‹ Abailard et HéloïseChapitre 42 sur 80 · I.ETHUÎ D’AIt.VILAHI · texte numérisé non relu

I.ETHUÎ D’AIt.VILAHI

iütrepideiiieiil. Le Seigneur nous montre en eux mie eliair sans toree, car à l’article de sa Passion, ils ne purent pas même veiller une heure avec lui ; au contraire, les femmes en pleurs prolongèrent toute la nuit leur veille près du sépulcre, et ont mérité d’être les premiers témoins de sa résurrection. En restant fidèles à sa mort, elles ont prouvé, moins par des paroles que par des actions, comliien elles l’avaient aimé de son vivant; et c’est à leur pieuse sollicitude pour lui pendant sa Passion et après sa mort, ipi’elles ont du la faveur de participer les premières à la joie de sa résurrection.

En effet, tandis que, selon saint Jean, Joseph d’Ariniathieel Nicodème entouraient de linges le corps du Christ, et l’ensevelissaient avec des aromates, Marie-ftiadeleine, et •Marie, mere de Joseph, au témoignage de saint Marc qui signale leur zèle, remarquaient avec soin l’endroit ou il serait déposé. Saint Luc en fait aussi mention lorsqu’il dit; «Les femmes qui avaient suivi, et qui étaient venues avec, Jesus-Christ de la Galilée, virent le tombeau, et comment le corps était placé ; et s’en retournant, elles préparèrent des^ aromates. » Elles ne crurent pas ceux de Nicodème suttlsants : elles voulurent y ajouter les leurs. Le jour du sabbat les empêcha d’exécuter leur dessein ; mais, selon saint Marc, après le sabbat, iMarie-Madeleine, Marie, mère <ie Jacques, et Salomé, vinrent de très-grand matin au tombeau, le jour même de la résurrection.

.Maintenant que nous avons montré leur dévotion, examinons quelle tut la récompense qu’elles méritèrent. D’al:ord la vision angélique les consola en leur apprenant que la résurrection du Seigneur était accomplie; enfin elles le \ irent elles-mêmes avant tout le monde et le touchèrent, Mari(‘-Madeleine la première, dont le zèle était plus ardent, cl eusiufe en même temps que les autres, desquelles il est

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écrit qu'après la vision angélique « elles sortirent du tombeau^ courant annoncer aux disciples la résurrection du Seigneur. » Et Jésus vint au-devant d'elles et leur dit : « Je vous salue. » Or elles s'approchèrent de lui^ elles touchèrent ses pieds et l'adorèrent. Alors il leur dit : « Allez annoncer à mes frères qu'ils aillent en Galilée ; là ils me verront. »

Saint Luc, poursuivant ce récit : a C’était Madeleine, dit-il, et Jeanne, et Marie, mère de Jacques, et les autres femmes qui étaient avec elles, qui disaient cela aux apôtres. » Saint Marc ne laisse pas ignorer que ce fut d’abord l’auge qui les envoya porter cette nouvelle aux apôtres, lorsqu'il leur dit : « Il est ressuscité, il n’est plus ici; mais allez, dites à ses disciples et à Pierre qu’il les précédera en Galilée. » Le Seigneur lui-même, apparaissant d’abord à Marie-Madeleine, lui dit ; «Allez à mes frères, etdites-leur (pie je monte vers mon Père. » Ce qui nous donne à connaître que ces saintes femmes sont les apôtres des apôtres, puisque ce sont elles qui furent envoyées par le Seigneur ou par les anges pour annoncer aux disciples cette grande nouvelle de la résurrection que tout le monde attendait, afin que d’abord ils apprissent d’elles ce qu’ils devaient ensuite prêcher au monde entier.

L’évangéliste a raconté comment après sa résurrection 1(‘ Seigneur s’offrit à leurs regards, et les salua, afin de leur donner dans cette apparition et dans ce salut des témoignages d’une sollicitude et d’une bienveillance extraordinaires. Nous ne voyons pas, en effet, qu’il ait employé visà-vis de qui que ce soit ce mot : Je vous salue; il avait défendu, au contraire, à ses disciples de saluer personne, en leur disant : «Vous ne saluerez personne dans le clu*min, » comme s’il eût réservé ce privilège aux saintes femme;;, pour le leur accorder lui-même, lorsqu’il aurait i'eeou((uis la gloire de son immortalité.

