CONTENANT LE RÉCIT LESES MALHEURS
Souvent l’exemple est plus puissant que la parole pour exciter ou pour calmer les affections humaines. Aussi , après vous avoir fait entendre une voix consolante, je veux retracer à vos yeux le tahlenu de mes infortunes. INiisse-t* il vous consoler tout a fait! En comparant mes malheurs et les vôtres, vous reconnaîtrez que toutes vos épreuves ne sont rien ou qu’elles sont peu de chose, et vous aurez plus de patience à les supporter.
Je suis né dans un bourg situé à l’entrée de lu Bretagne, environ à huit milles de Nantes, du côté de l’Est, et appelé le Palais. Si je dus au sol natal ou à la vertu du sang la légèreté de mon caractère, je reçus aussi de la nature une grande aptitude pour la science. Mon père, avant de ceindre le baudrier du soldat, avait reçu quelque teinture des lettres, et plus tard il se prit pour elles d’une telle passion, qu'il voulut donner successivement à tous ses lils
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line éducation savante avant de les former au métier des armes; règle dont il ne s’éearta point. J’étais l’alné île ses enfants, et les soins qu'il donna à mon instruction furent proportionnés à la tendresse extrême qu’il avait pour moi. l)e mon côté, plus j’avançais avec rapidité dans l’étude, plus je m’y attachais avec ardeur. Knfin, elle eut pour moi tant de charme, qn’alidiqunnt la |>ompc de la gloire militaire et abandonnant à mes frères l'héritage paternel et mon droit d’aînesse, je renonçai à la cour de Mars ]>our grandir dans le sein de Minerve. Préférant la dialectique et son arsenal à toutes les autres branches de la philosophie, j’échangeai les armes de la guerre contre celles de la logique, et les trophées des batailles contre les assauts de la discussion. Je me mis à parcourir les provinces, toujours disputant; et partout où j’apprenais que cet art était cultivé, j’y courais, entraîné par une émulation toute péripatéticienne.
J’arrivai enfin à Paris, où la scholastique était déjà florissante, et je suivis quelque temps les leçons de Guillaume de Champeaux, qui était justement considéré comme le maître le plus hahile dans ce genre d’enseignement. Je fus d’alHird le bienvenu ; mais je ne tardai pas à lui devenir fort incommode, car je m’attachais à réfuter plusieurs de ses idées, j’argumentais contre lui à outrance, et, revenant toujours à la charge, j’avais quelquefois le tort de rester maître du champ de bataille. Celte audace excitait, parmi ceux même de mes condisciples qui étaient regardés comme les plus distingués , une indignation d’autant plus grande, que je paraissais plus loin d’eux et par ma jeunesse et par la date récente de mes études. Là commencèrent des malheurs qui ne sont point encore finis : ma réputation grandissait, l’envie s’alluma. Knfin, présumant de mon esprit au-delà des forces de mon âge. enfant