XI.IV
ESSAI IIISTORIQl E
lui-même assez d'appui pour y résister. Abattu et consterné, il se laissa conduire devant le concile. Là, sans aucune csjtècc de discussion, on lui ordonna île brûler son livre de sa propre main 1 . Cependant pour qu’il ne fût pas dit qu’on avait prononcé sans aucun motif de condamnation, un des accusateurs murmura timidement qu’on avait découvert dans le livre cette proposition que Dieu le Père est le seul tout-puissant. Le légat, l’ayant entendu, s’écria : «Cela n’est pas jtossiblc; un enfant ne tomberait pas en pareille erreur; tout le monde sait et professe qu’il y a trois tout-puissants. » A quoi se prenant à rire, un docteur nommé Terrières répondit par ces paroles de saint Allianasc : « Et pourtant il n’y a |>as trois tout-puissants, mais un seul lout-pnissant. » Son évêque, aussi indigné qu’effrayé, voulut réprimer tant d’audace; mais Terrières , se levant, s’écria dans le langage de Daniel : « Je vous le déclare, enfants d'Israël; sans juger et sans connaître la vérité, vous avez condamné un fils d’Israël : retournez pour le juger de nouveau, et jugez le juge qui, institué pour redresser les erreurs, vient de se condamner de sa propre Itouche. » L 'archevêque , se levant à son tour pour réparer la bévue du légat : « Certes , messire , reprit-il , le Père est tout-puissant, le fils tout-puissant, le Saint-Esprit tout-puissant. » 11 demanda ensuite qu’Abailard fil sa profession de foi; mais, comme celui-ci se levait |tour s’expliquer, ses accusateurs, redoutant les premières paroles qui allaient sortir de sa IkhicIic, se bâtèrent de
* Ahailard fut condamné sans être entendu, tant on craignait les effets puissants de sa logique. Ou peut lire dans Gervaise le détail des intrigues qui eurent lieu dans ce concile, et qui ne font pas grand honneurs aux prélats du tir siècle.