UÎTTRE d’aBAII.AIU)

Les Actes des Apôtres, lorsqu’ils rapportent qu’aussitôt aj)rès l’ascension du Seigneur ses disciples revinrent du mont des Oliviers à Jérusalem, et (pi’ils décrivent la piété de leur sainte congrégation, ne passent point sous silence la persévérance de la dévotion des saintes Omîmes : « Ils étaient tous persévérant unanimement en prières avec les femmes et Marie, mère de Jésus. »

Mais pour ne plus rien dire des femmes juives qui, converties les premières à la foi, le Seigneur vivant encore dans la chair, et prêchant lui-même, ont jeté les fondements du genre de vie que vous avez embrassé, parlons des veuves grecques dont la conversion est due aux apôtres. Avec quelle attention ne les traitèrent-ils pas, pnisqu’ils nommèrent pour veiller à leurs besoins le glorieux Enseigne de la, milice chrétienne, Étienne, ce premier martyr, avec quehiues autres saints personnages! D’oii il est écrit dans les mêmes Actes : « I.e nombre des disciples se mnltipliant, il s’éleva un murmure des Grecs contre les Hébreux, parce que leurs veuves étaient méprisées dans la répartition des secours de chaque jour. G’est poiu'(|uoi les douze apôtres ayant convoqué tous leurs disciples, leur dirent : Il n’est [)as juste que nous (piittions la |)arole de Dieu pour veiller aux tables. (Choisissez donc, mes frères, parmi vous, se])t hommes d’une conduite irréprochable, remplis de sagesse et de l’Esju'il saint, atin (|ue nous les |)reposions à cette (xaivre. Pour nous, nous devons nous livrer entièrement à la prière et à rinstruction. Ge discours plut à toute l’assemblée; et ils ehoisirimt Etienue, plein de foi et de l’Esprit saint, avec Philipi»(‘, et Proehore, et Nicanor, et Timon, et Parménas, et Nicolas d’Aulioche, et ils les anuMièrenl d(‘vanl lesa[)ôtres, (|ui leur iniposèreni les mains en priant. »

La preuve de la eouliiienee d'EtieiiiK'. c'est le elioix

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qii’oii ïil de lui pour veiller aux besoins des saintes femmes et leur administrer des secours; la preuve de rexcellence de ce ministère devant Dieu, et de la faveur dont il jouit devant les apôtres eux-mêmes, c/est leur propre prière et rimposition des mains; comme s’ils adjuraient ainsi ceux qu’ils commettaient à cette fonction de s’en acquitter avec tidélité, en cherchant à leur conférer par leurs prières et leur bénédiction le pouvoir qui leur était nécessaire. Saint Paul réclame cette même fonction comme la plénitude de son apostolat : « N’avons-nous pas, dit-il, comme les autres apôtres, le pouvoir de mener avec nous une femme qui soit notre sœur? » C’est comme s’il eût dit clairement ; Est-ce qu’il ne nous est pas permis d’avoir et de mener avec nous, dans notre prédication, un cortège de saintes femmes, comme celles qui accompagnaient autrefois les apôtres, en pourvoyant de leurs propres biens à tous leurs besoins ? C’est ce qui a fait dire à saint Augustin dans son livre des Travaux des moines : « Pour cela ils avaient de saintes femmes, riches des biens de ce monde, qui les accompagnaient, et qui leur administraient les secours temporels, afin qu’ils ne manquassent d’aucune des choses nécessaires à cette vie. Quiconque, dit-il encore, pourrait penser que les apôtres ne })ermettaient point ii ces saintt's femmes, de partager leurs excursions pieuses, et de les suivre partout oii ils prêchaient TEvangile, peut s’assurer, en lisant TEcriture, que les apôtres n’ont fait en cola qu’imiter Texem{)le même du Sauveur. En effet, il est ec'rit dans l’Évangile ; « Dès lors il allait par les cités et par » les bourgades, annonçant le royaume de Dieu, et avec » lui ses douze apôtres, et quelques femmes qui avaient )) été guéries d’esprits immondes et d’infirmités, Marie sur- » nommée Madeleiiuq .leanne, épouse de Cuza l’intendant )i d'Hérode, (d plusieurs autres qui cnqiloyaient leur propre

