‹ Abailard et HéloïseChapitre 54 sur 80 · EN FAVEUR DE PIERRE ABAILARD · texte numérisé non relu

EN FAVEUR DE PIERRE ABAILARD

Au souverain Pontife, notre Père spécial, notre seigneur Pape Innocent, son humble frère Pierre, abbé de Cluny, ^

obéissance et amour.

Pierre Abailard, le Maître, bien connu, je pense, à votre sagesse, revenait dernièrement de France, et passa par Cluny. Nous lui demandâmes le but de son voyage ; il répondit que, persécuté par la haine de ses ennemis, et chargé du nom ddiérétique, dont il avait horreur, i/en avait appelé à la majesté apostolique, et qiPil voulait se réfugier sous sa protection. Nous avons approuvé son dessein, et nous l’avons engagé à s’adresser au refuge toujours ouvert. Nous lui avons dit que la justice apostolique, qui n’a jamais manqué ni à l’étranger ni au pèlerin, ne lui manquerait pas non plus. Nous lui avons promis que la Miséricorde elle-même, s’il le fallait, viendrait au-devant

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(le lui. Pendant son séjour au couvent;, inonseignenr l’al)bt> de Cîteaux arriva, et tons trois ensemble nous traitâmes de sa réconciliation avec inonseignenr l’abbé de Clairvaux, du jugement duquel Abailard avait appelé. Nous donnâmes nos soins à opérer cette réconciliation ; nous l’exhortâmes à aller trouver Bernard, accompagné de l’abbé de Cîteaux. Nous avons ajouté à nos avertissements, que s’il avait écrit on énoncé quelque chose qui pût choquer les oreilles catholiques, il cédât aux exhortations de l’abbé et à celles des autres personnes sages et fidèles, en écartant de son discours de pareilles sentences et en les rayant de ses livres. Et les choses se passèrent ainsi. Il alla, il revint, et nous apprit à son retour qu’il avait vu l’abbé de Clairvaux, et qu’avec la médiation de l’abbé de Cîteaux, ils avaient assoupi leurs anciennes querelles, et fait la paix. Nos conseils, et l’inspiration dn ciel, plus puissante que nos conseils, le déterminèrent encore à renoncer aux agitations de l’école et de l’enseignement, et à faire ehoix de votre abbaye de Cluny pour son séjour perpétuel. Son grand âge, sa faiblesse, sa religion profonde, justifiant à nos yeux sa résolution, et l’étendue de sa science, que vous ne pouvez entièrement ignorer, nous paraissant devoir être trèsprofitable à la multitude de nos frères, nous nous rendîmes à sa volonté ; et, sauf le bon plaisir de votre Bienveillance, nous lui avons accordé, dans la pieuse pitié et dans la joie de notre âme, de rester avec nous, qui sommes vos serviteurs en tontes choses, comme vous le savez. Ainsi, très-saint Père, je vous supplie, moi le plus humble de vos serviteurs, votre serviteur cependant, tout le monastère de Cluny, qui vous est si entièrement dévoué, vous supplie, Abailard lui-même vous supplie, par lui-même, par nous, par les porteurs des présentes, vos fils, par cette lettre môme qu’il m’a prié de vous écrire, qu’il vous plaise

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AL' PAPE INiNOCENT 11. 307

ordonner qu’il coule en paix dans votre alibayi' de Cluny le reste des jours de sa vie et de sa vieillesse : ces jours peut-être ne sont pas nombreux. Puisque le passereau a trouvé une maison, puisque le ramier a trouvé un nid, que nulle violence au moins ne puisse désormais l’en arracher, ni troubler son repos ; il réclame de cette paternelle bonté dont vous étendez les effets à tous les cœurs purs, et de cet amour dont vous l’avez honoré lui-même, la grâce d’être protégé par vous, avec le bouclier de la défense apostolique.

LETTRE

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