‹ Abailard et HéloïseChapitre 45 sur 80 · I.ETTltb: d’aIîAII.ARD · texte numérisé non relu

I.ETTltb: d’aIîAII.ARD

lenieiil la grâce, et qu^elle jouit du privilège d^une consécration qui lui est particulière; consécration si auguste qu elle n est point permise, excepté le cas de mort imminente, à d autres époques que le jour de l’Épiphanie, l’octave de Pâques et les fêtes des Apôtres. Et même il n’appartient qu’au chef des prêtres, c’est-à-dire à l’évêque, de procéder a la bénédiction des vierges et du voile qui doit couvrir leurs têtes sanctifiées. »

Pour les moines, quoiqu’ils soient de même profession et de même ordre et d’un sexe plus noble, d’ailleurs à mérite égal de pureté, ils ne jouissent pas de cos distinctions honorables. Il est permis a leur alibé de recevoir leurs vœux chaque jour indifféremment, et de bénir leur personne et leur habit. Les prêtres et tous ceux qui sont admis dans les grades de la cléricature peuvent être ordonnés dans les Quatre-Temps , et les évêques chaque jour de ' dimanche ; mais la consécration des vierges, d’autant plus précieuse qu’elle est plus rare, est réservée comme une cérémonie d’allégresse pour les fêtes les plus solennelles.

Cette admirable vertu des vierges excite dans l’Église les tressaillements d’une joie extraordinaire, ainsi cjue David 1 avait prédit par ces paroles : « Des vierges seront amenées au roi ; » et ensuite : « Elles lui seront présentées dans la joie et dans l’allégresse ; on les amènera dans le temple. » On croit que saint Matthieu, l’apôtre et l’évangéliste , a institue ou dicté le rituçl de cette consécration, et c est ce qui se trouve raj)porté dans les actes de son martyre, car il mourut pour la défense de la virginité religieuse. Mais jamais les apôtres ne nous ont rien laissé pai' écrit touchant la consécration des clercs et des moines, (i’est aussi du nom de la Sainteté que leur profession religieuse a tiré le sien, puisque du mot Sanctimonia, c’est-àdire sainteté, dérivé celui de Sanctimonial(‘s ou moinessi's.

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En effet, le sexe des femmes étant pins faible, leur vertu est aussi plus agréable à Dieu et plus parfaite a ses yeux, ainsi qu’il le dit lui-meme en exhortant son Apôtre a combattre pour la couronne delà gloire : « Ma grâce te suffit , car c’est dans la faiblesse que la vertu brille. »

C’est ainsi qu’en parlant, par la bouche de cet Apôtre, des membres de son corps, qui est l’Église, comme s il eût principalement recommandé l’honneur aux membres les plus faibles, il lui fait dire dans cette même épître aux Corinthiens :

« Les membres de notre corps qui nous paraissent les plus faibles sont les plus nécessaires. Nous honorons même davantage par nos vêtements les parties du corps qui paraissent les moins honorables , et nous couvrons avec plus de soin et d’honnêteté celles qui sont les moins honnêtes ; car pour celles qui sont honnêtes elles n’en n’ont pas besoin. Mais Dieu a disposé le corps de manière qu’on rend pins d’honneur aux mend)r'es les plus faibles, afin qu’il n’y ait point de schisme dans le corps, mais que tous les membres conspirent mutuellement à s’aider les uns les autres. »

N’est-ce pas aux femmes qu’il a dispensé sans réserve les trésors de la grâce divine, quoique leur sexe fût le plus faible et le moins nol)le, tant par le péché originel que par sa nature! Examinez-en les diftérents états, les vierges, les veuves, les femmes mariées, et même celles qui vivent dans les abominations du libertinage, et vous verrez en elles les plus grands effets de la grâce du Seigneur, selon les paroles de Jésus-Christ et de l’Apôtre : « Que les premiers soient les derniers, et les derniers soient les premiers ». Remarquez encore ; « La où il y a eu abondance de pcxditî, qu’il y ait aussi surabondance de grâce. »