LETTRE D'ABAILAHn

» fortune à le servir. » Ce qui {)rouve que le Seigneur luiuiême, dans sa luission spirituelle, a été secouru pour le temporel par des femmes, et qu’elles s’attachaient à lui et aux apôtres comme des compagnes inséparables. »

Enfin, le nond)re des femmes qui embrassèrent ce genre de vie s’étant mnltiplié comme celui des bommes, elles eurent comme eux des monastères particuliers dès la naissance de l’Eglise. L’Histoire ecclésiastique rapporte que Pbilon, ce Juif éloquent, après avoir fait un éloge magnifique de l’église d’Alexandrie sous la conduite de saint Marc, dit entre autres choses : « Il y a dans beauconp de contrées des bommes de cette religion. En chaque endroit il se trouve une maison consacrée à la prière, et qu’on nomme Senivor, ou Monastère. » Et pins bas : « Non seulement ils comprennent les hymnes anciens les pins difficiles, mais ils en composent enx-mêmes de nouveaux en 1 honneur de Dieu, et les chantent avec une mélodie grave (‘t qui n’est pas sans charme. » Dans le même endroit, après avoir parlé fort an long de leurs austérités et des saints offices du cnlte, il ajoute : « Avec les hommes dont je fais mention il y a aussi des femmes, ])armi lesquelles il se trouve déjà plusieurs vierges fort âgées qui ont conservé leur innocence et leur pnret('“, non par force, mais par dévotion; qui, dans leur amour pour la sagesse, veulent que leur âme soit consacrée à Dieu aussi bien que leur corps, pensant qn’il est indigne et de livrer à l’esclavage des passions charnelles le vase préparé pour rec'e- 'oir la sagesse, et d’enfanter pour la mort, lorsqu’elles aspirent aux immortels embrassements dn Verbe divin. <‘t a cette fécondité glorieuse dont les fruits ne sont point exposés à la corruption de la nature mortelle. Il dit encore, an sujet de ces con'grégations, que les hommes cl les leniuK's \ iveni s('‘pai'(''menl dans les monastères, et

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qu’ils célèbrent vigiles, comme nous avons coutume de le faire. »

L’éloge de la philosophie chrétienne, c’est-à-dire de la \ie monastique également embrassée par les femmes et les hommes, se trouve consigné dans V Histoire Tripartite, liv. t", chap. XI, en ces termes :

« C’est Élie, à ce que l’on croit, et Jean-Baptiste, qui les premiers ont embrassé cette philosophie supérieure. »

Philon le pythagoricien rapporte que, de son temps, des Hébreux de grand mérite étaient venus de toutes parts se réunir dans une maison de campagne située sur une colline, au bord d’un lac, pour se livrer à cette philosophie. Ce qu’il dit de leur demeure, de leur nourriture et de leurs entretiens, est absolument conforme à la vie des moines actuels d’Égypte : « Ils ne mangeaient jamais, suivant cet écrivain, avant le coucher du soleil; ils s’abstenaient en tout temps de vin et de tout ce qui a du sang, ne vivant que de pain, de sel, d’hysope, et ne buvant que de l’eau. Des femmes vierges, déjà parvenues à la vieillesse, et qui avaient renoncé d’elles-mêmes au mariage par amour pour cette philosophie, vivaient avec eux. »

Saint Jérome, dans le chapitre huitième de son livre des Hommes illustres, parle ainsi à la louange de saint Marc et de son église : « Marc, le premier qui annonça le Christ à Alexandrie, fonda une église qui, par la grandeur de sa doctrine et la pureté de ses moeurs, força tous les sectateurs du Christ à imiter son exemple. » Enfin Philon, le plus éloquent des Juifs, voyant la première église, celle d’Alexandrie, judaïser encore, composa un ouvrage à la louange de son pays sur la conversion des Juifs ; et de même que saint Luc raconte que les croyants de Jérusalem avaien t tout en commun, Philon rapporte de son coté ce qui se

LETTRK d’aUAII.ARI»

passait sous ses yeux dans l’église d’Alexandrie, enseignee par saint Mare.

