‹ Abailard et HéloïseChapitre 46 sur 80 · I.lîTTl’.li d’aBAILVIU · texte numérisé non relu

I.lîTTl’.li d’aBAILVIU

hymnes bolemielS; et pleurer, avec, tous hvs témoignages d’une pieuse eomniisération, rinnocente vierge immolée'.

Mais, pour ne pas nous arrêter davantage aux exemples, qu’y a-t-il eu de plus nécessaire à notre l'édemption et an saint du monde entier que le sexe qui a engendré le Sau- A'eur ? Cette femmi' qui, la première, osa forcer la cellule de saint llilarion, opposait à sa surprise la grandeur d(> celle prérogative,* lorsqu’elle lui dit : « Pourquoi détourner les yeux? pourquoi fuir une suppliante? Ne songez pas que je suis femme, mais que je suis malheureuse ! (h' sexe a engendré le Sauveur ! » Quelle gloire pourra être conq^aix'c à C('lle que ce sex(' a acquise dans la mèix* de •lésus-Christ ?

Notre Uédempteur, qui a formé la femme du corps rie riiomme, pouvait aussi bien naître d’un homme que d’uue femme; mais il a fait tourner à riionneur du sexe le' plus faible son humilité même, pour montrer combien elle lui é'iail agréable. 11 aurait pu choisir dans la'fennne une autre |)artie plus digne de présenl('r au monde un Dieu naissant, que celle qui met au jour les antres liommes, conyiis et enfantés par la même voie imjiure; mais, à la gloire incomparable de ce sexe faible,- il a bien plus ennobli l’organe générateur de la femme i)ar sa naissance, qu’il n’a pnrilié celui de rhonune par la circoncision. Abandonnons nn instant l’examen de cette gloire, qui est l’apanage des vierges, (d parlons des autres femmes, ainsi que je vous l’ai annoncé.

Voyez la grandeur de la grâce qiu' l’arrivée de .lésus- Chrisl a répandue aussitôt sur Élisabeth, (|ui était mariée, et sur Anne, (pii était veuve. Zacharie , mari d’Élisabeth , et grand-prêtre du Seigneur, n’avait pas encore recouvré

‘ V. I;i Compla'mte, à la lin dn voliiinc.

A HÉLUÏSIi.

la parole, que son incrédulité lui avait fait perdre, lorsque, à l’arrivée et à la salutation de Marie, Élisabeth, remplie de l’esprit de Dieu , sentit tressaillir son enfant dans son sein, et en prophétisant la première que Marie avait conçu, devint ainsi plus que prophète. Elle l’annonça sur-le-champ , et elle excita la mère du Seigneur à glorifier Dieu des grâces dont il la comblait. Le don de prophétie paraît plus accompli dans Élisabeth, qui a connu aussitôt la conception du Fils de Dieu, que dans saint Jean, qui ne l’annonça que longtemps après sa naissance. Ainsi que j’ai appelé Marie-Madeleine l’apôtre des apôtres, je ne crains pas d’appeler celle-ci prophétesse des prophètes, conjointement avec Anne, cette sainte veuve dont je vous ai longuement parlé.

Si nous examinons jusque chez les Gentils ce don de prophétie, que la Sibylle paraisse ici la première, et qu’elle nous dise ce qui lui a été révélé au sujet de Jésus-Christ. Si nous comparons avec elle tous les prophètes, et Isaïe lui-même, qui, suivant saint Jérôme, est moins un prophète qu’un évangéliste, nous verrons encore que cette grâce est bien plus éminente dans cette femme que dans tous les hommes. Saint Augustin, invoquant son témoignage contre les hérétiques, leur dit: « Écoutons la sibylle, leur devineresse, au sujet de Jésus-Christ ;

« Le Seigneur, dit-elle, a donné aux hommes fidèles un autre Dieu à adorer; reconnaissez-le pour son Fils. »

Dans un autre endroit, elle appelle le Fils de Dieu Symbole, c’est-à-dire conseiller. Et le prophète Isaïe dit : « Il sera appelé l’Admirable, le Conseiller. » Saint Augustin, dans le livre dix-huitième de la Cité de Dieu, dit encore : « Quelques-uns rapportent que dans ce temps-là la sibylle d’Érythrée avait fait cette prédiction ; d’autres affirment que c’est plutôt celle de Cumes, » Quelqu’un traduisit en

LETTIUî U ARAll.AUl)

vers laliiis les vingf-sepl vers gn'cs dont hi prédiction est (;oni])Osée. Voici les sens do quel([ues-nns :

« En signe du jiig(‘nient^ la terre se mouillera de sueur : un roi J qui doit vivre dans tous les siècles , descendra du ciel, rcvtMu d’un coi ps luunain, pour juger ruiiivers. »

En réunissant les premières lettres do chaque vers grec, l’acrosliche donne : « .lésus-ElirisI, fils de Dieu, Sauveui'.»

