‹ Abailard et HéloïseChapitre 76 sur 103 · I.KVIKE UK IMKRKE LE VKXEUABLE · texte numérisé non relu

I.KVIKE UK IMKRKE LE VKXEUABLE

ôtait le gage, quand déjà les présents de votre hospitalité m’en avaient donné précédemment l’assurance. Je voulais vous montrer combien de place j'avais réservé dans mon cœur pour la tendresse que je vous porte en Jésus-Christ. En effet, ce n’est pas d’aujourd’hui que date mon affection ; elle remonte au contraire fort loin dans mes souvenirs. Je n'avais point franchi les Itornes de l’adolescence, je n’entrais point dans les années de la jeunesse, quand votre nom me parvint. Il ne s'agissait pas encore de votre profession religieuse; mais la renommée provoquait déjà l’admiration générale pour vos études, si honnêtes et si louables dans une jeune personne. J’entendais dire alors qu’une femme, retenue encore dans les liens du siècle, se consacrait avec un zèle infatigable à la science des lettres — chose bien rare ! — et à letude de la sagesse, bien qu’elle n’eùt pas renoncé au monde ; et que ni les plaisirs de ce monde, ni ses frivolités, ni ses délices, ne pouvaient la détourner du noble projet de s’instruire dans tous les arts. Et quand le monde donne le spectacle d'une déplorable apathie pour ces exercices, quand la sagesse ne sait plus oii poser son pied, je ne dirai pa6 chez le sexe féminin, d'où elle parait entièrement bannie, mais dans l'esprit même des hommes, vous, par l’éclat et la profondeur de vos études, vous vous êtes élevée au-dessus de toutes les femmes, et à peine trouverait-on quelques hommes que vous n’ayez point surpasses.

Plus tard, selon les paroles do l'Apôtre, quand il plut à celui qui vous avait mise à part, dès le sein de votre mère, de vous ap|M'ler à lui par sa grâce, vous avez donné à vos études une direction bien préférable. Femme vraiment philosophe, vous avez laisse la logique pour l'Evangile, la physique pour l’Apôtre, Platon pour le Christ, l’Académie |KMir le Cloître. — Heureuse et complète transformation ! —

v m.i.mst.

Vous avez enlevé les dépouilles des ennemis vaincus, et avec les trésors de l'Égypte, en traversant le désert de ce pèlerinage, vous avez élevé à Dieu dans votre cœur un précieux tabernacle. Pharaon une fois englouti, vous avez chanté avec Marie le cantique de louanges, et, comme elle autrefois, portant dans vos mains le tambour de votre hem reuse mortification, savante musicienne, vous avez envoyé jusqu'aux oreilles même de 1a Divinité les harmonies d'un hymne nouveau. Vous avez foulé dés les preipiers pas, el, avec la grâce du Tout-Puissant, vous écraserez Umt-à-fait, dans votre marche persévérante, la tête du serpent, l'antique et l'éternel ennemi de la femme : il sera tellement broyé qu’il n’osera plus désormais élever contre vous ses sifflements. Vous faites et vous ferez un objet d'horreur de ce superbe prince du monde : et celui que la parole divine appelle le roi des fils de l’orgueil, selon les paroles de Dieu même au saint homme Job, vous le forcerez de gémir, enchaîné à vous-même el aux servantes du Seigneur qui habitent avec vous. Miracle vraiment unique, et qu'il faut élever au-dessus des œuvres les plus merveilleuses! Celui dont le prophète a dit, que les cèdres ne portaient pas si haut leur tète dans le paradis de l’Éternel, et que la cime des pins rampait sous son feuillage, est vaincu par le sexe fragile ; le terrible archange succombe sous une faible femme! Votre duel et votre victoire renvoient au Créateur une gloire éclatante, et plongent en même temps le séducteur dans une ignominie profonde. Votre combat lui rapjN'lle, à sa honte, qu'il fut non-seulement insensé, mais encore démesurément ridicule, d’aspirer au sublime niveau de l’éternelle majesté, lui, lutteur impuissant, qui ne sait pas même triompher de la faiblesse de la femme. Le front delà victorieuse, pour une telle victoire, reçoit du Roi des cieux une couronne de pierreries : ainsi, plus

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