Saint Jérôme dit encore, oliap. xi : « Nous avons mis an rang des écrivains ecclésiastiques le Juif Pliilon, natif d’Alexandrie, et du corps des prêtres, parce que dans le livre qu’il a composé sur la première église, fondée par l’évangéliste saint Marc à Alexandrie, il a fait l’éloge de nos frères, rappelant qu’il y avait encore beaucoup d’autres chrétiens répandus dans diverses provinces, et que leurs habitations s’appelaient monastères. »

11 est donc évident que les premiers chrétiens sont le modèle de nos moines, qui tâchent et qui désirent de les imiter, en é^•itant de rien posséder en propre, d’avoir parmi eux ni riches ni pauvres, en partageant leur patrimoine aux indigents, en se livrant à la prière, à la psalmodie, à l’instruction et à la continence. Tels furent, selon saint Luc, les premiers croyants de Jérusalem.

En parcourant l’ancien Testament, on y trouve que les femmes ne s’étaient point séparées des hommes dans tout ce qui concerne Dieu et les actes particuliers de religion, et que non seulement, ainsi qu’eux, elles ont chanté en son honneur les cantiques divins, mais qu’elles en ont composé elles-memes. Les hommes et les femmes ont d’abord chanté ensemhle le cantique composé pour la délivrance d’Israël; et de ce moment elles ont acquis le droit de célébrer les offices divins dans l’Église, ainsi qu’il est écrit : « Marie la prophétesse, sœur d’Aaron, prit un tambour dans sa main, et toutes les femmes la suivirent avec des tambours et des chœurs, et à leur tête elle entonna ce cantique : Ehantons en l’honneur du Seigneur, car sa grandeur a éclaté glorieusement. » Il n’est ])as question dans cet endroit que Moïse ait prophétisé, ni chanté avec

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Marie, ni même que les hommes aient eu un tambour ou un chœur ainsi que les femmes.

Lors donc que Marie, entonnant le cantique, est appelée prophétesse, il paraît que c’est moins pour avoir composé ou récité de mémoire ce cantique, que pour l’avoir produit en prophétisant. Elle est représentée chantant à leur tête, pour montrer l’ordre et l’accord qui régnaient dans leur concert. Elles accompagnèrent leur voix du son du tambour et en formant des chœurs; ce qui est non seulement l’indice de leur grande dévotion, mais encore le mystique symbole du Cantique spirituel dans nos congrégations monastiques.

C’est ainsi que David nous exhorte à les imiter, lorsqu’il dit : « Louez le Seigneur avec des tambours et des chœurs,» c’est-à-dire dans la mortification de la chair et dans cet accord de charité qui a fait dire : « La multitude des fidèles n’avait qu’un cœur et qu’une âme. »

Leur sortie du camp pour chanter le Seigneur tient encore au mystère, car toute la vie contemplative est figurée par cette allégresse. En etïét, l’âme suspendue aux choses du ciel quitte pour ainsi dire le camp du terrestre séjour, et, de l’intime douceur de sa contemplation, elle entonne triomphalement l’hymne spirituel à la gloire du Seigneur.