Lactance cite aussi plusieurs prophéties de la sibylle au sujet do .lésus-Christ :

(( Il tombera ensuite, dit-elle, dans les mains des inlidèles; ils donneront à Dieu des soul'llets avec leurs mains incestueuses, et de leur bouche impure ils vomiront contre lui d('s crachats empoisonnés. 3Iais il tendra humblcmenl ii leurs coiq)S ses ('paules sacrcies, et il recevra leurs soufllcts GU silence, de peur (ju’ou m; reconnaisse le Verlag cl que l’enfer ne soit instruit de son arrivée. Us le couronneront d’éjyines. Dour nourriture ils lui douneront du fiel, et i)Our breuvage du vinaign' : telh' sera la table de leur hospitalité. Nation insensée! lu n’as i)as compris ton Dieu, que tous les mortels devaient adorer; mais, au contraire, lu l’as couronué d’épines, et tu as mêlé le fiel dans sa coup(‘. Le voile du teiuple se déchirera, et au milieu du jour d’épaisses ténèbres couvriVont la terre pendant trois beures ; il mourra, et après trois jours de sommeil, sortant des enfer.-;, il reparaîtra à la lumière ])our marquer le principe de la résurrection. »

Virgile, h' i)lus gi'and (U; nos poètes, connaissait sans doute cet orachi de la sibylle, piiistpi’il y fait allusion dans sa (pialrième églogue, où il [)rédit, sous le règne de Eésar- Augusle et le consulat dé Dollion, la naissance miraculeuse d’un ('iifant (pii devait êlri' envoyé du ciel sur la terr(' pour elïacer les pi'-chés du monde (d cirer une ère [ileine di' merv(‘illes. Cet énéiKuneul avait (dé irvéh* au

A IIKLOÏSE. 221)

pot‘lt‘, coninio il le dit lui-niruu', par les oracles sibyllins de l’anlre de (aimes. Il semble convier tous les hommes à se féliciter, à chanter et à écrire sur la naissance future de cet enfant divin, en comparaison duquel il néglige toute autre pensée comme vile et méprisable :

« Muses de Sicil(\, clu'rclK'z plus haut le sujet de vos chants. Les arbrisseaux et l’humble bruyère ne peuvent plaire à tout le monde. Li's derniers temps prédits par l’oracle de Lunu's sont arrivés. Les siècles \ont se dérouler dans lin ordre nouviaïu. lai viergi* va revenir, le règne de Saturne va ri'commeni’er. Uni' race nouvelle (‘St envoyée du haut des cieux, (de. »

I*esez toutes les paroles de la sibylh', et vous verrez qu’elles renfermeut clairement 5'e que la foi chrétienne doit croire de .lé“sus-(hu'ist. El dans sa [irophélie, dans ses écrits, elle n’a oublié ni sa divinité , ni son humanité, ni son arrivée jiour les deux jugements : le premier, dans lequel il a été injustement condamné aux tortures de sa Passion; l’autre, par lequel il jugera justement le monde dans la majestih Et en faisant mention de sa descente aux imfers et de la gloire de sa résurrection , elle s’est élevée au-dessus des prophètes et même des évangélistes, qui n’ont rien dit de sa descente aux enh'rs.

