‹ Abailard et HéloïseChapitre 89 sur 103 · XV1« SIÈCLE · texte numérisé non relu

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Or, tout ainsi que la fortune d’Abclard se rendit admirable pour les diverses secousses qu’il rcceut, si; trouvant taiilost au-dessus du vent, tantost au-dessous, aussi suis-je bien empescké de savoir quel jugement de bien ou de mal je dois faire sur son Héloïse. Car combien qu’elle se fust grandement oubliée de son honneur avecques luy, toutesfois je me fais presque accroire que ce ne fut point tant [au' une passion desreiglée, que [Jour les bonnes et signalées parties d’esprit qui cstoienl en Abélard. Et qui me fait entrer en ce jugement, c’est quand elle quitta son esjioux jKMir espouser une autre vit;, aux yeux de toute la France, auparavant l’infortune de luy. J'ai veu une lettre qu’elle luy escrivit en latin, après qu’il se fust fait moine, c’est-à-dire lorsqu’elle se vojoit du tout forbnnnic de l’espérance de leurs attouchements mutuels, et néantmoins vous la verrez autant passionnée comme au plus chaud de leurs amours. Le dessus de la lettre est tel : Domino su o, imôpatri, etc. Là elle dit avoir leu tout au long la lettre par luy escrilc à un sien amy, dans laquelle il faisoit un

TESTIMOKM VKTERIM.

ample discours de toute sa vie et de ses malheurs. Pour à quoy respondre elle proteste que tout ce qu’elle avoit fait avecques luy n’estoit pour contenter sa volonté, ou volupté, ains celle seulement d'Abelard : et que, combien que le nom d’espouse fust sans comparaison plus digne, tontesfois pour ne faire bresche à la dignité de luy : dulcius mihi fuit amirtp vocabulum, etc. : afin que plus je m’humiliois devant toy, plus je te bisse agréable. Et finalement elle adjouste que quand l’empereur Auguste reviendrait au monde pour la vouloir espouser, elle aimerait mieux estre réputée la garce de ce grand Abélard, qu’inqx ratriee de ce grand univers, et conclud en ces mots, qui me semblent très-beaux : JYon rei effectus, sed efficientis affectus in crimine est : nce qute fiunt, sed quo animo fiant, tequilas pensât.

Voilà une résolution d’amour paradoxe. Car lorsqu’elle escrivit cette lettre, les monastères où l’un et l’autre s’estoient votiez, et l’infortune d’Abelard cognuë à tous, la garantissoient de toute opinion d’impudicité ; tontcsfois, passant par-dessus toutes les hy|>oorisies que les femmes ont accoustumé d’apporter en telles affaires, elle recognoist franchement n’avoir autre idée en soy que celle qui despendoit de celuy qu’elle avoit tant aimé et honoré.

BERTRAND D’ARfiENTRft.

HISTOIRE DF. BRFTAlîNF, FIV. I, CIIAP. XI.

XTI* Slfcct-ft.

Quant aux lettres et cognoissance des disciplines et sciences, il ne se peut dire un plus lettré homme, ny plus versé és disciplines, qu’estoit Pierre Abaelard, natif du liourg de Pallais, au diocese de Nantes, yssu de noble mai-

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son, vivant au temps dti roy Louys dit le Jeune, fils de Gouys le Gros, en l'an 1 1 li, du temps de Gonan le Gros, lequel fut si bien institué en toutes lettres, qu'on l'appela Universel, comme ayant compris tous les arts : il est vrai que la grande confiance de son esprit, et l’entière coguoissancc et pratique qu’il eut de la dialectique pour toutes démonstrations, le rendit si admirable, et lui engendra aussi une telle asseurance de parler, qu'il tomba trop hardiment en erreurs absurdes, pour vouloir sousmeltre à la raison de la démonstration humaine ce qui est de foy et de croyance, et n'est suhject ny compréhensible à la ratiocination de l'homme, pour advisé et lion juge qu'il soit; il le faut atteindre par la foy. Il se mesla d’entrer si avant aux hauts secrets, qu’il y perdit h* fonds, et pour occasion de ce furent faietes contre sa doctrine assemblées et conciles de l'Kglise, et rencontra cest homme en leste, saine! Bernard, aida 1 de Glervaux, depuis canonisé entre les sainrts hommes de grande doctrine cl sainctcté de vie, et Anselme, Geoffroy d’Auxerre, et Pierre Maurice, aida 1 de Clugny, tous hommes de religion et de grand nom en la théologie, lesquels contredirent vivement le dit Abaelard et sa doctrine, tellement qu'ils le contraignirent d'abjurer en plusieurs points, et outre plus bruslèrent ses livres, ayant use d'une caution, qui fut de ne l’ouyr jamais parler de vive voix, teste à teste en dispute, ny en public, comme bien dit Othon de Frisingen, faisant en cela fort advisement, car quelque bon corps qu'ils eussent tous, le dit Abaelard estoit si exercé et préside sa démonstration dialectique, que depuis qu'on venoit à la dispute, il envelopoit son homme en ses syllogismes et colections, si bien que de pas en autre d'une assumption une fois confessée, il boit sou contredisant, tellement qu'il ne pouvoit eschapper. ('/est |a>urquoy il fallut qu’ils le condeinnassent sur

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les livres et par examen de ses propositions, sans l'écouler débouché à les défendre, pour ce qu’en disputation contre les hérétiques on n’y profite jamais guère , car c’est sans cesse qu’on réplique.

Jean Rozelin, ou Raucelin, du mesmo pays, en l’an 1130, précepteur du susdit Ahaelard, fut aussi un très grand philosophe, à qui l'on attribue l'invention de la nouvelle maniéré de disputer des matières philosophiques puisées de la doctrine d’Aristote, qui réduisoit toutes matières en questions disputahles et argumentations, dont elle a esté dicte questionnaire, et laquelle a esté trouvée si agréable, que les théologiens, légistes, médecins et grammairiens, l’ont recette. Othon de Frisingen dit que Rozelin fut le premier qui inventa la science des vocable) et nom* qu’on dict terme) en la logique, autres disent, que ce fut le dit Ahaelard qui l’accommoda à la théologie. Tant y a, que de là s’engendrèrent deux sortes de factions entre les philosophes, lesquelles ont duré par les université/ de l'Europe l'espace de trois cents ans, les uns se disant Réaux, qui eurent pour leurs défenseurs Albert le Grand, sainct Thomas d’Aquin, Jean Duns dit Scotus. Quant aux Nominaux , ils furent introduicts par Guillaume Qrkam Anglois.

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