‹ Abailard et HéloïseChapitre 55 sur 80 · D’HÉLOÏSE A ABAILARD · texte numérisé non relu

D’HÉLOÏSE A ABAILARD

Quand saint Jérôme admirait dans sainte Marcelle Tardeur dont elle était enflammée pour les divines Écritures^ par quel magnifique éloge n’a-t-il point relevé cette passion pour de semblables études? Votre science le sait mieux que ma simplicité. Voici en quels termes il parle d’elle dans le livre premier de ses commentaires sur l’Épître de saint Paul aux Galates ;

« Je sais que son ardeur^ sa foi^ la flamme qui brûle dans sa poitrine, sont au-dessus de son sexe; qu’elle oublie les hommes, et que les retentissements de la Jérusalem céleste arrivent seuls jusqu’à elle; je sais enfin qu’elle traverse par un chemin miraculeux la mer Rouge du siècle. Certainement, lorsque j’étais à Rome, jamais elle ne mit plus d’empressement à me voir que lorsqu’elle voulait m’interroger sur quelque passage de l’Écriture. Elle n’était pas disposée, comme les Pythagoriciens, à une obéissance passive pour les paroles du maître. Sa haute raison,

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son esprit méditatif^ ne s’aeeonnnodaient point d’une foi aveugle dans l’infaillibilité de mes jugements; elle contrôlait l’autorité par le raisonnement, elle examinait l’ensemble et les détails ; et je sentais que j’avais moins une élève qn’nn juge. »

Elle avait fait dans cette étude de si grands progrès, que Jérôme la proposait pour modèle à toutes les femmes qui se sentaient animées du même désir de s’instruire dans la religion. Ecrivant à la vierge Principia, entre autres conseils, il ajoute : « Vous avez, oii vous êtes, pour l’étude des Écritures et la sanctitication du corps et de l’ânie, deux modèles accomplis : 31arcelle et Asella; l’une, par les prairies verdoyantes et les tlenrs variées des saints livres, vous mènera vers celui qui dit dans le Cantique : i

« Je suis la tleur des champs et le lis des vallées »; l’autre, j

elle-même tleur du Seigneur, mérite avec, vous qu’on lui |

dise : « Comme un lis au milieu des épines, telle est, parmi i

les filles des hommes, celle qui repose à mes côtés. » Où tendent ces paroles, maître que tout le monde aime ici?

(Mais qui pourrait vous aimer comme moi !) Ce ne sont pas là de vains récits, mais des avertissements. Je veux vous faire souvenir de ce que vous devez à vos tilles, alin que ^

vous ne mettiez aucun retard à vous acquitter envers elles.

Vous avez rasseml)lé dans votre Oratoire les servantes du Seigneur, vous en avez fait vos filles spirituelles, et vous les avez inféodées au service divin ; vous nous avez tou- ^

jours exhortées à nous applicpier avec ardeur à la méditation des divines paroles du Sauveur, à nous pénétrer sans cesse des saintes lectures. Maintes fois vous nous avez recommandé l’étnde approfondie des Écritures sacrées, et i

vous avez insisté sur cette recommandation, disant (in’elh's ^

étaient pour l’ànu' nn miroir qui retlète facilement sa I

beauté ou sa laideur. Nulle ('poiise du Christ, disiez-vous.

A AIÎAILAKI».

lie doit être privée de ce miroir, si elle veut plaire à celui auquel elle s’est dévouée. Vous ajoutiez encore, pour stimuler notre zèle, que le texte sacré, lorsqu’il n’est pas compris, est comme un miroir devant les yeux d’uu aveugle. \os conseils n’ont été perdus ni pour mes sœurs, ni pour moi ; nous avons voulu vous obéir en cela comme en toutes choses, de toutes nos forces, et nous nous sommes Ihiées à cette étude avec cette religieuse ferveur pour les écritures dont le saint docteur Jérôme dit en quelques endroits : « Aimez la science des Écritures, et vous n’aimerez point les vices de la chair. » Mais plusieurs passages nous eniharrassent, et notre lecture en souffre ; nous avons nécessairement moins d’amour pour des vérités qui nous échappent, quand nous sentons l’inutilité de nos efforts. Aussi vos disciples ont recours à leur professeur, vos filles a leur père : nous vous adressons quelques petites questions; nous vous supplions et nous vous prions, nous vous prions et nous vous supplions de ne point dédaigner de nous les éclaircir, puisque c’est par vos conseils, et même par votre ordre que nous avons spécialement entrepris cette étude. Dans ces questions nous ne suivons nullement l’ordre de l’Écriture, mais nous les posons indistintement au fur et à mesure qu’elles se présentent, et nous vous les envoyons pour les résoudre.

SUIVENT LES QUESTIONS d’hÉLÜÏSE, AU NOMBRE UE QUARANTE-DEUX, ET LES SOLUTIONS d’ABAILARD.

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DK l'IKHIiK I,E VÉNÉUAlil/K

A IlKLOISE

A »a rt>s|ipiMatile et ti't's-ehére sa'ur en Jésiis-Chrisl, IIélüïse, ahliesse, son humble frère I’ierrk, abbé de Cluny ;

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