IN AMI
Pharisien pouvait sans doute, dans l’ordre des jugements humains, former sur le Seigneur des eonjeetures de honte plus naturelles qu’on ne l'a fait sur moi ; et tous ceux qui voyaient la mère du Christ recommandée à un jeune homme, et les prophètes n’ayant qu’un même toit et qu’une même habitude de vie avec les veuves, pouvaient concevoir des soupçons bien mieux établis par les probabilités. Qu’auraient dit encore mes détracteurs, s’ils avaient vu Malchus, ce moine captif dont parle saint Jérôme, vivant avec son épouse dans la même retraite ? Comme ils auraient . impitoyablement condamné ce genre de vie dont le saint docteur parle en témoin tout-à-fait édifié. « Il y avait là, dit-il, un vieillard nommé Malchus, né dans l’endroit même, et sa vieille femme demeurait avec lui, pleins de zèle tous deux pour la religion , et tellement assidus à l’église qu'on les aurait pris pour le Zacharie et l’Élisabeth de l’Évangile, si Jean avait pu être au milieu d’eux. » Pourquoi enfin la calomnie ne s’attaque-t-elle point aux saints Pères, qui, dans l'histoire et même sous nos yeux, ont souvent établi et entretenu des monastères de femmes? N’avons-nous pas l’exemple des sept diacres par lesquels les Apôtres *e firent remplacer auprès des religieuses dans tous les soins de l’approvisionnement et du service ? Le sexe faible ne peut nullement se passer de l’appui du sexe le plus fort : aussi l’Apôtre déclare que l’homme doit toujours guider la femme, et qu’il est, pour ainsi dire, sa tête.
Et en signe de cette vérité, il ordonne que la femme ait toujours la tête voilée. C'est pourquoi je ne suis pas médiocrement étonné de voir que l’habitude se soit depuis longtemps enracinée dans les couvents de faire commander les femmes par des abbesses, comme les moines par des abbés, et que tous les profes, hommes et femmes, s’astreignent à une règle uniforme, lorsque cette règle embrasse
LETTRE d’aBAILARD
une somme A* devoirs dont la plupart ne peuvent en aucune manière être remplis par des femmes, qu elles soient au rang de supérieures ou de subordonnées. Presque partout l’ordre naturel est renversé, et nous voyons les abbesses et les nonnes dominer le clergé lui-même, auquel le peuple à son tour est soumis , avec une facilité d'autant plus déplorable à induire le clergé en de mauvais désirs , qu elles sont investies d’une puissance plus étendue, et qu’elles exercent sur lui une autorité plus despotique.
Le poète satirique avait en vue cet inconvénient lorsqu’il dit :
Riva il 'est plus insupportable qu'une femuic opulente <.
Après de longues réflexions sur ee point, j’avais résolu de prendre soin de mes sieurs du Paraclet autant qu’il me serait possible, et d’étendre ma prévoyance à tous leurs besoins ; pour augmenter encore leur soumission et leur respect, je voulais aussi les surveiller par nia présence corporelle. Persécuté présentement par mes fils avec plus de rage et de violence que je ne l'avais été autrefois par ines frères, j’irais, loin des agitations de cette tourmente, me réfugier auprès d’elles comme dans un porf de tranquillité , pour y respirer un j»cu. Puisque la parole divine ne pouvait rien sur les moines , là du moins je trouverais des cœurs où elle fructifierait , et l’exécution de mon dessein contribuerait sans doute à mon saint, puisqu'elle apporterait un secours nécessaire à leur faiblesse.
Mais Satan a tellement semé les obstacles autour de moi, que je ne trouve aucun abri pour me reposer, ni seulement pour vivre. Errant et fugitif, il semble que je traîne partout la malédiction de Caïn, Je le répète, au dehors les
i tu vénal, Sat. vi.