I FRAGMENT
I/oftice du culte divin se compose de trois éléments. Le docteur des Gentils, dans l’Épilre aux Éphésiens, l’établit ainsi quand il dit :
« Ne vous enivrez pas dans le vin, qui renferme la luxure; mais remplissez-vous de l’Esprit, vous entretenant de psaumes, d’hymnes et de cantiques spirituels, chantant et psalmodiant le nom du Seigneur dans vos cœurs. »
Et encore dans l’Épître aux Golossiens, il dit :
>( Que la parole du Christ habite en vous abondamment et en toute sagesse ; instruisez-vous et exhortez-vous les uns les autres par des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituels, chantant de cœur et avec édification les louanges du Seigneur. »
Les psaumes et les cantiques, ayant été fournis de toute antiquité par des livres canoniques, n’ont besoin ni de nos efforts, ni des travaux de personne pour être composés aujourd’hui.
LETTKE d’aHAILARO
Ouant aux hymnes, comme elles ne tiennent pas une place distincte dans les saintes Écritures, quoique certains psaumes portent le nom d’Hynmes ou de saints Cantiques, ce furent les Pères qui s’en occupèrent en divers passages de leurs écrits ; on fit des hymnes particnlières appropriées aux temps, aux heures, aux fêtes diverses; et c’est ce qu’aujourd’hui nous nommons hymnes dans le sens propre du mot, quoique anciennement on nommât indifféremment hymnes ou psaumes tous les Cantiques sacrés composés suivant un rhythme ou un mètre régulier. C’est ainsi qu’Eusèbe de Césarée, au chap. 17 du livre n» de son Histoire ecclésiastique, rappelant l’éloge que le savant juif Philon faisait de l’Église d’Alexandrie à l’époque de
saint Marc, ajoute entre autres choses ‘ . Et un peu plus
loin, au sujet des psaumes nouveaux qu’ils composent, il ajoute : « Et ainsi non-senlement ils comprennent les hymnes subtiles des anciens, mais ils en composent de nouvelles à la louange de Dieu, les modulant sur tous les mètres et sur tous les tons, avec une harmonie pure et suave. »
Sans doute il est permis de donner le nom d’hymnes à tous les psaumes composés en hébreu suivant certain rhythme et certaine mesure, et avec une douceur qui tient du miel. Ce nom rentre même dans la définition dt" l’hymne.
' Le copiste a passé les paroles d’tiusèhe, et rien dans le texte n’indique cette lacune, ylhailard citait prohahlement le i)assage du chap. XVII, que traduit ainsi le président Cousin, dans sa traduction des Historiens de l'Église, tonie 1®'', pag. 69. in-i», Paris, 1675 ; « Il 1. y a dans chaque hahitaiion (des lhéra|)eutes) un monastère où ils » célèbrent seuls les saints mystères, sans y rien porter pour boire, >) pour manger, ni pour les autres nécessités du corps, mais seule- « ment les livres de la loi, des prophètes, et des hymnes propres à » entretenir et à accroître la science et la piété. »
A HÉLOÏSE
telle que nous l’avons donnée dans notre première préface. Mais comme les psaumes, en passant de l’hébr’eu dans une autre langue, ont perdu leur rhythme et leur mesure, c’est avec raison que l’Apôtre, écrivant aux Éphésiens, qui sont des Grecs, a séparé des psaumes les hymnes et les cantiques.
C’est au sujet de ces hymnes, chères fdles en Jésus- Christ, que vous avez souvent sollicité notre faible génie par vos prières, en ajoutant les causes qui nécessitaient votre demande ; et nous, avec la grâce de Dieu, nous nous sommes rendus en partie à cette demande. En effet, dans le livre précédent, nous avons renfermé des hymnes quotidiennes de fériés qui puissent suffire à toute la semaine.
Nous les avons composées, pour que vous le sachiez, de telle sorte qu’il y a double chant et double rhythme, une mélodie commune pour tous les nocturnes et une autre pour les chants diurnes.
Nous n’avons pas omis non plus l’hymne de grâces après le repas, suivant qu’il est écrit dans l’Évangile : « Et ils sortirent après l’hymne récitée. »
Et quant aux hymnes qui précèdent, en les composant nous avons été dirigés par cette pensée que les nocturnes doivent contenir les œuvres de leurs fériés, et que les diurnes doivent contenir l’exposition allégorique ou morale de ces œuvres ; si bien que l’obscurité de l’histoire soit réservée pour la nuit, et la lumière de l’exposition pour le jour.