En effet, si nous remontons à l’origine du monde, nous

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trouverons (jue la feiiinie, dès sa eréalion , a été favorisée (les dons de la grâce divine, et d’un honneur particulier. Elle fut cnâîe dans le paradis ; l’homme fut crtâV hors du paradis; ce qui doit toujours rappeler aux femmes que le paradis est leur patrie naturelle, et que les pures régions du célibat les rapprochent de leur céleste demeure. C’est ce qui fait dire à saint Ambroise, dans son livre sur le paradis : (( Dieu prit l’homme qu’il avait fait, et il le mil dans le paradis. » Or vous voyez qu’il a pris celui qui était déjà, et qu’il l’a placé dans le paradis. Observez que l’homme a été fait hors du paradis, la femme dans 1(( paradis. L’homme, qui a été créé dans nn lieu moins noble que la femme, se trouve meilleur qu’elle, et la femme, né(i dans le paradis, se trouve inférieure à l’homme.

Eve, l’origine de tous nos maux, a été rachetée par Marie, dans le Seigneur, avant que la faute d’Adam eût été effacée par Jésus-Christ. La faute ainsi que la grâc(‘ nous est venue par la femme, et les saintes prérogatives de la virginité ont refleuri. Déjà Anne et Marie avaient donné aux veuves et aux vierges le modèle de la profe.ssion religieuse, avant que Jean ou les aptdres montrassent aux hommes l’exemple de la vie monastique.

Si, après Ève, nous examinons la vertu de Déhora, de Judith et d’Esther , nous conviendrons assurément qu’elle doit faire rougir la force de rhomine. En elfet, Déhora, en qualité de juge d’Israid, se mit à la tète d(' l’armée, qui n’avait plus de généraux, livra bataille, vainquit les ennemis, et délivra le peuple de Dieu par le plus éclatant des triomphes. Judith, sans armes, accompagnée d’une s(u’vante, attaqua une armée t(Trihle, cl seule, après avoir tranché la t('te d’ilolopherne avec sa propre épée,, elle défit remiemi, et sauva la cause désespérée de son peuple. Esther, par une in.spiraliou secW'te

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de FEs|)rit sainte quoique mariée conti’e la loi à un prince idolâtre, prévient la perfidie d’Aman et l’édit cruel qu’il avait surpris au roi, et en un instant fait retouiber sur l’impie la terrible sentence.

On regarde comme un prodige de force et de vertu que David avec une fronde ait vaincu Goliath ; et la veuve Judith, sans pierre et sans fronde, et sans le secours d’aucune arme, s’avança contre toute une armée ennemie. Estlier par sa seule parole délivre son peuple, et tournant contre ses ennemis le décret de proscription, les précipite eux-mêmes dans le piège qu’ils avaient tendu. C’est en mémoire de cette action remarquable que les Juifs ont institué ime fête annuelle, ce que jamais ils n’ont fait pour les actions d’aucun homme, même les plus héroïques.

Qui n’admirera pas l’incomparable courage de cette généreuse mère des Machabées, que l’impie roi Antioebus, selon l’histoire, fit saisir avec ses sept enfants, et cette constance contre laquelle échouèrent tous les efforts des bourreaux pour leur faire manger de la chair de porc, défendue par la loi ? Cette femme, oubliant tous les sentiments de la nature et de riiumanité pour ne voir que Dieu seul, consomma par son propre martyre tous ceux qu’elle avait déjà soufferts dans la personne de chacun de ses fils, après les avoir envoyés devant elle, par ses exhortations, à la couronne céleste qui les attendait. Feuilletons tout l’ancien Testament : que trouverons-nous qui soit comparable à la fermeté de cette femme?