Qui n’admirera pas l’entretien, aussi long ipie familier, , aiupiel le Edirist voulut bien s’abaisser avec cette femmi’ [laïenne de Samarie? l/extréme condescendance avec laquelle il daignait l’instruire excita l’étonnement des apôtres enx-mémes ? Après l’avoir réprimandée snr son incrédulité et sur la multitude de ses amants, il voulut bien lui demander à boire, et nous savons qn’il ne deinanda jamais d’autres aliments à personne. Ses apôtres surviiailumt, et lui olfrent des aliments qu’ils venaient d’acheter, (‘Il disant: « Maître, mangi'z ; « mais il les refuse, en

l.KTTUF, I»’ Ut VII. Altll

(lisiuH, ('oiiinif poiii' s’excuser : « J’ai une iiouri'ilurt' a uiauffer que vous lu; eoiiiiaissez pas. » Il (leniaude liiiluèiue à lioire à ee(te feninie^ qui, (lée.liiianl. une l(‘ll(' faveur, lui dit : « (iOnunent vous, qui ('tes Juif, deniaud('zvous à boire à une Samaritaine? les Juifs n’ont [las eoiiluine de eoininuniqiuT avec les Saniarilains. » Et ensuite : (( Vous n’avez pas de quoi puiser de l’eau, et h; puits est profond. » Il deinaude doue, Uu-nu'Mue de l’eau à une fennne infidèle, qui lui en refuse, et il ne .se soucie [vas des aliments (|ue ses api'dres lui juvsc'iUi'Ut. (Jiu'lle est donc, je vous prie, cette pirdilectioii qu’il accordi* à la faiblesse de votre S('xe, pour demander d(' l’eau à une telle femme, lui ([iii donne la vie à tout le monde, si ce n’est pour montrer ouvc'rtement (|ue la vertu des femmes lui est d’autant plus a^irabk' qui' U'iir sexe est plus faible; qu’il a soif de leur salut, et qu’il le d('“sir(‘ av(‘c d’autanl plus d’ardeur ipi'il est certain que leur courag(' est [iliis admirable ; et lorsqu’il (hanande à boire à une femme, il fait ent(‘ndre (pi’il vcaïf qu’elle étanche sa soif ]»ar le salut de son sexe. Il apiielle c(“tle bois.son nourriture : « J’ai, dit-il, une nourriture à maiif^cr (|ue vous ijj;norez, » et il donne l’explication de celte nourriture, eu disant : « Ma nourriture est de faire la volonté de mon Père, » dési^manl ainsi qui' la volonté particulière de sou Père est qu’il travaille au salut du .sex(‘ 1(‘ plus faible.

Nous lisons (pie le Scâyueur eut un entretien familier avec; Nicodème, chef des Juifs, qu’il le recevait même secri’tement, et l’instruisit sur son salut; mais Nieodème n’en retira pas alors un aussi prand fruit. La SamaritaiiK', au conlraiiv, fut remplie du don de prophétie; elle annonça la veiiiu' du Elirisl, nou-.s(‘ulemeul ebez les Juifs, mais encore chez h‘s (’ii'utils, (‘ii disant : « Je sais (pie le i\lessi(‘ , (pii s’appelle (’.lirist , doit venir; lorsqu’il sera

A IIKI.OÏSK. 2:U

ari'ivt', il nous aniioiicci'a (ont ; » el [»liisi(‘Ui‘s citoyoïis, croyaiil à ses paroles^ se reiidireiil auprès de Jésus-Clirisl, cnireiit en lui, et le retinrent deux jours av(!(’ eux, lui qui cependant dit ailleurs à ses disciples : « Éloif,niez-vous d(; la voie des Gentils, et n’entrez pas dans la ville des Samaritains. »

Saiid .l(*an rapporte; bien que Pliili[)pe et André annoncèrent à Jesus-Ghrist qiu; |)lusicurs Gentils, epii étaient venus à Jérusalem pour y célébrer uu jour de fête, désiraient 1(! voir; mais il ne di( pas (pi’ils furent admis, ni [ue sur leur demande la faveur de; son entretien leur ail dé accordée conmu! à la Samaritaine, qui ne l’avait point lemandée. G’esI par elle' epi’il se'inblc avenir e'ommencé la préelicalieen edicz les Genids ; non-seulement il la convertit, mais par seen moyen il se tit be;aue'oup ele prosélytes. Le's mages, éclairés aussiteM par réte)il(; et ceenverlis à Jésus- Gbrist, attirèrent à lui un granel nombre el’lionimes par leur eloctrine et leurs exheertations , mais ils vinrent seuls ;i lui de; leair propre monvianent : ce qui prouve churement combien la Samaritaine obtint ele contiance auprès eles Gentils an imrn ele Jésus-Christ, puisque, le devançant, annonçant sa venue, e't preH'hant ce qu’elle avait entendu, elle gagna si leromptemcnt à la vérité une' granele partie élu {)eiq)le ele son pays.