11 vous reste maintenant à m’aider de vos prières pour que je puisse vous transmettre le petit présent que vous désirez .
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LETTRE
(fragment)
Dans les deux livres précédents j’ai réuni les hymnes quotidiennes des fériés et celles qui sont particulières aux solennités diverses ; reste maintenant, pour la gloire du Roi céleste et pour rencouragement des fidèles^ à exalter dans des hymnes,, suivant la mesure de nos forces et par de justes louanges, la cour du suprême palais. Dans cette œuvre, mon principal soutien sera le mérite de ceux dont je célébrerai la glorieuse mémoire, suivant ce qui est écrit: « La mémoire du juste sera louée », et encore : « Louons tes hommes glorieux, etc. »
Et vous, mes très-chères sœurs, vouées à Jésus-Christ, vous dont les sollicitations m’ont fait entreprendre cette œuvre, joignez à mes efforts la dévotion de vos prières, vous souvenant de ce bienheureux législateur qui a fait plus en priant qu’un peuple entier en combattant. Et pour que votre charité ne m’épargne pas vos prières, songez avec quelle prodigalité nous avons exaucé vos demandes.
200 lETTHlî d’ahAII.AKI) a UlüOÏSt:.
En essayant de louer la grâce divine suivant notre faible génie, nous avons compensé par la multitude des hymnes ce qui pouvait nous manquer du côté de réloquence, composant des hymnes particulières pour chaque nocturne de chaque solennité, tandis que jusqu’à ce jour on ne chantait (ju’une hymne aux nocturnes des fêtes et des fériés. Nous avons fait (juatrc^ hymnes pour chaque fête, afin qu’on puisse chanter une hymne à chaque nocturne, et qu’il y en ait encore une pour les laudes. Nous avons en outre établi, à l’égard de ces quatre hymnes, que, pour la vigile, on joindrait deux hymnes en une, et que les autres seraient également réunies pour être chantées aux vêpres le jour même de la solennité; ou bien qu’en les distrilmant ainsi deux à deux pour chaque vêpres, on chanterait une de ces hymnes avec les deux premiers psaumes, et l’autre avec les deux derniers. J’ai composé égalemoit, il m’en souvient, cinq hymnes pour la croix, dont la première convient à chaque heure, invitant le diacre à enlever la croix de l’autel, et à l’apporter au milieu du chœur pour l’offrir à l’adoration et au salut, alin que la solennité puisse, à (Jiaqiie heure du jour, se passer en présence de la croix .
LETTllK
D’AIUILARI)
A ma irès-chère sœur Héloïse, respect et amour en Jésus-ClirisI .
Ayant achevé dernièrement, à l’aide de vos prières, le recueil d’Hymnes et d’ Antiennes que vous m’avez demandé, je me suis mis aussitôt à composer quelques sermons pour vous et pour vos filles spirituelles du Paraclet. J’ai travaillé vite, contre mon habitude. Plus occupé de la leçon de l’Écriture que du sermon lui-même, je m’attache a exposer clairement la doctrine chrétienne, non pas à écrire avec élo- ([iiencej je recherche le sens de la lettre, non pas les ornements de la rhétorique. Et peut-être un style négligé aura-t-il cet avantage sur une diction plus élégante, que, par son abandon même, il s’accommodera plus facilement à rintelligence de vos càmes simples, et leur rendra les vérités de la religion plus accessibles. Relativement à celles ([u’ils doivent instruire, le natui’el et la païveté de ces seimons seront en (juelque sorte un ornement, une délica-
l.liTTUE d’aBAILAKI) A HÉLOÏSE.
tesse, et comnio un assaisonnement qui sera aisément goûté par des petites servantes dn Seigneur. Pour les écrire et pour les classer, j’ai suivi l’ordre des fêtes célébrées par l’Eglise, et j’ai commencé par le commencement même dt* notre rédemption.
Adien en Jésus-Christ, servante dn Christ, jadis chère à mon cœur dans le siècle, aujourd’hui plus chère à mon âme dans le Seigneur, mon épouse autrefois selon la chair, ma sœur maintenant selon l’esprit, et ma compagne dans la profession religieuse.
SriVENT CES SERMONS.