristesse, (pic jamais il u’a essayé de la consoler, absent par ses lettres, jirésent par ses discours. » Comnu! il est certain cpx’ Abailard a plusicnrs fois visité Héloïse an Paraclet, et ([ue, d’après ce (pi’il lui dit (msuite des anciennes et continuelles plaintes ([u’elle formait contre la Providence, on ne peut douter (pi’il n’eiit , (piebiue temps au moins, conservé ses relations avec elle, il est clair qu’elle ne peut se plaindre (pie de n’avoir pas reçu de lui les consolations spirituelles dont elle avait besoin. Elle lui rapj)ellc tous l('s traités adresses par des saints a (l(‘ pieusi's t(*mm(*s

l.XII

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dans rinU'ulioii de his iiislritirc, do les consoler on d(‘ les encoijrap:or à la vertu. Cependant nnlle n’avait aillant de droit qn’ellc, nulle n’a jamais en à réclamer le prix d’un plus grand sacrifice. De iiui rattendra-t-elle si ce n’est de celui à (}ui elle s’est consacrée? « Dieu, » dit-elle , « ne me doit point de récompense ; je n’ai rien tait pour lui.... Seul au monde, tu peux m’affliger, seul tu peux me donner de la joie ou de la consolation.... Si mon âme n’est pas avec foi, elle n’est nnlle part, car elle ne peut exister sans toi. » Que n’avait-elle pas cru devoir se iirornettre de lui, pourtant de dévonenient, [lourtant de constance, et combien jieu elle lui demande en retour! Mais un soupçon s’est élevé dans son âme : il ne l’a point aimée; le seul attrait des plaisirs l’attirait vers elle ; en perdant les plaisirs de l’amour, il a perdu tout ce (pi’il lui témoignait d’affection. Voilà ce que tout le monde iiense aussi bien qu’elle, et [ilùt à Dieu qu’Abailard lui donnât les moyens de l’en excuser ou de le cacher! Plût à Dieu qu’il fût moins sûr de l’affection qu’elle lui porte! il s’appliquerait encore à l’obtenir. Que du moins il songe à ce ijii’elle a fait pour lui , à ce qu’il lui doit; (jn’il lui rende, autant qn’il le pourra, par ses lettres, la douceur de sa jirésence. Ranimée, elle vaiiuera avec |)lus de ferveur an service divin. Lorsipie jirès d’elle il eberebait les plaisirs, ses lettres ne cessaient de la visiter, ses vers mettaient dans lontes les bouches le nom d’Héloïse : n’cst-ce pas un soin pins légitime de la porter vi'rs Dieu ipie de l’exciter aux volu[)tés ?

li'lle est a peu près la marche des sinitiments dans cetlepremicre lettre , mélange remanpiahle de tendresse cl d’amertume, de passion et d’arrangement lilléi-aire. Maigre la vivacih' du sentiment ipii la domine, Héloïse

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