Si ne)us feuilletons l’ancien Testament on l’Ee'ritnre' e'vangéliepie', nous verrons epie les grâces les plus e'îe'latante's ele re’îsurreee'tieén ont été iieecoreleies principalement iiiix femmes pour leurs meerts, et que ce n’est qu’à h'ur süllie'.itatieni, ou pour ('lle!S-me''mes, que ce miracle s’est 0{)éré. D’aborel Élie et Élisek; ressuscitèrent des enlants à la })rie''re! ele leurs mères ; et le Seigneur Ini-mème;, en l'e'ssuscitant le lils eTune' veuve', la tille' élu e-bef ele la synageegiie;, et Lazare', à la prie-re* ele ses sex'urs, a surteeul pri-

i.hmiîE d’aijailahp

vilt‘jj;ié les teninies du Ideiifait de ce {^l’aiid niiiaele. Ce f[ui fait dire à l’Apôtre, dans sou épître aux Hébreux :

<< Les feuunes out recouvré leurs morts par la résurrection; » car cette jeune bile ressuscitée recouvra sou propre corps, et les autres femmes eurent la consolation île voir revivre ceux dont elles pleuraient le trépas. Des preuves nombreuses nous attestent donc la constante faveur dont Jésus-Christ a honoré les femmes. Il voulut d’al)ord les combler de joie, en les rappelant elles-mêmes du sépulcre, ainsi que les personnes qui leur étaient chères : et n’ont-elles pas obtenu le plus f^lorienx des titres quand le Sauveur leur apparut, puisqu’elles furent choisies pour être les premiers témoins de sa résurrection ?

Votre sexe parait s’être rendu digne de ces augustes témoignages par sa tendresse naturelle et sa pieuse compassion pour le Seigneur, au milieu de tout un peuple acharné. Car, selon saint Luc, lorsque les hommes le conduisaient au Calvaire j)our le crucifier, leurs femmes suivaient en pleurant, et se désolaient. Jésus se retourna vers elles, et, tout ému des larmes de leur pitié, il leur fit entendre , à l’heure même de son supplice, les paroles de sa gratitude miséricordieuse, en leur prédisant les malheurs futurs, afin qu’elles pussent s’en garantir :

U Filles de Jérusalem, dit-il, ne pleurez pas sur moi, mais pleuri'z sur vous-mêmes et sur vos fils ; car le jour est proche où l’on dira : Heureuses les stériles et les entrailles qui n’ont point enfanté ! »

Saint Matthieu rapporte que la femme de ce juge inique avait travaillé avec zèle à la délivrance du Sauveur ;

« Tandis (pi’il était assis an siège jndicial, sa femme envoya lui dire : Ne vous embarrassez point dans l’abaire de ce juste, car j’ai été aujourd’hui étrangement tourmentée dans un songiq à cause de lui. »

V I1É1.ÜÏSE. 233

Quand il prêchait, c’est encore une femme qui seule éleva la voix, du milieu de la foule, pour lui adresser ce magnifique éloge : « Bienheureuses les entrailles qui vous ont porté, et les mamelles qui vous ont nourri ! » Mais au cri de son âme et de la vérité le Seigneur opposa une douce réprimande, en lui répondant ; « Et moi je vous dis a mon tour : Heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui l’accomplissent ! »

Seul entre tous les apôtres, saint Jean obtint de Jésus- Christ le privilège d’être appelé son hien-aimé. Ce môme saint Jean dit de Marthe et de Marie : « Jésus aimait Marthe, Marie sa sœur, et Lazare. » Ce même apôtre, qui fut seul appelé le bien-aimé du Seigneur, ainsi qu’il l’atteste lui-même, accorda à son tour à des femmes le privilège d’une dénomination refusée à tous les autres apôtres , et quoiqu’il associe au même honneur le frère de ces femmes, il les a cependant nommées avant lui, pour montrer qu’elles étaient les premières dans son amour.

