‹ Abailard et HéloïseChapitre 8 sur 103 · XI.V · texte numérisé non relu

XI.V

dire qu’il suffisait de lui faire réciter le symbole de saint Atlianasc; et, comme s’il eût été incapable de le dire de mémoire, ils le lui présentèrent par écrit. A ce dernier affront, Abailard perdit ce qu’il lui restait de force ; ses larmes, ses sanglots éclatèrent et accompagnèrent la lecture du symbole , qui termina cette séance d’humiliation. Il fut ensuite conduit prisonnier à l'abbaye de Saint-Médard de Soissons.

11 y arriva dans un état de désespoir difficile à exprimer, facile à comprendre. L’abbé et les moines de Saint-Médard, fiers de posséder un tel homme et espérant le garder parmi eux , le reçurent avec honneur et n’oublièrent rien pour le consoler. Mais la prédiction de l’évèquc de Chartres ne tarda pas à s’accomplir; le cri public s’éleva avec une telle force contre les auteurs d’un pareil scandale que tous, cherchant à s’en excuser, commencèrent à se rejeter la faute les uns sur les autres, et, peu de jours après, le légat, détestant publiquement l'animosité qu’avait montrée en celle occasion le clergé français, relâcha Abailard de sa prison de Saint-Médard et le fit reconduire à Saint-Denis.

Il n’y devait pas trouver un long repos, et peut-être le repos lui était-il difficile. Le couvent tenait à grand honneur d’avoir eu, disait-on, pour fondateur, Denis l’aréopagite, converti par saint Paul, et nommé par lui premier évêque d’Athènes. Selon Bède cependant. Denis l’aréopagite avait été évêque, non d’Athènes, mais de Corinthe, et autre par conséquent que le fondateur de Saint-Denis. Abailard découx rit un jour cette contradiction entre le fait affirmé par Bède et la prétention des moines de Saint-Denis, li ne manqua pas de faire part en liant de cette découverte à ses confrères. Sérieusement offensés, ils opposèrent avec colère à l’autorité de

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