COMPLAINTE DE DINA, FILLE DE JACOB
Moi, la fille d’Abrnham, le rejeton d’Israël, moi, le sang glorieux des patriarches, enlevée par un homme incirconcis, je suis devenue la proie d’un impur Moabite. Opprobre d’une sainte race, j’ai été trompée par les jeux d’une nation ennemie.
Malheur à moi, infortunée ! Je me suis perdue moi-méme!
Pourquoi ai-je voulu voir les fêles étrangères? C’est pour mon malheur que j’ai été connue, en voulant les connaître.
Malheur à moi, infortunée! Je me suis perdue moi-même !
Sichpin, né pour la perte de ton peuple, nom taché d’une honte éternelle dans notre postérité !
Malheur à loi, infortuné! Tu l’es perdu toi-même!
En vain la circoncision a fait de toi un prosélyte, si elle n’a purifié ton infamie.
Malheur à toi, infortuné ! Tu t’es perdu toi-même !
Forcé de me ravir, ravi toi-même par ma beauté, — quel juge aurait pu te trouver exempt de faute?
Ce n’est pas vous, Siméon et Lévi, pieux vengeurs, trop cruels toutefois!
Vous avez enveloppé les innocents dans le châtiment du coupable. Le père lui-même a eu le cœur déchiré,— et pour cela vous avez encouru l’exécration.
L'amour avait entraîné La faute avait été sanctifiée
Le jugement ne devait-il pas tenir compte de la diminution de la faute?
La jeunesse est légère, elle a peu de discernement. La sévérité des hommes prudents a été trop grande envers elle.
La colère de mes frères aurait dit être adoucie par l’honneur que leur fit le prince du pays en épousant une étrangère.
COMPLAINTE»
Malheur à moi, malheur à toi, infortuné prince! L’holocauste sanglant de tout un peuple accompagne ta mort.
COMPLAINTE DE JACOB SUR SES El LS.
Malheureux fils, nés d’un père voué au malheur ! Pour mon nouveau crime la vengeance était déjà prête.
De quel forfait un coup si cruel est-il l’expiation? Par quel péché ai-je mérité d’être frappé de ce glaive?
Joseph, l’honneur de ma maison, la gloire de ses frères, dévoré par les bêtes féroces, succombe à une mort affreuse.
Simeon, dans les fers, paye pour les fautes paternelles. Après leur mère et Benjamin, j’ai perdu ce qui me restait de joies.
Joseph, la faveur du ciel était sur toi, et tes frères en furent jaloux : quels présages, ô mon fils, fallait-il voir dans tes songes ?
Le soleil, la lune, les étoiles, les gerbes, j’y ai long-temps réfléchi, qu'annonçaient-ils donc par leurs prophéties mystérieuses?
Kt toi, le dernier de tes frères par luge, le premier de tous dans mon amour, toi que ta mère mourante appelait Bennoni, et que ton père dans la joie de son cœur nomma Benjamin;
Par tes caresses, tu relevais la vieillesse abattue de ton père ; tu me rendais Joseph par la grâce de tou allure ; tu me rendais ta mère par la beauté de ton visage.
Les vagissements de ton berceau, mieux que la mélodie de toutes les chansons, étaient doux au veuvage et à la tristesse du vieillard.
Tes lèvres balbutiantes, l’informe langage essayé par ta bouche débile, surpassaient en douceur tout le miel de l'éloquence.
La consolation de mes deux grandes |>ertcs était toute eu
COMPLAINTES. 393
toi, ô mon tils! Vivante image de ta mère et de tou frère, tu me rendais ainsi à moi-même.
Aussi avec toi je les ai perdus une seconde fois, et j’ai vécu trop long-temps. O mon fils, tu étais le plus petit par l’àge ; mais, pour ton père comme pour ta mère, tu es le plus grand dans la douleur.
Dieu que je sers, fais que nous soyons réunis à nousmêmes dans ton sein !
COMPLAINTE DES VIERGES D’iSRABL