Nous voyons encore dans l’ancien Testament les cantiques de Déhora, d’Anne et de la veuve Judith, comme dans l’Evangile celui de Marie, mère du Seigneur. Anne, offrant le petit Samuel, son fils, au temple du Seigneur, donne aux monastères, par cet exemple, l’autorisation de recevoir des enfants. C’est pourquoi saint Isidore, écrivant à ses frères établis dans le monastère d’Honorat, leur dit : « Quiconque sera présenté par ses propres parents dans un monastère, saura qu’il doit toujours y rest(T ; car Anne

LETTRE d’aBAILARÜ

a présenté son fils Samuel au Seigneur^ et il demeura an service du temple oii sa mère l’avait consacré, et il s’\ acquitta des fonctions qu’on lui avait destinées. »

11 est certain que les tilles d’Aaron appartenaient absolument, ainsi que leurs frères, aux fonctions du sanctuaire, et qu'elles devaient hériter du sort de la tribu de Lévi, puisque le Seigneur assura leur entretien, ainsi qu’il le dit lui-même à Aaron, suivant le livre des Nombres : a Toutes les prémices du sanctuaire offertes au Seigneur par les enfants d’Israël, je vous les ai données, et à vos fds et à vos filles, pour toujours. » 11 ne paraît donc pas que la religion des femmes soit distincte de celle des prêtres ; il est même constant qu’ils étaient unis dans un même nom, puisque nous avons des diaconesses comme des diacres. Ne ponrrait-on reconnaître dans ces deux noms la tribu de Lévi et les lévites ?

Nous lisons aussi dans le même livre que le vœu rigoureux et la consécration des Nazaréens du Seigneur étaient également institués pour les deux sexes, selon les paroles que le Seigneur lui-même adresse à 3Ioïse :

« Parle aux enfants d’Israël, et dis-leur : L’homme ou la femme qui aura fait vœu de sanctification, et cpfi aura voulu se consacrer au Seigneur, s’abstiendra devin et de tout ce qui peut enivrer. Ils ne boiront ni l’un ni l’autre de vinaigre fait avec le vin, ni d’autre boisson que la vigne peut produire ; tout le tenq)s de leur consécration ils ne mangeront ni raisins nouveaux ni raisins secs. Tout le temps de leur séparation ils ne feront aucun usage de tout ce qui sort de ta vigne, depuis le grain jusqu’au pépin. »

C’étaient sans doute des Nazaréennes ces femmes qui veillaient à la porte du temple, et qui livrèrent à i\Ioïs(' leurs miroirs d’airain, dont il fit un vase où Aaron et ses fils se purifiaient, ainsi (pi’il est écrit : « iMoïs{‘ fit placer

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un vase d’airaiii, dans lequel Aaron et ses lils se purifiaient ; et il était fait avec les miroirs d’airain des femmes qui veillaient à la porte du temple. » L’ardeur de la dévotion de ces saintes femmes n’est-elle pas bien peinte^ lorsque J le temple fermé ^ elles restaient à la porte pour célébrer pieusement les vigiles, passant en prières le temps que les hommes donnaient au repos, et n’interrompant pas même la nuit le service de Dieu? La porte du temple qui leur était fermée figure bien la vie des pénitents , qui sont séparés des autres pour pouvoir s’affliger plus durement des contritions de la ^lénitence. Cette vie certainement est l’image spéciale de la vie des moines, dont l’état n’est autre chose qu’un régime de pénitence amoindrie.

Le tabernacle, à la porte duquel veillaient les femmes, est le mystique tabernacle dont l’Apôtre a dit, parlant aux Hébreux : « Nous avons un autel qui ne nourrit point les desservants du tabernacle ; » c’est-à-dire , auquel ne sont pas dignes de participer ceux qui prennent un soin voluptueux de leur corps, dans lequel ils servent ici-bas comme dans un camp. La porte du tabernacle est la fin de la vie présente, lorsque l’âme sort du corps et entre dans la vie future. A cette porte veillent ceux qui sont inquiets de la sortie de ce monde et de l’entrée dans l’autre , et qui , par la pénitence, préparent la sortie de manière à mériter l’entrée.