Revenons aux femmes chrétiennes : publions avec admiration, et admirons en les publiant, les effets de la divine miséricorde à l’égard meme do celles qui vivaient publiquement dans la prostitution. Quoi de plus vil que la conduite de Marie-Madeleine et de Marie l’Égyptienne dans les premiers temps de leur vie? Et cependant quelles femmes la grâce divine a-t-elle plus élevées en honneui et en mérite après leur conversion? La première, ainsi que nous l’avons vu, reste constamment dans le collège des apôtres ; la seconde, ainsi qu’il est écrit, déploie une vertu surhumaine dans la lutte et l’austère pénitence des anachorètes. Ainsi le courage de ces deux femmes est au-dessus de celui de tous les différents solitaires, et ces paroles du Seigneur aux incrédules : « Les courtisanes vous précéderont dans le royaume de Dieu, » peuvent s’appliquer

LliTTltlî I) AltAILAUr»

avec jiislico aux hommes fidèles ; et, suivant la ditièreiiee et d’é'tat et de sexe, les premiers deviendront les derniers, et les derniers deviendront les premiers.

Enfin, qui pourrait ignorer que les exhortations du (dirist et le conseil de l’Apôtre ont allumé dans le cœni' des femmes un tel amour de la chasteté, qu’elles s’offrirent elles-mêmes en holocauste au Seigneur, [lar la voie du martyre, pour conserver la pureté de la chair avec celle de l’àme, et qu’elles ont voulu, couronnées dans un double triomphe, suivre dans toutes ses voies l’Agneau, époux des vierges? Cette vertu parfaite, si rari* dans les hommes, s’est fréquemment manifestée dans les femmes. 11 s’en est meme trouvé parmi elles qui, dans leur zèle magnanime pour la pureté', n’ont pas craint de se défigurer ellesmêmes pour ne pas perdre cette innocence qu’elles avaient \ouée à Dieu, et pour parvenir vierges à l’époux des vierges. Celui-ci a prouvé, par un mémorahle événement, combien le pieux sacrifice do ces jeunes femmes lui était agréable. Dans une éruption de l’Etna, un peuple entier d infidèles implora l’assistance de sainte Agathe, et opposa son voile aux (lots de lave ('lubrasée. Dieu permit que cette barrière fut suftisante, et la foi de ce j)euple le sauva de l’incendie dans lequel il devait périr tout entier, corps ('I âme.

Nous ne voyons pas qu’un capuchon de moine ait jamais oi)ér(‘ un tel prodige. Nous savons bien qu’Élie divisa les eaux du .loiirdain avec son manteau, et qu’Éliséc s’en servit egalement pour s’ouvrir un passage dans le sein de la terre; mais le voile de cette vierge a sauvé une foule (h* Gentils des dangers (pi’ils conraieni pour leurs âmes et pour leurs corps, et par leur conversion il leur a ouvert le clK'inin du ciel. Laie chose encore relève la gloiic de ces saintes lemmes et la dignité de leur rang, c’est qii’elk's se

A UÉLOÏSE.

consacrent elles-mêmes par les paroles suivantes : « 11 m’a engagée par son anneau, c’est à lui que je suis mariée. » Ce sont les paroles de sainte Agnès, et la formule de profession par laquelle les vierges sont mariées à Jésus- Christ.

Si l’on veut examiner, même chez les païens, quelle fut la constitution de votre Ordre et la vénération dont il fut l’objet; si l’on veut citer quelques exemples pour votre encouragement et votre instruction, 1 on reconnaîti a sans peine divers établissements qui étaient l’ébauche et le préludé de l’état religieux, excepté en ce qui concerne la foi. Ij’Église même a conservé dans les pratiques et les usages des païens et des Juifs ce qu’elle a trouvé de meilleur, en faisant les modifications convenables. Qui peut ignoiei qu’elle a tiré de la Synagogue tous les ordres ecclésiastiques, depuis le portier jusqu’à l’évêque, 1 usage même de la tonsure qui caractérise le clerc, les jeûnes des Quatre- Temps, et le sacrifice des azymes, les ornements sacerdotaux, la dédicace des églises, et d’autres cérémonies? N’est-il pas notoire que, par une condescendance salutaire, elle a maintenu chez les Nations converties les dignités séculières, celles des rois et des autres princes, certaines lois pour le gouvernement, certains principes de philosophie morale? On n’ignore pas non plus rpie la religion a emprunté d’elles plusieurs grades de dignités ecclésiastiques, la pratique de la continence et le vœu de la pureté corporelle? Nos évêques, en effet, et nos archevêques actuels, représentent exactement leurs llamiiies et leurs ai chitlamines, et les temples qui étaient alors élevés aux démons ont été dans la suite consacrés à Dieu, et dédiés à la mémoire des saints.

Nous savons que les païens honoraient la virginité par d’éclataiits honneurs, tandis que la malédiction de la Loi

Page 1