A IX AMI
encore, j’osais aspirer à devenir moi-même chef d’école, et déjà je marquais des yeux l’endroit où je dresserais une chaire rivale. C’était Melun, ville importante alors, et résidence royale. Guillaume soupçonna mon dessein, et. voulant reléguer mon école plus loin de la sienne, mit sourdement en usage tous les moyens qu’il avait en son pouvoir pour m’enlever à la fois, avant que je l’eusse quitté, mon école et le lieu que j’avais choisi. Mais, comme il avait des jaloux parmi les puissants du pays, je parvins avec leur secours au comble de mes désirs, et son envie manifeste me conquit un assentiment presque général. Dès mes premières leçons, ma réputation comme dialecticien prit des proportions si envahissantes, que la renommée de mes anciens condisciples et celle de Champeaux lui-même en fut bientôt étouffée. Ce succès augmentant encore mon assurance, je me rapprochai de Paris au plus vite, et je transportai mon école à Corbeil pour avoir l'ennemi sous ma main et lui donner de plus rudes assauts. Mais, peu de temps après, l’excès du travail me fit tomber dans une maladie de langueur; il fallut respirer l’air du pays natal. Séquestré, pour ainsi dire, de la France, pendant quelques années, jetais vivement regretté de tous ceux qui se sentaient attirés vers la science de la dialectique.
Peu d’années s’étaient écoulées, et j’étais déjà remis de ma faiblesse depuis longtemps , lorsque mon maître , Guillaume , archidiacre de Paris, changeant son ancien habit, entra dans l’ordre dos clercs réguliers, avec l’espoir, disait-on, d'obtenir, à la faveur de ces grandes apparences de piété, un avancement rapide dans la carrière des dignités ecclésiastiques; ce qui ne tarda pas d’arriver, car on lui donna l’évêché de ChAlons.
Sa nouvelle prise d’habit ne lui fit point abandonner le séjour de Paris ni le goût qu’il avait pour la philosophie.