Au sujet de cette entrée et de cette sortie journalières de la sainte Église, David faisait cette prière : « Que le Seigneur garde votre entrée et votre sortie. » En effet il garde également notre entrée et notre sortie, puisqu’un moment de cette sortie de la terre, si nous sommes déjà purifiés par la pénitence, il nous ouvre aussitôt l’entrée du ciel. C’est avec raison qu’il a nommé l’entrée avant la sortie, parce qu’il a plutôt en vue l’importance que l’ordre des choses ;

LETTRE ü’aRAIL.UU)

et la sortie de cette vie mortelle est une douleur^ taudis que Tentrée dans la vie éternelle est une joie triomphante.

Les miroirs de ces femmes sont leurs œuvres extérieures, dans lesquelles on voit la turpitude ou la pureté de l’ânie, comme dans un miroir corporel on voit la laideur ou la beauté du visage. De ces miroirs on fait un vase dans leqtud Aaron et ses fds se purifient, car les œuvres des saintes femmes et la constance infatigable de ce sexe faible dans le service de Dieu condamnent la négligence des pontifes et des prêtres, et servent surtout à leur arracher des larmes de componction. Et, s’ils remplissent envers elles leur devoir de sollicitude, les bonnes aaivres de ces femmes préparent aux fautes qu’ils ont commises le pardon par lequel ils sont purifiés.

C’est de ces miroirs que saint Grégoire se préparait le vase de la componction, lorsque, admirant la force des saintes femmes et la victoire que ce faible sexe remportait dans le martyre, il s’écriait en soupirant : « Que diront ces barbares, en voyant tant de faiblesse supporter les plus afifeux tourments pour .lésus-Cbrist, et tant de fragilité sortir victorieuse d’un si pénible combat ? car les femmes ont remporté souvent la double couronne du martyre et de la virginité. »

Au nombre de ces femmes qui veillaient à la porte du tabernacle, comme des Nazaréennes du Seigneur, et qui lui avaient consacré leur veuvage, il faut sans douti* placer Anne , cette sainte femme qui mérita, conjointement avec saint Sirnéon, de recevoir dans le temple le véritable Nazaréen de Dieu, Jésns-Cbrist , d’être remplie d’un esprit plus que prophétique, de reconnaître ainsi le Sauveur à la même heure que saint Simeon, et d’annoncer publiquement qu’il était venu.

L’évangéliste s’étend avec une complaisance particulière

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sur les louanges de cette feninie : « H y avait, dit-il , uue propliétesse nommée xVmie, lillc de Iduuiuel , de la tribu d’Aser.. Elle était fort avancée en âge, et avait vécu seulement sept ans avec son mari , depuis qu’elle l’avait épous(‘ étant vierge. Elle était alors veuve, âgée de quatre-vingt- (piatre ans, et elle ne s’éloignait jamais du temple, servant Dieu jour et nuit dans les jeûnes et dans les prières. Etant donc survenue en ce môme instant , elle se mit à confesser la venue du Seigneur et à parler de lui à tous ceux qui attendaient la rédemption dans Jérusalem. »

Observez tout ce que dit l’évangéliste, l’attention qu’il apporte à louer cette veuve, et comment il exalte sa sainteté. 11 parle d’abord du don de prophétie dont elle jouissait depuis longtemps, de son père, de sa tribu, des sept années qu’elle passa avec son mari, du temps de ce long veuvage qu’elle avait saintement consacré au Seigneur, de son assiduité au temple; ensuite de ses jeûnes, de sa prière continuelle et de ses actions de grâces, et de cette inspiration divine qui lui fit annoncer publiquement la naissance du Sauveur promis ; et le même évangéliste, en parlant plus haut de la vertu de Siméon, ne dit pas qu’il eût le don de prophétie ; il ne met en balance ni sa pureté, ni ses jeûnès, ni son exactitude à servir le Seigneur, et il n’ajoute point qu’il annonça aussi le Seigneur.