Le démon, après toutes ses vaines persécutions contre le saint homme Job, connaissant la faiblesse humaine aux approches de la mort, dit : « L’homme donnera la peau d’autrui pour conserver la sienne, et tout ce qu’il possède pour sauver sa vie. » En effet, l’horreur que nous inspire

LETÏIIE d’aBAILARD

rinstant de la mort est si naturelle, que souvent nous opposons un membre pour la défense de l’autre, et que pour conserver notre vie nous n’appréhendons pas les plus grands maux. Cette héroïne chrétienne a préféré de perdre sa vie et celle de ses enfants, à la coupable pensée de transgresser la loi dans un seid point. Quelle est donc, je vous prie, cette transgression à laquelle on voulait la forcer? L’obligeait-on de renoncer à son Dieu et de sacrifier aux idoles? Non, on ne leur demandait à tous que de manger des viandes défendues par la loi. 0 mes frères, et vous tous qui avez embrassé la vie monastique, qui transgressez tous les jours notre règle d’une manière si audacieuse en mangeant des viandes qü’elle vous défend, que direz-vous, au spectacle d’une telle fermeté dans une femme? Êtesvous assez insensibles pour n’être pas confondus par un pareil exemple? Sachez, mes frères, le reproche que le Seigneur fait aux incrédules en parlant de la reine du Midi : (( La reine du Midi s’élèvera au jour du jugement contre cette génération et la condamnera. » La constance de cette femme déposera contre vous, d’autant plus gravement, que sans devoir autant que vous qui êtes moines, elle aura fait infiniment davantage. Aussi, en faveur du combat qu’elle a soutenu si courageusement, a-t-elle mérité que l’Église instituât une messe et des prières commémoratives de son martyre; honneur qui jusqu’alors n’avait été accordé à aucun des saints dont la mort avait précédé la venue du Seigneur. Cependant la même histoire des Macbabées nous montre Éléazar, ce vieillard vénérable, l’nn des premiers scribes de la loi, mourant dans les supplices pour la même cause. C’est, nous l’avons déjà dit, que le sexe delà femme étant plus faible, son courage est aussi plus agréable à Dieu et plus méritoire; et le martyre du pontife n’est point célébré par une solennité particulière, parce que l’on ne

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s’étonne point que le sexe le plus fort soit aussi le plus patient à souffrir. Aussi l’Écriture se répand en éloges sur cette niêiue femme : « Cependant, dit-elle, cette mère admirable, et digne de l’éternel souvenir des fidèles, voyant succomber en un même jour ses sept enfants, supportait constamment leur mort, à cause de l’espérance qu’elle avait en Dieu ; remplie de sagesse, et mêlant â la tendresse d’une femme le courage le plus viril, elle exhortait fortement chacun d’eux. »

La fille unique de Jephté n’a pas fait moins d’honneur à son sexe parmi les vierges. Pour que son père ne fut pas même coupable de la violation d’un vœu imprudent, pour que la victime promise répondît à la grâce dont il venait d’être comblé, cette généreuse fille excitait elle-même son père vainqueur à consommer le fatal sacrifice. Qu’ auraitelle donc fait, si, dans cette arène sanglante des martyrs, les infidèles avaient voulu la forcer de renier son Dieu? Si elle eût été interrogée, comme le prince des apôtres de Jésiis-Christ, aurait-elle dit ; « .Te ne connais point cet homme? » Son père l’abandonne à sa liberté pendant deux mois; elle revient, à leur expiration, s’offrir au couteau paternel. Elle va au-devant de la mort, et la provoque au lieu de la craindre. Elle paie de son sang le vœu insensé de son père, et le dégage de sa parole aux dépens de sa vie. O glorieux amour de la vérité! Quelle horreur n’aurait pas en pour un parjure personnel celle qui n’a pas permis celui de son père? L’amour de cette vierge pour son père charnel et pour son père spirituel n’est-il pas sans bornes? En même temps que par sa mort elle épargne au premier un mensonge, elle satisfait à la promesse faite a l’antre. Cette grandeur d’âme dans une jeune vierge a mérité que les tilles d’Israël s’assemblassent chaque année dans un même lien pour célélorer ses funérailles par des

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