Cette vie de sainteté et de perfection me paraît aussi partagée par ces véritables veuves dont parle l’Apôtre en écrivant à Timothée : « Honorez, dit-il, les veuves qui sont vraiment veuves. » Ensuite : « Mais que la veuve qui est vraiment veuve et abandonnée espère en Dieu et persévère jour et nuit dans les prières et les oraisons. Et cela principalement pour qu’elles soient irrépréhensibles. » 11 ajoute : « Si quelqu’un des fidèles a des veuves qui lui soient proches, qu’il leur donne ce qui leur est nécessaire,

LETTRK d’aBAILAKU

et que l’Église n’en soit pas chargée, afin qu’elle puisse entretenir celles qui sont vraiment veuves. » Il appelle vraies veuves celles qui n’ont pas déshonoré leur veuvage par de secondes noces, et qui, persévérant dans cet état par dévotion et non par nécessité, se sont consacrées au Seigneur. 11 les dit abandonnées, parce qu’elles ont renoncé à tout sans s’être réservé la moindre consolation sur la terre, on parce qu’elles n’ont personne pour prendre soin d’elles. Ce sont celles-là qu’il ordonne d’honorer et d’entretenir aux dépens de l’Église, comme des propres revenus de .lésus-Christ leur époux.

Il indique soigneusement aussi celles d’entre ces veuves qu’il convient de choisir pour le ministère du diaconat, lorsqu’il dit : « Choisissez pour diaconesse une veuve qui n’ait pas moins de soixante ans ; qu’elle n’ait en qu’un mari, et qu’on puisse rendre témoignage de ses bonnes œuvres ; si elle a bien élevé ses enfants ; si elle a exercé l’hospitalité ; si elle a lavé les pieds des saints ; si elle a secouru les affligés; si elle s’est appliquée à toutes sortes de bonnes œuvres. Évitez de choisir pour cet emploi des veuves plus jeunes. »

Saint Jérôme dit à ce sujet : « N’admettez point au ministère du diaconat les veuves qui sont jeunes , de peur qu’elles ne donnent le mauvais exemple au lieu du bon. Leur âge est plus fragile et plus incliné vers la tentation ; et, faute de cette expérience qui s’acquiert par les années, elles pourraient devenir un sujet de scandale plutôt que d’é'ditication. » Le mauvais exemple qu’il faut redouter de la part des jeunes veuves est clairement signalé par l’Apôtre. L’expérience ne lui laissait aucun doute à cet égard, et il veut prévenir par ses conseils un semblable danger. Aprè^ avoir dit : « N’admettez point les jeunes veuves, » il donne aussitôt la cause de son sentiment, et indique le

A llÉLOÏSI-%

remède préservatif qu’il faut employer : « Parce que, après leurs noces avec Jésus-Christ, voulant se reinaiiei, elles ont leur condamnation en ce qu’elles ont fausse leur première foi. Et avec cela aussi étant oisives, elles apprennent à courir de maison en maison, et non-seulement elles sont oisives, mais encore causeuses et curieuses , s’entretenant de choses dont elles ne devraient point parler. J’aime donc mieux que les jeunes veuves se marient , ([u’elles aient des enfants, qu’elles gouvernent leur ménage, et qu’elles ne donnent aucune occasion à l’adversaire de médire, car déjà quelques-unes se sont détournées pour suivre Satan. »

Adoptant la prudence de l’Apôtre dans le choix des diaconesses, saint Grégoire écrivait ainsi à Maxime, évéque de Svracuse c « Nous vous défendons tres-expressément de nommer de jeunes abbesses 5 que votre hrateinité ne permette point qu’aucun évêque donne le voile a une vierge sexagénaire, avant de s’être assuré que sa vie et ses mœurs sont irréprochables. »

Celles que nous appelons actuellement abbesses s’appelaient autrefois diaconesses, comme étant plus ser\ antes que mères. Diacre signifie serviteur, et les diaconesses étaient ainsi nommées parce qu’elles doivent servir les autres, et non parce qu’elles leur commandent, selon que le Seigneur lui-même l’a institué, tant par ses exemples que par ses paroles : « Celui qui est le plus grand parmi vous sera votre serviteur. » Et une autre fois . « Quel est le plus grand de celui qui est à table ou de celui qui sert? Pour moi, au milieu de vous je suis comme celui qui sert. » Et ailleurs : « Comme le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi , mais pour servir les autres. »

Fort de l’autorité du Seigneur, saint Jérôme osa blâmer

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